"Choisir de vivre" à Avignon OFF 2018 : Nathalie Mann troublante dans la peau d'un transgenre

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 20/04/2018 à 09H23, publié le 06/03/2018 à 13H11
Choisir sa vie 1

"Choisir de vivre", au studio Hébertot à Paris, adapte l’ouvrage éponyme de Mathilde Daudet où elle raconte son changement de sexe, née homme pour devenir pleinement femme à 60 ans. Sacré parcours que Nathalie Mann incarne seule sur scène, avec une présence impressionnante dans une mise en scène inventive de Franck Berthier.

La note Culturebox

4
4/5

Corriger l’erreur

Le sujet du transgenre dominera le prochain Festival d’Avignon. "Choisir de vivre" sera à l'affiche du "Off". Créé en 2017, ce seule sur scène repose sur le texte fort de Mathilde Daudet qui relate l’histoire de son intimité. Nathalie Mann en incarne toutes les subtilités, la complexité et la puissance. Nathalie Mann, c’est d’abord une présence. Grande, belle, carrée, elle assume une sacrée performance dans ce projet peu évident qui expose une vie peu commune. La comédienne l’exécute avec passion et conviction.

Cette vie, c’est celle de Thierry, né dans une famille catholique, très tôt il ne se sent pas dans la peau d’un homme, mais celle d’une femme. Non pas homosexuel, mais mal incarné, comme si la nature s’était trompée. Pour corriger l’erreur, parvenir à rétablir la vérité, le chemin sera long, douloureux, mais au final libérateur. Aucun exhibitionnisme dans cette confession, même si le corps est au premier plan. Celui de Nathalie Mann d’abord, en nuisette sur une bonne partie de la pièce et qui explique son corps. Et par lui, son âme.
Nathalie Mann dans "Choisir de vivre"

Nathalie Mann dans "Choisir de vivre"

© Studio Hébertot

Sacs plastique

"Mes parents m’ont donc élevée dans ce genre (masculin), avec tout l’homomorphisme qui va de pair. Les jeux violents, le courage inutile, les risques stupides, la résistance à la douleur, toute la panoplie de l’homo erectus me fut apprise, tout le conditionnement et le formatage de mon cerveau allèrent dans ce sens", dit Mathilde Daudet par la bouche de Nathalie Mann. Un conflit irréversible que toute la pièce restitue, un cheminement long où alternent doutes et certitudes. D’où le temps nécessaire à prendre, pour s'apprendre, avec les douleurs attenantes, jusqu’à la délivrance.

L'exercice du seule sur scène repose sur un dispositif scénique minimaliste. Franck Berthier, metteur en scène, bénéficie d’ores et déjà de la présence de Nathalie Mann. Spectaculaire. Mais il y a aussi ce tapis de sacs plastique sur les planches, contre lesquels elle se débat, comme s'ils représentaient une normalité imposée. Elle fait un simulacre de mariage avec eux, à l’apogée du doute qui l’habite. Décision prise, arrive enfin la liberté en changeant de sexe. Un texte fort, une comédienne d’exception, un spectacle plein de sens sur l'émancipation de soi face aux conventions, une problématique qui sera au coeur du prochain Festival d'Avignon.
"Choisir de vivre" : l'affiche

"Choisir de vivre" : l'affiche

© Studio Hébertot