"Pourvu qu’il soit heureux" : Laurent Ruquier brise les tabous tenaces sur l’homosexualité

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Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse

Mis à jour le 06/11/2018 à 17H30, publié le 10/10/2018 à 17H14
Louis Le Barazer, Francis Huster et Fanny Cottençon 

Louis Le Barazer, Francis Huster et Fanny Cottençon 

© Svenc Andersen

Laurent Ruquier aborde le thème du coming out dans sa nouvelle pièce, mais en se plaçant du côté des parents. "Pourvu qu’il soit heureux" à l’affiche du Théâtre Antoine est sans doute sa création la plus personnelle : il y dénonce par le rire, mais pas seulement, les préjugés envers les homosexuels qui ont la vie dure.

La note Culturebox

3
3/5
En vacances à Concarneau, les parents de Camille découvrent, à la Une de la presse people, la liaison de leur fils avec un acteur de série d’âge mûr. Si la mère (Fanny Cottençon) se montre tolérante et tendre, le père joué par Francis Huster, choqué, blessé dans sa virilité, exprime sa colère en un chapelet de clichés homophobes.

Reportage : M. Berrurier / J-C. Duclos / J. Michaan / O. Pergament

Réactions contrastées des parents

Laurent Ruquier construit sa pièce de manière astucieuse en faisant rejouer la même scène, mais en inversant les points de vue. Cette fois le père est plutôt fataliste et la mère, elle, culpabilise, s’interrogeant "sur ce qu’elle a pu faire de mal".
Fanny Cottençon et Francis Huster

Fanny Cottençon et Francis Huster

© Svend Andersen
Ruquier aborde de front la question de la révélation de l’homosexualité d’un jeune, jouant avec les clichés, qui selon lui perdurent : "Oui bien sûr hélas, plus que jamais !", lance Laurent Ruquier que nous avons interviewé. "Il suffit d’écouter les conversations, les manifestations, les débat entre opposants, les agressions homophobes". Et d’ajouter : "Quand le père dit ‘s’il faut l’aider on l’aidera’ (sous-entendu à le soigner), j’avais écrit ça avant que le pape dise à peu près la même chose à bord d’un avion…"

Selon Ruquier, les deux premiers actes correspondent aux deux hypothèses de réaction des parents  imaginées par le fils. Cette intention de l’auteur ne nous a pas paru, à vrai dire, très claire.
 
En revanche la fin, amère, de ce qui demeure une comédie surprend : ce n’est pas forcément ce que le public attend de l’"amuseur" Ruquier. Mais c’est comme s’il fallait un événement dramatique pour sceller la réconciliation familiale.

Une pièce très personnelle

Ruquier dit avoir mis beaucoup de lui dans "Pourvu qu’il soit heureux" : "Beaucoup de moi et des gens que j’ai pu connaître. De moi surtout dans le dernier acte, dans tout ce que raconte le fils, là je me suis servi de mon propre vécu, de mon enfance. C’est ce que j’aurai pu raconter à mes parents si on avait abordé le sujet. Le fait notamment que je ne savais même pas ce qu’était un homosexuel, on ne m’en avait jamais parlé".
"Pourvu qu'il soir heureux" de Laurent Ruquier

"Pourvu qu'il soir heureux" de Laurent Ruquier

© Svend Andersen
"L’idée de la pièce c’est de dire qu’au fond il n’y a pas de stéréotypes chez les homosexuels comme chez les hétérosexuels, il y a toutes sortes de genre d’homos comme il y a toutes sortes de genre d’hétéros, c’est la vie et il faut accepter que chacun la vive comme il l’entend", dit l'auteur. 

Un trio juste et émouvant

Steve Suissa signe une mise en scène élégante et efficace servie par un trio de comédiens parfaitement crédibles. Fanny Cottençon est une mère pleine de tact et d’humanité, Francis Huster excelle dans la mauvaise foi et la fureur. Il est très drôle dans le premier acte. Jeune débutant solaire, Louis Le Barazer tient bien sa partie face à des acteurs chevronnés.

Au final on a ri, on a été touché, et même ému, et si l’on est parent on se demandera forcément comment on réagirait si notre fils nous apprenait qu’il est homo… Ruquier a réussi son pari : amuser en faisant passer des messages.