Luc Bondy, grand metteur en scène et directeur de l'Odéon, est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/11/2015 à 13H59
Luc Bondy en 2013

Luc Bondy en 2013

© ALEXANDER KLEIN / AFP

Le grand metteur en scène Luc Bondy, directeur du théâtre de l'Odéon à Paris, est décédé à l'âge de 67 ans, annonce le théâtre.

Le metteur en scène, malade depuis longtemps, était à la tête du théâtre de l'Odéon depuis 2012. Il avait lors de sa nomination affirmé sa volonté de présenter "un théâtre européen ouvert et tourné vers l'avenir".  A 25 ans, un premier cancer le frappe. Il en aura plusieurs. Les ennuis de  santé ponctueront toute sa vie : en 2009, il dirigera depuis un lit sur scène  des répétitions à l'Opéra de Paris. Récemment, Il avait annoncé devoir reporter la création d’Othello, prévue en janvier 2016, pour raisons de santé. La ministre de la culture Fleur Pellerin, s'est dite "bouleversée" par cette disparition sur son compte twitter.Né en 1948 à Zurich de parents intellectuels juifs d'origine allemande et autro-hongroise, élevé en Suisse et en France, il entame sa carrière de metteur en scène à la fin des années 60 en Allemagne. En 45 ans, Luc Bondy aura mis en scène plus de 70 pièces et 16 opéras sur  toutes les grandes scènes d'Europe, adaptant aussi bien Gombrowicz, Botho  Strauss, Shakespeare, Tchekhov que Molière, Marivaux dont il se disait "addict"  et l'auteure contemporaine Yasmina Reza.

Théâtre, opéra, cinéma

Il parcourt à ses débuts l'Allemagne en montant Genet, Ionesco, Goethe, Fassbinder lui confie "Liberté à Brême" (1972) et la renommée internationale arrive en 1973, avec "La mer" d'Edward Bond à Munich. De 1974 à 1976, il travaille à Francfort puis Peter Stein l'appelle à la Schaubühne de Berlin. Il commence alors à conjuguer théâtre et opéra, avec "Lulu" de Berg (1977) à Hambourg. De "Wozzeck" de Berg (Hambourg 1976) à "Charlotte Salomon" de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), en passant par Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi... Au total, il a mis en scène seize opéras. Sa "Tosca", jugée hardie, avait fait scandale en 2009 à New York.

Luc Bondy renoue avec la France en 1984 grâce à Patrice Chéreau qui dirige alors le Théâtre des Amandiers de Nanterre: il y monte "Terre étrangère" d'Arthur Schnitzler, dont il tirera en 1988 l'un de ses trois films. En l'an 2000 à Vienne, il monte "Trois vies" de Yasmina Reza, auteur qu'il retrouvera régulièrement. Puis prend en 2001 la direction du prestigieux Festival de Vienne qu'il gardera douze ans.

En 2012, il est nommé à la tête du Théâtre de l'Odéon/Théâtre de l'Europe, après une vive polémique liée à la non-reconduction de son prédécesseur Olivier Py, qui prendra dans la foulée la direction du Festival d'Avignon. Deux ans après sa nomination, il reconnaissait "prendre beaucoup de plaisir" à la direction de L'Odéon. "Je ne m'y attendais pas avec la polémique", avait-il confié à l'AFP.

Une petite famille

Ses mises en scène à l'Odéon sont des succès : "Les fausses confidences" avec Isabelle Huppert et Louis Garrel, "Tartuffe" avec Micha Lescot. Luc Bondy était très aimé des acteurs, qu'il accompagnait avec finesse et chaleur. Il avait réussi à constituer autour de lui une petite "famille" de comédiens fidèles, dont Micha Lescot: J'ai avec lui "un rapport tel que quoi qu'il me propose, j'ai envie d'y aller", disait-il. 

Le metteur en scène a aussi réalisé trois films pour le cinéma : "Die Ortliebschen Frauen" (1979),  "Terre étrangère", avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) et "Ne fais pas ça" avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004). Il avait aussi fait une ou deux apparitions au cinéma en tant qu'acteur.

Luc Bondy a également signé plusieurs livres, publiés chez Grasset et Christian Bourgois. Dernière parution : "Toronto" (Zsolnay, Vienne 2012).

"La mort de Luc Bondy atteint tout le théâtre"

La mort de Luc Bondy "atteint tout le théâtre, toute l'histoire du théâtre", a déclaré à l'AFP le scénographe Richard Peduzzi qui a travaillé avec le metteur en scène suisse décédé samedi.

"Je pensais Luc immortel, je l'ai toujours connu avec des ennuis de santé", a expliqué le créateur des décors du "Tartuffe", un des derniers grands succès de Luc Bondy.

"Quand on s'est connus il y a trente ans, il était déjà malade, puis guéri, puis malade, puis guéri. Mais il en réchappait toujours", a-t-il raconté par téléphone, depuis l'Italie où il séjourne. Richard Peduzzi a également réalisé les décors de la plupart des mises en scène et films de Patrice Chéreau.

"Incarnation de l'Europe de la culture", selon François Hollande

François Hollande a salué samedi la mémoire du metteur en scène, Luc Bondy, incarnation de "l'Europe de la culture", tandis que Manuel Valls a rendu hommage au talent "immense" de cette figure de théâtre et d'opéra.

"Tout à la fois metteur en scène, écrivain et cinéaste, il a mis en scène au théâtre les plus grands auteurs, des grands classiques aux plus contemporains", rappelle l'Elysée dans un communiqué.

"Accompagné depuis ses années de jeunesse par la maladie, il ne renonçait à rien, travaillant sans cesse, souffrant, mais restant infatigablement à l'oeuvre".

Selon la présidence, Luc Bondy, directeur du théâtre de l'Odéon, a "incarné, par son histoire personnelle et par son travail exceptionnel, l'Europe de la culture".

"Le Président salue sa mémoire et adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à ses compagnons de théâtre", conclut l'Elysée.

Sur Twitter, le Premier ministre Manuel Valls a également rendu hommage au metteur en scène suisse. "Luc Bondy avec immensément de talent a mis en scène les plus grands, à l'opéra comme au théâtre. Il manquera à la culture, aux arts vivants", a déclaré le chef du gouvernement.A (re)voir sur "Des Mots de Minuit, une Suite" : Luc Bondy, metteur en scene: 1948-2015

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