"La théorie du K.O." nous met la pièce à l’envers au Carré 30 de Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/11/2017 à 11H25, publié le 09/11/2017 à 10H40
Andy Malone

Andy Malone

© Anne Bouillot

Dans "La théorie du K.O.", le théâtre boxe avec la musique. Pour l’illustration sonore de son spectacle, la compagnie lyonnaise Cause Toujours fait monter sur scène une violoncelliste. Mais là n’est pas la seule originalité de cette pièce, qui bouleverse nos repères temporels et nous plonge dans la rudesse de l’univers pugilistique...

La première scène de "La théorie du K.O."  a de quoi dérouter. Au son d’un violoncelle, un homme, assis derrière une table, écrit une lettre justifiant son suicide. Il s’agit d’Andy Malone, un boxeur américain visiblement au bout du rouleau. L’ambiance est lourde, le spectateur un peu désorienté. Qu’est-ce qui a bien pu entraîner la chute de ce personnage ? Un certain "Mickael" apparemment : "Je sais que c’est là que tout a commencé ! Au moment où mon poing a touché son visage, j’ai vu la fin du combat, j’ai vu la fin de ma vie. A partir de ce moment-là il ne restait plus qu'une seule chose à faire : accepter de perdre et d'être mis K.O." Bang ! Noir complet dans la salle. Le personnage principal meurt dès la première scène… De qui diable va-t-on bien pouvoir parler ensuite ?
Andy Malone à son bureau © Anne Bouillot

Un puzzle pour remonter le temps

Et c’est là que réside l’originalité de la pièce : elle est écrite de façon antéchronologique. La scène finale est jouée en premier et chaque scène qui suit remonte le temps. Tel un puzzle, le tragique destin d’Andy se reconstitue peu à peu. Mais cette écriture particulière, presque cinématographique, n’a pas facilité le travail de la metteuse en scène, Aude Charollais : "On a énormément de lieux différents tout au long de l’histoire, de façon inversée. Et le plus simple selon moi c’était de prendre le parti, d’avoir des objets symboliques de certains lieux. Par exemple dès qu’on est dans un combat ou un entraînement de boxe, on a un sac de frappe sur scène. Dès qu’on est dans des lieux plus intimistes, on a les vestiaires… Des choses simples qui permettent au spectateur de se projeter dans son propre imaginaire."

Ouf ! La lumière et la vie font leur retour lors de la deuxième scène. La violoncelliste a posé son instrument pour incarner le personnage de Sam et donner la réplique au boxeur. Anne-Colombe Martin, qui a en plus composé la quasi-totalité de la musique de la pièce, est bluffante dans son rôle à double emploi : "Cela n’a pas été si difficile de passer de l’instrumentiste à la comédienne. Les deux sont liées. Toute la musique que j’ai faite correspond à ce que peux ressentir Sam". Dans cette scène de rupture, essentiellement racontée par le héros, des "traces" laissées sur le visage de la jeune femme sont évoquées. A-t-on affaire à un salopard ? La suite de son récit nous le laisse penser en tout cas. On apprend qu’il a mis le feu à son propre club de boxe afin de toucher l’assurance.
Sam et Andy 3 © Anne Bouillot

Des cours de boxe pendant un an

Mais tout n’est pas si simple ! Sous son apparente agressivité, Andy Malone cache un cœur attendri par l’amour qu’il porte à sa femme, Sam, et son fils, Jack. Et il est extrêmement touchant lorsqu’il évoque son enfance cabossée. Une tendresse qui contraste avec la violence qui se dégage des scènes de boxe. Il faut saluer à ce sujet la performance physique du comédien Cédric Saulnier qui, non content d’incarner quatre personnages, mime Andy au combat alors qu’il enchaîne ses textes. Quelle énergie ! Le comédien reconnaît qu’il a pris des cours de boxe pour préparer son rôle. "J’ai pris des cours pendant un an, un an et demi pour essayer d’être un minimum crédible sur les coups, comprendre comment ça fonctionnait, etc. Ça a été un gros travail là-dessus, mais un travail aussi sur la respiration, parce que c’est un rôle très physique. C’est un spectacle qui dure 1h15, 1h20 donc il faut tenir… sans perdre le rythme !".
Mais au fait, pourquoi ce titre : "La théorie du K.O." ? La réponse nous est donnée assez tard, par Damon, l’entraîneur d’Andy : "A chaque fois que tu commets une erreur dans ton match, il y a un instant précis, juste après, où tu peux la réparer, comme si tu remontais dans le temps pour reprendre le bon chemin. C’est une fraction de seconde où tu peux effacer et reprendre l’avantage sur ton combat. Par contre, si tu ne le fais pas, tu vas commettre d’autres erreurs qu’il faudra aussi rattraper au bon moment, des erreurs plus dures, parce que t’es encore focalisé sur la première... Plus ça avance, plus tu fatigues, plus tu t’enfonces... Et tu perds."
Andy coin ring © Anne Bouillot

L'inspiration américaine

Voici donc la théorie du chaos (ou effet papillon), chère aux mathématiciens, appliquée au monde de la boxe. Une pièce à la mécanique bien huilée, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin. La mise en scène est intelligente, sobre et efficace. On sent que l’auteur, Rémy.S, s’est inspiré des films et séries américains, c’est dans l’ère du temps ! Mais était-il nécessaire de situer l’intrigue à Los Angeles ? N’aurait-on pas eu plus de facilité à s’identifier à un Jean-Marc qu’à un Andy ? Néanmoins la prestation du comédien Cédric Saulnier, presque seul en scène et endossant quasiment tous les personnages, est remarquable. La présence de la violoncelliste Anne-Colombe Martin et son surprenant jeu d’actrice viennent ajouter de l’intensité à l’ensemble qui ne manquera pas de vous laisser… K.O. !