Avignon : coup de coeur pour "Le Crocodile", comédie d'après Dostoïevski !

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/07/2015 à 18H14
"Le Crocodile", mise en scène de Léo Cohen-Paperman

"Le Crocodile", mise en scène de Léo Cohen-Paperman

© Tomoyo Funabashi

A la Caserne des Pompiers, théâtre-vitrine des compagnies de Champagne-Ardenne en Avignon, c’est un véritable coup de cœur que nous avons eu pour "Le Crocodile". Cette adaptation d’une nouvelle de Dostoïevski, par Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel, révèle derrière la comédie politique légère et satirique, un vaudeville cauchemardesque visionnaire.

C’est d’abord la découverte d’un texte peu connu de Dostoïevski : une nouvelle fantastique écrite parallèlement à Crime et Châtiments. Léo Cohen-Paperman (qui signe aussi la mise en scène) et Lazare Herson-Macarel (qui joue excellemment le conteur) signent l’adaptation (depuis 10 ans les chemins de ces deux là ne cessent de se croiser dans de multiples projets).

La pièce démarre comme un coup de pied dans une porte, en pleine action. A cran, Semione, le conteur, remonte le fil de cette histoire incroyable dont il vient d’être le témoin. Il intègre dans sa narration, des images arrêtées, des ralentis, des accélérés. 

https://videos.francetv.fr/video/NI_485179@Culture


A Saint-Pétersbourg, alors qu’il visite une exposition de foire, un ami du conteur, Ivan, est avalé par un crocodile. Il n’arrive pas à en sortir, et finit même par s’y plaire.

Dans un joli décor aux couleurs éclatantes, une double porte s’ouvre comme une boite de pandore. En sorte les personnages, puis plus tard la cage du crocodile répondant au doux nom de Gunter. Le dresseur, allemand, roule des mécaniques, conscient de la valeur de l’animal.

https://videos.francetv.fr/video/NI_485183@Culture


Une comédie politique ludique et grave

Car dans un temps où le marché est devenu roi, où la crise économique menace, le crocodile est une source précieuse de revenus. Une valeur qui a plus que doublé depuis qu'il a avalé Ivan. Alors rien n’y fera, le dresseur s’opposera au sacrifice de l’animal, au nom de la sacro sainte propriété privée ! 

https://videos.francetv.fr/video/NI_485187@Culture


Confortablement installé dans son croco, Ivan va déposer une requête pour garder son emploi dans la fonction publique. Seulement voilà, tout le monde pourrait bien avoir envie de se faire avaler pour travailler, comme lui, allongé.

Depuis les profondeurs de son croco, Ivan devient un tribun qui prétend éclairer les foules. Mais bientôt le voilà qui veut devenir célèbre, inventer un nouveau système social, diriger le monde pendant mille ans… Un désir de pouvoir risible, s’il n’en rappelait de plus terrifiants.

« Il y a une perte totale du bon sens et de la sémantique, le mot liberté ne veut plus dire la même chose au fil du temps et dans le spectacle aussi », constate Léo Cohen-Paperman. « Il y a une confusion assez énorme, que Dostoïevski a repéré dès le milieu du XXe siècle. Comme si au nom de la liberté, on allait tuer le bon sens et l’humanité. C’est une vraie comédie désespérée ! »


La pièce embrasse tous les styles avec brio

Lazare Herson–Macarel campe avec maestria le conteur, qui de témoin, devient victime, puis fou. Le reste de la distribution est aussi très bien : Emilien Diard Detoeuf joue Ivan, Clovis Fouin campe un très drôle dompteur allemand, Jean-Michel Guérin, le haut fonctionnaire, et Morgane Nairaud, est Elena, la compagne volage d’Ivan. 
Lazare Herson-Macarel et Morgane Nairaud dans "Le Crocodile"

Lazare Herson-Macarel et Morgane Nairaud dans "Le Crocodile"

© Tomoyo Funabashi

La mise en scène menée tambour battant, à la fois haletante et inquiétante, embrasse avec gourmandise tous les styles. Cette comédie politique ludique et grave, est un merveilleux moment de théâtre, apprécié à sa juste valeur par des festivaliers, heureux d’avoir découvert une des perles du off d’Avignon.

Quand à vous amoureux du théâtre, je vous engage à aller découvrir en août les spectacles du Nouveau Théâtre populaire animé notamment par Léo Cohen Paperman et Lazare Herson-Macarel (et une vingtaine d'autres artistes). Une belle aventure qui propose depuis 7 ans à Fontaine-Guérin dans le Maine-et –Loire, des mises en scène contemporaines de grands classiques, au prix unique de 5 euros. Une façon très concrète, pour cette bande de passionnés talentueux, de  poursuivre l’idéal Vilarien.

"Le Crocodile" à la Caserne des Pompiers
116 rue de la Carreterie, Avignon
Réservation : 04 90 85 03 78
Du 6 au 22 juillet à 15h


Festival Nouveau Théâtre Populaire à Fontaine-Guérin (Maine-et-Loire)
Du 15 au 28 août 2015