À 92 ans, Peter Brook présente une nouvelle pièce à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/03/2018 à 21H45, publié le 04/03/2018 à 16H15
Peter Brook au théâtre des Bouffes du Nord à Paris (27 février 2018)

Peter Brook au théâtre des Bouffes du Nord à Paris (27 février 2018)

© Lionel Bonaventure / AFP

La carrière de Peter Brook a tout d'une épopée, à l'image de son illustre "Mahabharata" : à 92 ans, le légendaire maître de théâtre britannique présente une nouvelle pièce inspirée d'un vieux voyage en Afghanistan, "The Prisoner", à partir du 6 mars 2018 au théâtre des Bouffes du Nord.

Quand l'AFP lui demande où il puise toute cette énergie, le metteur en scène, acteur, réalisateur et écrivain répond avec humour : "J'aimerais moi-même le savoir", lors d'un entretien avec l'Agence France-Presse dans son appartement à Paris, où il vit depuis les années 70.

L'artiste iconoclaste a monté plus de 100 pièces et développé la théorie de l'espace vide qui laisse libre cours à l'imagination du public et qui est considérée comme une "bible" pour les amoureux du théâtre avant-gardiste.

Peter Brook toujours hanté par les questions existentielles

Il y a deux ans, avec "Battlefield" - une suite du "Mahabharata" basé sur le grand poème indien -, on aurait pu croire que le grand metteur en scène tirait sa révérence. Mais les questions existentielles humaines le hantent encore : après la guerre, la mort, la justice, il explore la rédemption dans "The Prisoner", à partir de mardi au théâtre parisien des Bouffes du Nord qu'il a dirigé pendant des décennies.

"Les gens me suggèrent tout le temps ce que je dois faire comme nouvelle pièce", dit-il d'une voix frêle. "Comme pour le Mahabharata, (l'idée) s'est faufilée, je ne suis pas allé à la recherche de quelque chose", affirme l'homme aux yeux d'un bleu perçant qui a monté la pièce avec sa collaboratrice de longue date Marie-Hélène Estienne.

Marqué par un voyage en Afghanistan avant l'invasion soviétique

Cette fois-ci, c'est le souvenir d'un voyage en Afghanistan avant l'invasion soviétique (en 1979) qui l'a rattrapé. "The Prisoner" met en scène un jeune homme qui tue son père et doit subir un châtiment singulier : non pas croupir en prison, mais purger sa peine en faisant face à sa geôle.

Peter Brook affirme que cette histoire vraie lui a été racontée en Afghanistan par un maître soufi qui avait suggéré à un juge une punition autre que l'incarcération. "Tout dépendait du fait que le jeune homme reconnaisse la nécessité d'être puni afin d'être purifié. Graduellement, en faisant face à la prison, il faisait face à ce qu'il était vraiment", explique Peter Brook.

Le dramaturge a rencontré l'homme qui a inspiré le personnage du prisonnier. "Nous ne nous sommes pas parlé mais j'ai vu dans ses yeux qu'un processus était en cours."

Peter Brook renoue avec Gurdjieff, un de ses maîtres à penser

Peter Brook renoue ici non seulement avec un souvenir mais avec un maître à penser : Georges Gurdjieff, ce mystique influent du début du XXe siècle qui préconisait un travail de méditation permettant à l'homme de passer à un état supérieur de conscience.

"À l'Onu, ils se réunissent et cela aboutit à un drôle de mot : une résolution. Alors que rien n'est réglé, tout le monde rentre chez soi en ayant bonne conscience", dit Peter Brook. "Ce prisonnier n'a pas droit à ça, il doit vivre avec la réalité."

La pièce résonne avec une autre œuvre de Brook, "Tierno Bokar" (2004), du nom d'un mystique et soufi malien du XXe siècle qui prônait l'amour universel.

Son désir : insuffler de l'espoir

Peter Brook, qui a perdu en 2015 celle qui a été son épouse pendant 64 ans, l'actrice Natasha Parry, espère insuffler de l'espoir, "quelque chose de plus fort que le désespoir, la maladie, l'horreur, comme ce qu'on voit par exemple dans les infos, en Syrie", explique-t-il à l'AFP.

Entend-il pour autant "prêcher" un nouveau modèle de sanctions ? "Certains journalistes viennent me demander +alors, vous pensez pouvoir changer le monde ?+ Cela me fait rire. Je n'ai jamais eu cette prétention, c'est ridicule." Peter Brook a toujours refusé de faire du théâtre engagé, préférant un théâtre qui invite à la réflexion ou à la spiritualité, que ce soit avec des pièces shakespeariennes ou des adaptations comme Carmen.

"Il y a toujours une tendance à prêcher, Trump en est le meilleur exemple, celui d'un homme qui prêche tout le temps, sans se rendre compte qu'il doit se regarder lui-même (...) Il se prend pour Dieu Tout-puissant. C'est lui qui doit être ce prisonnier et se regarder soi-même", ajoute-t-il.