"Dépendances" de Charif Ghattas : Francis Lombrail et Thibault de Montalembert en frères ennemis

Mis à jour le 23/04/2018 à 20H16, publié le 23/04/2018 à 19H49
Thibault de Montalembert, Charif Ghattas (l'auteur) et Francis Lombrail : "Dépendance" est à l'affiche du Studio Hébertot.

Thibault de Montalembert, Charif Ghattas (l'auteur) et Francis Lombrail : "Dépendance" est à l'affiche du Studio Hébertot.

© Bernard Richebé/Studio Hébertot

Jeune dramaturge d’origine libanaise, auteur d’une douzaine de pièces ("Du vice à la racine", "Le premier jour", "Holiday Inn"), Charif Ghattas inspire à Francis Lombrail et Thibault de Montalembert une interprétation habitée de deux frères dans "Dépendances", au Studio Hébertot à Paris. Une rencontre au sommet, tant émotionnelle que physique qui témoigne de la pleine expression de leur talent.

Fratrie

Henri (Thibault de Montalembert) et Tobias (Francis Lombrail) se retrouvent dans l’appartement familial où ils sont nés pour en conclure la succession. Les deux frères ne sont pas en bons termes et attendent Carl, leur cadet, pour prendre la décision finale. Ne cessant de l’évoquer alors qu’il n’a pas donné de nouvelles depuis 20 ans, tous deux passent de la rancune à l’évocation de souvenirs communs, où ils se disputent l’appropriation de ce frère absent et qui ne viendra peut-être pas…

"Dépendances" s’ouvre sur la projection d’une vague gigantesque et la chute d’un corps au fond de la mer. Elle prendra sens à la conclusion de la pièce avec sa répétition, comme pour fermer une boucle du récit. Deux frères se retrouvent et se confrontent dans une joute où ils se disputent leur amour pour leur cadet attendu avec impatience. Très différents l’un de l’autre, Henri et Tobias témoignent de la complexité des rapports familiaux dans ce qu’ils ont d’amour, de confiance, mais aussi de détachement et de méfiance. Chacun y retrouvera les siens, tant le texte est universel.
Dépendance : l'affiche Studio Hébertot

Dépendance : l'affiche Studio Hébertot

© DR

Complémentarité

Si ce texte est si incarné, vivant, résonnant, c’est par sa qualité, mais pour beaucoup grâce à Francis Lombrail et Thibault de Montalembert qui le portent. Dans un décor dénudé, une table et deux chaises, leur seule présence suffit. Des physiques puissants, en gueule et prestance, entre Thibault de Montalembert aux traits réguliers mais intrigants, à la silhouette élégante, face à Francis Lombrail tout en force, plus brutal. Et leur voix ! Quelles voix porteuses ; elles alternent des tonalités où la gêne se substitue à la colère, puis au rapprochement, pour en venir finalement aux mains. Les deux font la pair, antinomiques et complémentaires pour servir le texte.

On regrettera cependant une révélation dans les dernières minutes qui vient brouiller le propos, comme si elle voulait donner un sens à l’attente du frère absent. Si elle laisse une ouverture à toute interprétation, elle apporte plus de confusion sans avoir un sens important dans une dramaturgie qui pourrait s’en passer. Ce qui n’enlève rien à un texte fort et une interprétation remarquable de tous les instants.