Avignon : Isabelle Adjani et Lambert Wilson brûlants d’amour en Casarès et Camus

Sophie Jouve
Par @sophiejouve1
Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 20/07/2018 à 09H54, publié le 14/07/2018 à 11H32
Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon

Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon

© S.Jouve/Culturebox

Un amour brûlant souffle sur la nuit d’Avignon, un moment de grâce : Isabelle Adjani et Lambert Wilson prêtent leur voix à Maria Casarès et Albert Camus, qui ont entretenu une correspondance passionnée jusqu’à la mort de l’écrivain. Une correspondance publiée en 2017 aux éditions Gallimard ("Notre éternel été").

La note Culturebox

4
4/5
La cour du Musée Calvet est prise d’assaut ce vendredi 13 juillet. Lambert Wilson, chemise blanche, s’assied en bord de scène, Isabelle Adjani, longue robe hippie chic, en retrait, dos au public. C’est elle qui lit la première lettre de cette correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui durera 15 ans (1944 et 1959). Elle rejoint Camus, qui souffre de poussées de tuberculose, chez lui rue Vaneau à Paris. "Il évoquait l’Algérie et ses plages, les parties de foot et les baignades".
 
Plus tard, à partir 1948 : "Ce que tu es est ce que j’aurai rêvé d’être si j’étais né homme" (…) "Je te veux partout, en tout et tout entier" (…) "Mon désir de toi s’exaspère et m’exaspère" (…) "Décidemment, loin de l’intelligence je me fane". 
La correspondance Camus-Casarès par Isabelle Adjani et Lambert Wilson

La correspondance Camus-Casarès par Isabelle Adjani et Lambert Wilson

© S.Jouve/Culturebox


"Un amour brûlant de cristal"

Des lettres pour conjurer l’absence, parfois de plusieurs mois, et les séparations. Il est question d’amour, d’Art, Maria Casarès raconte les répétitions des "Justes", pièce de Camus dans laquelle elle incarne Dora. Alors que le jour tombe, les grillons et le léger souffle du vent accompagnent la belle voix d’Adjani, pleine d’ardeur et de passion.
 

Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?

Maria Casarès, 4 juin 1950  
 
Ils se sont effectivement rencontrés à une date symbolique, le 6 juin 1944, jour du débarquement allié. Elle a vingt et un an, il en a trente. Maria est fille de républicains espagnols réfugiés en France lors de l’accession de Franco au pouvoir. Albert Camus, alors séparé de sa femme Francine Faure par l’occupation allemande, était engagé dans la Résistance. Les deux amants se séparent quand Francine Faure peut enfin rejoindre son mari en octobre 44. Mais le 6 juin 1948, clin d’oeil du destin, ils se croisent de nouveau boulevard Saint Germain : ils ne se quitteront plus. 
 

Egalement lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut je le sais, nous surprendre, ni nous séparer

Albert Camus, 4 juin 1950

"Toi, toi encore et plus jamais aucun être" 

Quand Lambert Wilson se lève et entame quelques pas de danse avec Adjani-Casarès on est bouleversé par la délicatesse, l’évidence de leur amour et aussi la manière dont ces deux très grands acteurs l’incarnent (accompagnés par le violoncelliste Raphaël Perraud).  "Toi, toi encore et plus jamais aucun être", écrit Camus à son amour à qui il promet "une robe de baisers".  
   Raphaël Perraud, violoncelliste, Isabelle Adjani et Lambert Wilson à Avignon 

   Raphaël Perraud, violoncelliste, Isabelle Adjani et Lambert Wilson à Avignon 

© S.Jouve/Culturebox
  Le violoncelliste Raphaël Perraud, Isabelle Adjani et Lambert Wilson à Avignon

  Le violoncelliste Raphaël Perraud, Isabelle Adjani et Lambert Wilson à Avignon

© S.Jouve/Culturebox


L'émotion de la petite-fille de Camus

C’est un très émouvant voyage que nous ont offert Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ovationnés par le public. La petite fille d’Albert Camus, Elisabeth Maisondieu ne peut retenir ses larmes : 

C’est très beau, mais c’est dur, c’est très difficile de réaliser quelque chose dont on n’a pas été le témoin. Ces voix très belles humanisent et viennent toucher. Cet amour, cette relation, est désormais complètement intégrée dans notre famille, que Camus ait aimé Maria Casarès. Maria fait partie de notre vie, de notre imaginaire. Il n’y a pas du tout de jugement. Cette relation, je n’avais jamais plongé dedans avant la publication de ces lettres en 2017. C’est une relation passionnelle qui est magnifique.

Elisabeth Maisondieu Camus
Isabelle Camus

Isabelle Camus

© S.Jouve/Culturebox

On n’oubliera pas dans nos compliments, Valérie Six, pour le choix des textes et la collaboration artistique et Alexandre Plank, pour sa réalisation subtile et sobre. Enfin signalons que les lettres de Casarès et Camus font partie de ces belles soirées organisées par France Culture, qui avaient permis la veille d’entendre Sami Frey lisant Beckett, et qui se termineront le 21 juillet avec Camille Chamoux et Serge Valletti lisant Aristophane. 
Adjani 4 © S.Jouve/Culturebox


"Notre éternel été" Albert Camus, Maria Casarès correspondance : retrouver cette lecture sur France Culture le mardi 17 juillet à 20h