Un "Baby" porté par deux mères, Isabelle Carré et Camille Japy, formidables

Sophie Jouve
Par @sophiejouve1
Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 19/02/2018 à 16H21, publié le 15/02/2018 à 16H48
Isabelle Carré et Camille Japy dans "Baby"

Isabelle Carré et Camille Japy dans "Baby"

© Emmanuel Robert

"Baby" au théâtre de l’Atelier réunit toutes les qualités : un texte au cordeau, une adaptation soignée, une mise en scène toute en finesse d’Hélène Vincent et une distribution de grande qualité emmenée par Isabelle Carré et Camille Japy.

La note Culturebox

4
4/5
Une caravane sous le cagnard de la Louisiane. C’est là que vivent Wanda (Isabelle Carré) et Al (Vincent Deniard), parents aimant de 4 enfants, gardés ce jour-là par la grand-mère. Car Wanda (Camille Japy) est encore enceinte, elle a répondu à l’annonce d’un couple qui cherche un enfant à adopter.
Isabelle Carré, Camille Japy

Isabelle Carré, Camille Japy

© Emmanuel Robert
"Enceinte? Couple marié, épanoui, cultivé et très à l'aise financièrement veut offrir à un enfant blanc en parfaite santé une vie heureuse. Différentes formes d'aides envisageables. Appeler en PCV." Wanda et Al sont, eux, dans la dèche absolue : Wanda est donc prête à abandonner son futur bébé pour lui assurer un meilleur avenir ; son mari Al y voit aussi la possibilité de nourrir les quatre autres et même de gagner un peu d’argent. On assiste donc à la première rencontre avec Rachel, intello californienne hyper angoissée qui a des fantasmes de famille parfaite.

La rencontre impossible entre deux mondes

Cette pièce de l’Américaine Jane Anderson aborde donc des sujets graves mais tout en nuances et sans jamais juger les personnages : le commerce d’enfant, la rencontre impossible de la pauvreté et de l’aisance, deux mondes qui, aux Etats-Unis, ne se rencontrent jamais.
"Baby" 3 © Emmanuel Robert
La première partie ne manque pas d’humour, Isabelle Carré est lumineuse, sincère, absolument plausible dans le rôle de cette femme simple qui a le sentiment de faire une bonne action en abandonnant son enfant. Mais la vraie révélation c’est Camille Japy, qui signe aussi l’adaptation. Elle est formidable dans la peau de cette bourgeoise en mal d’enfant. Un rôle qui aurait convenu comme un gant à Catherine Frot et qu’elle porte avec toutes ses ambivalences, attachante, terriblement humaine.

L'humain et le monstrueux

Rupture de ton dans la deuxième partie, nous voilà dans une chambre d’hôpital tandis que se déroule l’accouchement au bout du couloir. C’est là que l’on découvre le mari de Rachel et son avocat. L’ambiance se tend lors d’une tractation financière avec Al, et puis tourne au drame.
Vincent Deniard (Al), Cyril Couton (l'avocat), Bruno Solo (le mari de Rachel) 

Vincent Deniard (Al), Cyril Couton (l'avocat), Bruno Solo (le mari de Rachel) 

© Emmanuel Robert
Jusqu’au bout, l’impeccable direction d’acteurs, la qualité du texte et des interprètes évitent de sombrer dans le mélo. La pièce va à l’os, tranchante comme un couteau.

Belle distribution

Dans le rôle de l’avocat vénal et véreux, Cyril Couton est redoutable. Quant à Al, rustique, raciste comme un sudiste mais aimant et terriblement mal à l’aise, Vincent Deniard en fait un personnage émouvant. Enfin Bruno solo campe le mari de Rachel avec une gamme de sentiments très riche : c’est lui qui dénoue la situation d’une manière inattendue et qui nous glace.
Bruno Solo et Camille Japy

Bruno Solo et Camille Japy

© Emmanuel Robert

"Baby" ose nous montrer l’humain et le monstrueux, dessinant en filigrane un cruel portrait de l’Amérique. Très réussi. 


L'interview d'Isabelle Carré sur sa double actualité : "Baby" au théâtre et "Les Rêveurs", son livre autobiographique 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1184733@Culture