Michel Fau nous tricote délicieusement "Un amour qui ne finit pas"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/06/2015 à 12H08
"Un amour qui ne finit pas", au théâtre de l'Oeuvre

"Un amour qui ne finit pas", au théâtre de l'Oeuvre

© Marcel Hartman

Michel Fau, comédien-metteur en scène audacieux et facétieux, n'a pas d'œillères. Il n'aime rien tant qu'exhumer des auteurs trop rapidement ringardisés. Cette fois il s'agit d'André Roussin, l'académicien-boulevardier très en vu dans les années 50-60. Fau en extrait toute la saveur. En replay sur Culturebox (capté au Théâtre Antoine) à partir du 5 décembre 2016 (6 mois).

Un fruit plus acide que sucré

"Adolescent, j'ai été fasciné par "Un amour qui ne finit pas", confesse Michel Fau, que cette tragi-comédie alerte et désenchantée fait songer à Claudel, Beaumarchais ou Pinter pour son étrangeté.

Car le texte de Roussin est un fruit plus acide que sucré. Pour ne pas vivre une fois de plus la fin de ses amours, Jean (époux de Germaine-Léa Drucker), imagine un amour idéal avec une jeune femme (Juliette-Pascale Arbillot épouse de Roger-Pierre Cassignard) rencontrée en cure. Un amour pour lui seul, sans réciprocité, qui ne finira donc jamais : "Je ne veux pas vous prendre, car je veux vous garder", lui déclare-t-il sans ciller.


Un quatuor à la dérision charmante

Dans un astucieux décor fait de deux salons accolés, aux couleurs inversées, Fau dirige admirablement le quatuor qui se délecte de la partition, avec une distance et une dérision charmantes.

Fau faussement sobre, souvent inquiétant, forme un couple décapant avec Léa Drucker qui s'éclate en bourgeoise malmenée et calculatrice, qui ne cesse de s'interroger sur le rêve d'idéal de son mari, auquel elle semble ne pas croire. Pierre Cassignard et Pascal Arbillot partent en vrille, incapable d'y voir clair, dans cet imbroglio qui les dépasse.
Pierre Cassignard et Pascale Arbillot

Pierre Cassignard et Pascale Arbillot

© Marcel Hartman

Roussin se moque du bonheur bourgeois, tire à boulet rouge sur l'institution du mariage. C'est plein d'esprit, drôle et féroce, du boulevard qui flirte avec le surréalisme, car la situation de départ va rebondir plusieurs fois, grâce en particulier au personnage de Germaine. Mais nous ne vous en dirons pas plus, pour vous laisser découvrir cet auteur trop vitre enterré.


La mise en scène parfaite de Michel Fau

Evidemment ce texte en d'autres mains sonnerait peut être plus vieillot, mais la mise en scène parfaite en extrait toute la saveur. Le Michel Fau comédien est à la hauteur du Michel Fau metteur en scène, rêveur et ambigüe. On a souligné la force comique et le sens de la dérision de Léa Drucker. Pierre Cassignard dans le rôle du mari dépassé, campe peu à peu un très joli personnage de macho dont les certitudes s'effondrent. Pascale Arbillot est très bien aussi, mais elle manque un peu de la fantaisie ravageuse de ses partenaires.

Si vous voulez passer une délicieuse soirée, c'est le spectacle qu'il vous faut.


L'interview de Léa Drucker dans les 5 Dernières minutes de France 2 : 

https://videos.francetv.fr/video/NI_111387@Culture


"Un amour qui ne finit pas" au théâtre de l'œuvre
D'André Roussin, mise en scène de Michel Fau
Avec Léa Drucker, Pascale Arbillot, Pierre Cassignard, Michel Fau, Audrey Langle
55 rue de Clichy, Paris IXe
Réservation : 01 44 53 88 88