Avignon 2018 : dans "Mama" les femmes égytiennes reproduisent le patriarcat

Mis à jour le 24/07/2018 à 11H16, publié le 19/07/2018 à 12H44
"Mama" d'Ahmed El Attar

"Mama" d'Ahmed El Attar

© Raynaud de Lage

Sommité de l’art dramatique en Egypte, l'auteur et metteur en scène Ahmed El Attar ("The last Supper"), présente dans le In d’Avignon "Mama", où les femmes d’une grande famille bourgeoise reproduisent les schémas de la tradition patriarcale pour garder le pouvoir sur la famille. A l’heure de la question de la condition féminine dans le monde et les pays arabes, "Mama" ne convainc pas tout à fait.

La note Culturebox

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Petits drames domestiques

Ahmed El Attar n’avait pas prévu d’écrire une trilogie sur la famille égyptienne quand il a créé "la Vie est belle ou attendant mon oncle d’Amérique" en 2000, puis "The Last Supper", présentée à Avignon en 2015. Avec "Mama", joué au Gymnase du Lycée Aubanel à Avignon cette année, c’est désormais chose faite.

Dans le salon d’une grande famille du Caire, tout tourne autour de Mama (Mehna El Batraoui), l’ancêtre. Dans des joutes verbales feutrées, elle s’échine à garder son pouvoir sur le foyer que lui dispute sa belle-fille (Anda Mohammed). Pour ce faire, toutes deux jouent avec les codes de la société patriarcale, très forts en Egypte, et les transmettent à leurs enfants et petits-enfants, au cours de petits drames domestiques.
"Mama" d'Ahmed El Attar

"Mama" d'Ahmed El Attar

© Raynaud de Lage
Le très beau plateau, vaste et clairsemé de meubles raffinés disposés sur un sol marbré éclairé d’une lumière chaude, impressionne tout en rappelant l’amplitude spatiale d’un Ivo van Hove ("Les Choses qui passent"). Tout tourne autour de ce fauteuil où trône Mama et de son canapé où elle reçoit à tour de rôle les membres de la famille et ses proches. Son mari (Boutros-Boutros Ghali) lui fait face quand il daigne apparaître et remettre tout le monde à sa place.

Intrigue minimaliste

Pièce en arabe, elle souffre d’une trop grande distance entre le dispositif de surtitrage en français et le public. C'est un peu frustrant, vu la subtilités des dialogues, pour les spectateurs les plus visuellement déficients. D’autant qu’un écran de fumée rend à un moment la lecture encore plus difficile… On ne passe pas à côté de "Mama" pour autant, mais la perte est là. Les ressorts de l’intrigue minimaliste recoupent des figures attendues : l’indépendance grandissante d’une adolescente, la préférence faite aux garçons, les plaintes de Mama quant à ses responsabilités, non dénuées d’humour, jusqu’au décès de son mari, un peu impromptu…
"Mama" d'Ahamed El Attar

"Mama" d'Ahamed El Attar

© Raynaud de Lage
D’une facture classique, le texte et la mise en scène d’Ahmed Et Attar respectent toutefois son amour du collage lors de deux chants d’Heba Rifaat qui fait office de chœur. Ils rappellent, en filigrane, la persistance d’une liberté en rupture avec des traditions oppressantes. Mais si le message passe, et il ne s’applique pas uniquement à la société égyptienne, "Mama" demeure un spectacle quelque peu figé.