Avignon Off : "La Femme de ma vie", thriller intimiste d'Andrew Payne

Mis à jour le 20/07/2018 à 09H55, publié le 14/07/2018 à 13H23
Robert Plagnol dans "La Femme de ma vie" d'Andrew Payne

Robert Plagnol dans "La Femme de ma vie" d'Andrew Payne

© DR

Le scénariste et dramaturge britannique Andrew Payne s’est distingué avec la série télévisée policière "Inspecteur Barnaby", et au théâtre avec "Le Plan B" donné à Paris en 2008. "La Femme de ma vie" est sa quatrième adaptation par le comédien Robert Plagnol, également à chaque fois sur les planches. Une collaboration sans faille qui se vérifie dans cet étrange polar aux échos existentiels.

La note Culturebox

4
4/5

Au cœur de la nuit

Si "La Femme de ma vie" confirme la fidélité de Robert Plagnol à Andrew Payne, la pièce est une triple première. C’est la première mise en scène théâtrale du réalisateur Gilles Barnier ("Engrenages"), la première production pour les planches du créateur Paul Smith, et elle inaugure une nouvelle salle avignonnaise, le Salon Baroncelli au cœur du prestigieux Hôtel d’Europe.
"La Femme de ma vie" d'Andrew Payne : le teaser
Au cœur de la nuit, un homme fait les cents pas dans son salon en attendant le retour de la femme de sa vie. Il revient dans son for intérieur sur leur rencontre, son passé, et son périple, comme voiturier, lors d’une mission au service d’un élégant magnat de la pègre qui l’a entraîné dans un scénario digne d’un thriller. Au fil de son récit transparaît le portrait d’un homme arrogant, sûr de lui, pourtant traversé de failles…

Film noir

Seul sur scène, Robert Plagnol lance au public un monologue où son personnage expose sa personnalité avec un narcissisme assumé. Prenant à témoin son audience, l’interpellant, il ne cesse de rabrouer ses semblables, d’abord ses parents, puis ses collègues dans ses diverses professions, et plus largement l’humanité entière, tel un misanthrope ineffable.

Passé par la case prison, c’est là qu’il a pris goût à la lecture, aux grands auteurs et à l’Art, et c'est là aussi qu'il s'est forgé son sens de l'élégance. Jusqu’à cette fameuse mission qu’il raconte dans le détail, où son sang-froid a fait merveille pour verser dans le drame… Il entrecoupe son récit de souvenirs qui, à l’évocation de "la femme de sa vie", montre toute sa dépendance, puis à celle de son père, son ultime faiblesse.
Robert Plagnol dans "La Femme de ma vie" d'Andrew Payne

Robert Plagnol dans "La Femme de ma vie" d'Andrew Payne

© DR
La confession de ce voiturier fat s’inscrit parfaitement dans l’écrin bleu nuit du Salon Baroncelli de l’Hôtel d’Europe, par l’élégance du décor qui reflète les aspirations du narrateur. Robert Plagnol transmet parfaitement la causticité de son personnage, dans un texte écrit au cordeau par un Andrew Payne en grande forme, à la fois psychologue et maître de l’action. On sent au passage une écriture cinématographique qui pourrait fort bien se voir transcrite à l’écran. Très britannique dans sa noirceur et son humour décalé, "La Femme de ma vie" fait réagir plus d’une fois le public par les velléités provocatrices de son personnage qui basculera dans l’émotion jusqu’à le rendre touchant.