Le comédien et metteur en scène Philippe Caubère visé par une enquête pour viol

Mis à jour le 19/04/2018 à 09H08, publié le 18/04/2018 à 11H07
Philippe Caubert (2010)

Philippe Caubert (2010)

© Frédéric DUGIT / PHOTOPQR/LE PARISIEN

Une toulousaine de 43 ans a déposé plainte pour "viol" auprès du parquet de Béziers (Hérault), à l'encontre du comédien et metteur en scène de théâtre Philippe Caubère, révèle Le Point à paraître jeudi. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris, confiée au service régional de police de Toulouse (Haute-Garonne), alors que le dramaturge se dit "horrifié" de telles accusations.

Lettres, mails et SMS

Selon le site internet du Parisien, qui a pu consulter la plainte, les faits se seraient déroulés à Paris, puis à Béziers. L'avocate du comédien "conteste avec la plus grande énergie les accusations de viol" et précise que Philippe Caubère "reconnait une relation consentie avec cette femme, comme il en a eu beaucoup d'autres".

La plaignante, qui a conservé des lettres, mails et SMS échangés avec l'homme de théâtre, avance l'avoir rencontré à Béziers en 2010, dans un cadre professionnel, en se destinant à une carrière théâtrale. Le Parisien relève qu'elle a revu le comédien à Paris qui l'a invitée dans sa résidence de Saint-Mandé, où il l'a "plaquée contre un mur", sans parvenir à avoir un rapport avec elle.

"C'est évidemment faux, je suis consterné, horrifié"

Selon la présumée victime, Philippe Caubère a entretenu une relation suivie avec elle en multipliant les "pressions psychologiques". Ils se sont retrouvés à Béziers, où elle a accepté de le rejoindre dans sa chambre d'hôtel après une représentation théâtrale et un repas arrosé avec la troupe. Il l'aurait alors violentée puis tenté de l'étrangler, traînée par les cheveux, contrainte à une fellation, avant de la violer et l'humilier.

"C'est évidemment faux, je suis consterné, horrifié", s'est insurgé Philippe Caubère sur l'antenne de RTL. "J'ai eu une relation sexuelle et amoureuse, j'ai des mails qui le prouvent et que j'ai gardés", affirme l'acteur. "C'est une personne qui faisait du théâtre en 2010, que j'ai draguée à la fin d'un spectacle, et avec qui j'ai passé la nuit dans mon hôtel", raconte-t-il. "Mais je n'ai jamais violé ni frappé personne. Je ne sais pas faire. C'est comme si on m'accusait de meurtre", a réagi le comédien.

Il a ajouté à l'AFP l'avoir "rencontrée à Toulouse (...) On a parlé, elle était très jolie. On s'est retrouvés à Béziers, je lui ai proposé de venir avec moi à l'hôtel. Elle a passé la nuit avec moi", a-t-il dit. "Je n'ai pas été convoqué, je dirai tout ce qu'ils veulent, je peux montrer des mails que j'ai gardés, certains sont d'une tonalité amoureuse", a-t-il ajouté. "C'est grave, ça témoigne de l'état d'esprit d'aujourd'hui, c'est effrayant que j'apprenne tout ça par les journaux", a estimé l'acteur. Mère quadragénaire de deux enfants, la plaignante est devenue une activiste féministe après son viol présumé, et a rejoint pendant quelques temps le mouvement Femen. 

Auteur interprète 

Philippe Caubère, Marseillais de 67 ans à la bouille ronde, est connu pour ses pièces autobiographiques, notamment "Le roman d'un acteur", oeuvre monumentale de 11 spectacles qui racontent la vie du jeune Ferdinand Faure, son alter ego. Auteur-interprète au style burlesque, il s'est fait connaître du grand public au cinéma avec les films d'Yves Robert ("La gloire de mon père", "Le château de ma mère)  et "Molière" d'Ariane Mnouchkine en 1978. C'est avec "la reine" Mnouchkine que sa carrière décolle (1970-1977) avant qu'il se lance seul sur les planches, ce qu'elle ne lui pardonnera jamais. La rupture a été "violente, sentimentale, passionnelle", confiait l'acteur à l'AFP en 2014.

Revendiquant les influences de Proust et de Céline, ainsi que celles de la commedia dell'arte, de Molière et de Fellini, il dit qu'il ne s'imaginait pas devenir "acteur-auteur de comédies inénarrables et de sa propre vie". Au Festival d'Avignon de 1981, il crée "La Danse du Diable", histoire comique et fantastique sur sa mère, son enfance marseillaise et son rêve adolescent de théâtre et d'écriture. Pendant ce solo de trois heures, il incarne son double de théâtre Ferdinand Faure, sa mère, aussi insupportable qu'attachante, de Gaulle, Malraux et Johnny. Récompensé de trois Molières, notamment pour "Ariane ou l'âge d'or" (1987), il renoue en 2017 avec son personnage fétiche avec "Adieu Ferdinand!"  qu'il a joué jusqu'en janvier 2018 à l'Athénée.

"Chacun fait ce qu'il veut de son corps"

Marié pendant 20 ans à Clémence Massart puis depuis des années à sa productrice Véronique Coquet, il a affirmé mercredi à l'AFP n'avoir "jamais caché une vie sexuelle libre avec tous les ennuis que cela veut dire".

En dehors des théâtres, l'acteur a fait parler de lui en prenant la défense, dès 2011, du droit de recourir aux prostituées. En réaction à un projet de Roselyne Bachelot, alors ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, visant à réprimer les clients, il publie dans Libération une tribune intitulée "Moi, Philippe Caubère, acteur, féministe, marié et 'client de prostituées'". Le but de cette loi est "de satisfaire les instincts du 'bon' peuple, celui des électeurs, dans l'espoir bien entendu de pouvoir un jour, peut-être, obtenir leurs voix", dénonce-t-il.

En 2013, il signe aux côtés d'autres personnalités du monde du spectacle ou des médias, une pétition baptisée "Touche pas à ma pute", contre un nouveau texte visant à sanctionner les clients. "On nage en plein populisme, au mépris des libertés individuelles. Client ou prostituée, chacun fait ce qu'il veut de son corps", avait-il plaidé, qualifiant les prostituées de "femmes remarquables".