Un "Misanthrope" atone dans la Maison de Molière

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/04/2014 à 11H31
Loïc Corbery (Alceste) et Georgia Scalliet (Célimène) dans "Le Misanthrope" de Molière, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, à la Comédie Française (Salle Richelieu)

Loïc Corbery (Alceste) et Georgia Scalliet (Célimène) dans "Le Misanthrope" de Molière, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, à la Comédie Française (Salle Richelieu)

© Audrey Natalizi / France 3 Paris

Alors que Michel Fau donne au Théâtre de l'œuvre un "Misanthrope" exubérant, dans lequel il interprète Alceste avec Julie Depardieu en Célimène, Clément Hervieu-Léger en met en scène un autre à la Comédie Française tout en sobriété, recadré dans notre époque contemporaine, avec son acteur fétiche Loïc Corbery dans le rôle-titre et Georgia Scalliat dans celui de son égérie.

Grisaille
La comparaison n'est pas forcément élogieuse pour le Français. Aucune compétition dans ce rapprochement, mais difficile de ne pas se laisser tenter tant les partis-pris sont opposés. Michel Fau, au théâtre de l'Oeuvre, joue d'un foisonnement scénique dans les perspectives forcées de ses décors, l'omniprésence du détail d'une toile de Jérôme Bosch en guise de rideau, des costumes colorés réinterprétés du XVIIe siècle et des maquillages soulignés. A l'opposé à la Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger joue sur une variante de gris, dans les vêtements et la scénographie.

Cette grisaille rejaillit sur l'interprétation d'un texte, à l'origine coloré par l'alexandrin, d'où émane une part de la force comique de la pièce, même si c'est une tragédie. Il est ici très intériorisé par les comédiens, jusqu'à en être par moment inaudible. Ce qui est un comble pour un texte aussi fort et complexe que "Le Misanthrope". Tant et si bien que l'on en perd une bonne partie si l'on ne tend pas l'oreille, exercice assez pénible sur la durée d'un spectacle de 2h50 (entracte compris). Ce n'est pas tant la gageure de recadrer la pièce dans notre XXIe siècle qui chagrine. Pourquoi pas ? Molière, et c'est un lieu commun de le rappeler, est intemporel et d'une furieuse modernité, "Le Misanthrope" notamment.
"Le Misanthrope" de Molière dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, à la Comédie Française (Salle Richelieu)

"Le Misanthrope" de Molière dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, à la Comédie Française (Salle Richelieu)

© © Brigitte Enguérand
Alceste dilué dans le décor
Pourtant, l'on sent les comédiens portés par leur metteur en scène et le soin apporté à la cohérence de ce camaïeu composé par le beau décor d'Eric Ruf et les costumes de Caroline De Vivaise. Mais l'accord n'est-il pas redondant ? Alceste, personnage gris par son désamour de l'humanité, mais bouleversé par son amour pour Célimène, s'en trouve comme dilué. Impression renforcée par des accessoires encombrants, comme ce piano inutile, une scène de repas artificielle, deux enfants rajoutés, des changements de décors systématiquement dévolus aux domestiques, de brusques gesticulations et des tirades lancées sur un ton d'hystérie soudain…

Reportage de Jean-Noël Mirande et Audrey Natalizi : 

https://videos.francetv.fr/video/NI_147197@Culture

Loïc Corbery campe un Alceste rajeuni où sont talent excelle, et Serge Bagdassarian en Oronte, tout en fatuité, remporte un beau succès dans l'irrésistible scène du sonnet. L'introduction où Alceste erre seul dans le décor aux hautes verrières, rideau levé, alors que le public prend place, est une belle idée qui introduit la solitude et l'ombrage du personnage de plus en plus perdu dans ses obsessions, avant son retrait dans son "désert". Si le spectacle est finalement applaudi, l'enthousiasme est limité.   

Le Misanthrope à la Comédie -Française - Salle Richelieu -
Moilière, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, avec : Loïc Corbery (Alceste), Eric Ruf (Philinte), Georgia Scalliet (Clémence), Serge Bagdassian (Oronte), Adeline D'Hermi (Eliante)
1, place Colette, Paris 1er
En alternance jusqu'au 17 juillet
Réservations : 08.25.10.16.80