Pierre Arditi et Emmanuelle Devos se confrontent "quelque part dans cette vie"

Mis à jour le 18/02/2018 à 17H50, publié le 15/02/2018 à 11H57
Emmanuelle Devos et Pierre Arditi dans "Quelque part dans cette vie"

Emmanuelle Devos et Pierre Arditi dans "Quelque part dans cette vie"

© Emmanuel Murat

Deux comédiens d’exception, le tandem Pierre Arditi/Emmanuelle Devos reprend le texte de l'américain Israël Horovitz, "Quelque part dans cette vie". Histoire qui réunit deux solitaires, un professeur aigri et sa modeste gouvernante dans un port de la côte est américaine. La pièce qui avait valu un Molière à Pierre Dux en 1990 est à l'affiche du Théâtre Edouard VII à Paris. Un véritable régal.

Une petite maison de docker, paumée dans le Massachusetts. C’est là que vit, seul, un ancien professeur de musique et d’anglais. Jacob Brackish n’a pour unique compagnie que la radio de Gloucester, minuscule port de pêche situé à quelques miles de Boston. Son isolement ? Ses petites habitudes ? Tout cela va très vite voler en éclat car la mort rôde. Notre homme n’a plus que quelques mois à vivre. Il fait donc appel à une gouvernante. Et voici Kathleen qui débarque telle une tempête dans son existence.
Emmanuelle Devos et Pierre Arditi

Emmanuelle Devos et Pierre Arditi

© Emmanuel Murat

 Le jeu des faux semblants

"Quelque part dans cette vie" c’est une boule jetée violemment dans un jeu de quilles. Un choc entre deux mondes : un professeur érudit dont on apprend qu’il fut une terreur locale pour des générations de lycéens. Aucune pitié de sa part pour tous ceux qui ont dû l’affronter dans des examens. Face à lui, une femme modeste, maladroite qui nous semble démunie devant le vieil homme savant. Les faux semblants. Nous sommes évidemment en plein dedans. Très vite, les rôles s’inversent et l’intrigue se dévoile.  Quelle est la vraie raison de la présence de cette femme ? Qui se cache derrière cette domestique docile?
Pierre Arditi

Pierre Arditi

© Emmanuel Murat

Un duo d'acteurs étincelants

Sur scène, une rencontre de comédiens au sommet de leur art. Emmanuelle Devos incarne son personnage avec une époustouflante subtilité : tour à tour naïve, fruste, celle qui ose comparer ses gestes du quotidien à ceux de Bach qu’écoute religieusement le professeur, se révèlera plus tard cruelle, revancharde ou tendre.
Emmanuelle Devos

Emmanuelle Devos

© Emmanuel Murat
Pierre Arditi, lui, campe à merveille cet homme bourru et aigri, qui n’a pour sport favori que le goût de se plaindre. Jacob n’a plus grand-chose à perdre. Ses amis sont partis. Son meilleur ennemi, celui  qui n’a cessé de l’humilier tout au long de sa vie, l’a encore coiffé au poteau en arrivant premier au cimetière. "Quand on n’a plus personne à haïr, dit-il, on se sent vraiment seul."

Des textes crus 

Un humour grinçant. Une écriture ciselée et féroce. Un ton qui fait mouche malgré quelques longueurs. La pièce écrite par le dramaturge Israël Horovitz en 1990 a été adaptée par l’académicien, auteur et scénariste Jean-Loup Dabadie. Jouée dès sa création, à Paris, par Jane Birkin et Pierre Dux. Le célèbre administrateur de la Comédie Française se voit décerner un Molière pour ce rôle. Juste quelques mois avant son décès.

Horovitz, l'auteur, mis en cause pour harcèlement et viol

Israël Horovitz, c’est l’écrivain américain vivant le plus joué en France. 70 pièces à son actif, traduites pour certaines dans une trentaine de langues. Ce francophile qui avoue "être convaincu qu’il finira ses jours en France" a fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines dans les médias. Non pas dans les rubriques Culture, mais dans les suites de l’affaire Weinstein. Neuf femmes l’ont accusé de harcèlement sexuel, dont une de viol. Certaines de ses victimes étaient mineures au moment des faits.

Horovitz, celui que Ionesco qualifiait de "tendre voyou", serait-il un homme au soir de sa vie, rattrapé par de terribles révélations sur son passé ? Un scénario que l’auteur aurait traité avec délectation, comme dans "Quelque part dans cette vie", si ce n’était de sa propre existence dont il était question. Quand la férocité du réel dépasse de loin la fiction…