"Les Trois soeurs" de Simon Stone à l’Odéon : sexe, drogue et Tchekhov !

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Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse

Mis à jour le 24/11/2017 à 10H00, publié le 22/11/2017 à 17H19
Les Trois Soeurs : Céline Sallette

Les Trois Soeurs : Céline Sallette

© Thierry Depagne

Simon Stone, 33 ans, le jeune metteur en scène australien qui monte, s’est fait connaître par ses réécritures du répertoire classique. Il présente "Les Trois sœurs" à l’Odéon-Théâtre de l’Europe dont il est l’artiste associé. Un Tchekhov à l’heure de Donald Trump, de Facebook et de Britney Spears... Voici quelques bonnes raisons d’aller voir ce spectacle osé et passionné.

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Intelligence et beauté du décor
Le décor des Trois sœurs se compose d’une élégante maison contemporaine qui tourne sur elle-même, avec ses baies vitrées qui offrent une vue plongeante sur la cuisine, le salon et son sapin rutilant de guirlandes, la chambre ou la salle de bain. Sous une fine neige qui tombera pendant tout le spectacle, éclairée de l’intérieur, elle met le spectateur en position de voyeur. Cette bâtisse tournante, conçue par la scénographe Lizzie Clachan, participe aussi à la grande fluidité du travail de Simon Stone. On passe d’un personnage à l’autre, on embrasse l’ensemble des tourments et des obsessions de chacun.
Les Trois Soeurs 1 © Thierry Depagne
Moscou, la cité rêvée des héroïnes de Tchekhov a cette fois disparu des radars, et le rêve s’est transposé à New York ou San Francisco : l’obsession américaine ! Il sera donc évidemment question de Trump, de la mort de Bowie, des décapitations de Daech, des jeux en ligne, de substances illicites et  de Britney Spears. Comme chez Tchekhov, ce quotidien, bien que banal, dit tout des frustrations et de la vacuité de notre époque : les trahisons, l’amour impossible, la perte des illusions, les destins qui tournent à vide, mais aussi les addictions aux drogues, aux jeux, d’une génération paumée. 
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Fidélité à l’essence de Tchekhov
Les personnalités des trois sœurs, leurs liens, sont parfaitement fidèles à l’original. Olga l’ainée est la colonne vertébrale de la famille, Irina pleine de fougue et de jeunesse se cherche, Macha mal mariée aime ailleurs. Le frère ainé, André est toujours entiché d’une maîtresse qui le trompera (avec Simon Stone elle ira même jusqu’à divorcer et s’emparer de la propriété familiale comme dans "La Cerisaie").

On parle un langage d’aujourd’hui, mais les tourments universels sont bien ceux décrits par Tchekhov. Et Stone parvient à nous montrer combien le dramaturge russe transcende les époques. 
BA "Les Trois Soeurs" au Théâtre de l'Odéon
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Distribution aux petits oignons
Les 11 comédiens, finement dirigés, offrent une belle cohésion de troupe qui permet des enchainements périlleux, des superpositions de dialogues. Amira Casar en Olga, Céline Sallette en Macha, Héloïse Mignon en Irina, Servane Ducorps en Natacha (la belle sœur insupportable), Eric Caravaca en André paresseux et drogué, Laurent Papot en Nicolas délaissé… Tous sonnent juste dans leur fragilité, leur mélancolie et leurs désillusions.
Les Trois Soeurs 2 © Thierry Depagne
Après avoir proposé la version des "Trois sœurs" en langue des signes du Russe Timofei Kouliabine, le théâtre de l’Odéon joue donc la version de l’Australien Simon Stone. On l’aura compris, loin d’être une relecture fidèle, c’est une réécriture passionnée et très personnelle que nous livre simon Stone. Prenant, dit-il, au mot Tchekhov qui voulait que ses pièces se déroulent au présent. Elle pourra hérisser les puristes. Elle nous a captivés. 

Les Trois Soeurs 3 © Thierry Depagne