"La Tempête" à la Comédie-Française : Shakespeare à l’hôpital

Par @sophiejouve1
Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 23/12/2017 à 16H26, publié le 18/12/2017 à 09H01
Loïc Corbery et Georgia scalliet dans "La Tempête"

Loïc Corbery et Georgia scalliet dans "La Tempête"

© Vincent Pontet/Comédie-Française

C’est une "Tempête" cérébrale, intérieure, celle de Prospero, que met en scène Robert Carsen à la Comédie-Française. Plus célèbre chez nous pour ses mises en scène d’opéras et de comédies musicales, il monte ici sa première pièce en France.

Une sorte de cellule ou de chambre d’hôpital totalement close et dépouillée symbolise l’espace mental de Prospero. Un Prospero alité, en proie aux cauchemars. La paranoïa d’un homme qui a perdu le pouvoir, et qui 12 ans après ne s’en remet toujours pas.

Ce parti pris de Robert Carsen pour aborder "La Tempête", évacue la magie et les multiples pouvoirs surnaturels du personnage, pour se concentrer sur sa psyché. Des projections vidéo de vagues en furies et de gros plans de visages terrifiés tapissent les murs et figurent la fameuse tempête, devenue mentale.

"La Tempête" de Shakespeare mise en scène par Robert Carsen

"La Tempête" de Shakespeare mise en scène par Robert Carsen

© Vincent Pontet/Comédie-Française
Prospero (Michel Vuillermoz), c’est ce duc de Milan destitué par son frère Antonio (Serge Bagdassarian) avec l’aide d’Alonso (Thierry Hancisse), roi de Naples. Jeté dans une barque avec sa fille Miranda, ils échouent sur une île inhabitée. Lorsque l’usurpateur passe aux abords de l’île, Prospero orchestre sa vengeance avec l’aide d’Ariel (Christophe Montenez), un esprit qu’il a mis à son service.

Prospero et Ariel sont habillés de pyjamas blancs. Les naufragés, l’usurpateur et le roi de Naple ainsi que leur suite, sont en uniforme gris. La seule touche d’onirisme vient des ombres géantes de Prospero soulignant sa fureur et ses tourments : se venger ? Pardonner ? Marier sa fille bien-aimée Miranda (Georgia Scalliet) avec Ferdinand (Loïc Corbery), fils du roi de Naples, qui ne ressemble surtout pas à son père.

Christophe Montenez et Michel Vuillermoz dans "La Tempête"

Christophe Montenez et Michel Vuillermoz dans "La Tempête"

© Vincent Pontet/Comédie-Française
La scénographie et la mise en scène peuvent décontenancer, mais les comédiens du Français déploient leurs talents pour servir le texte dans la traduction de Jean-Claude Carrière. Michel Vuillermoz donne toute sa palette de sentiments au mélancolique Prospero, Christophe Montenez est un gracieux Ariel, Loïc Corbery et Georgia Scalliet charment par leur innocence. Il y a aussi dans la pièce de Shakespeare une dimension burlesque portée par Hervé Pierre en délicieux bouffon, Stéphane Varupenne en sauvage Caliban et Jérôme Pouly en majordome ivrogne.

"La Tempête", salle Richelieu de la Comédie-Française

"La Tempête", salle Richelieu de la Comédie-Française

© Vincent Pontet/Comédie-Française

On peut faire confiance à l’esprit de troupe de la grande maison pour nous faire passer une bonne soirée. On regrettera cependant, pour ceux qui n’ont jamais vu cette pièce si étrange, l’une des dernières de Shakespeare et pas souvent montée, que soit évacuée toute poésie surnaturelle comme s’il s’agissait de l’univers mental d’un homme atteint de névroses. Ce qui est finalement assez réducteur, et devient un procédé un peu galvaudé chez les metteurs en scène.