La disparition de Patrice Chéreau : les réactions

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/10/2013 à 14H34, publié le 07/10/2013 à 22H19
Patrice Chéreau en avril 2011 à Londres

Patrice Chéreau en avril 2011 à Londres

© Rii Schroer / Rex Featu/REX/SIPA

Patrice Chéreau a signé plus d'une cinquantaine de mise en scène au théâtre, au cinéma et à l'opéra. Il s'apprêtait à voir ses textes lus sur la scène du théâtre du Rond-Point à Paris. L'annonce de sa disparition a suscité une vague d'émotions et d'hommages. "C'est un soir de deuil pour la culture et pour la France" a déclaré Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture.

Patrice Chéreau est décédé lundi des suites d'un cancer. Il avait 68 ans.

https://videos.francetv.fr/video/NI_138971@Culture

Isabelle Adjani, dans le Monde

"Mon lien pour l'éternité avec Patrice Chéreau est La Reine Margot. Nous sommes tous en train de mourir et de nous en aller un peu chaque jour... Ses actrices le savent, le sentent... Valeria Bruni Tedeschi, pour moi, sa divine muse, Dominique Blanc incandescente dans la Phèdre que j'ai désertée, et Anouk Grinberg, irrésistible dans Le Temps et la Chambre, de Botho Strauss, où je ne suis pas entrée... Pardon, Patrice, je ne me suis pas rendue à ces deux rendez-vous que tu m'avais offerts car je te croyais éternel." "Son regard, un des plus pénétrants que j'aie jamais croisés, et parfois si dur ou douloureux, m'hypnotisait, m'effrayait lorsqu'il dirigeait, alors qu'il me troublait et m'émouvait dans la vie".

Isabelle Huppert (de New York), dans le Figaro

"J'ai tourné dans son film Gabrielle. Il avait une manière de pousser l'acteur très loin, il pouvait donner le sentiment qu'on travaillait pour la première fois. de lui viennent mes premières grandes émotions de spectatrice (Richard II, La dispute, ses opéras, ses films...). Il était enfantin et d'une certaine manière généreux. il avait une intelligence, une vivacité, une conviction, une envie permanente."

Pierre Boulez, dans le Monde
"Nous avons toujours collaboré avec beaucoup de passion. Patrice Chéreau est le seul metteur en scène - avec Peter Stein - avec lequel j'ai eu envie de travailler". "Il y a eu le Ring, de Wagner, bien sûr, de 1976 à 1980, mais aussi Lulu de Berg en 1979 et pour finir, en 2007, De la maison des morts, de Janacek. Pour moi, ce qui fait la singularité de son travail est l'extrême précision avec laquelle il caractérise le moindre personnage. Cela tient souvent à un détail, mais qui prend alors une dimension humaine porteuse d'une incroyable émotion".
François Hollande

"L'un des plus grands artistes français vient de mourir... il laisse une trace considérable", déclare un communiqué publié dans la soirée par l'Elysée. "Patrice Chéreau "avait saisi le sens de tous les art du spectacle: théâtre, opéra, cinéma... Avec Pierre Boulez, il aura laissé à Bayreuth une des plus grandes tétralogies. Il a incarné la décentralisation culturelle, notamment aux Amandiers, révélé de grands auteurs et des grands comédiens. Et comme cinéaste, chacun de ses films était un chef d'oeuvre... Malade, il avait jeté ses dernières forces l'été dernier à la représentation d'Elektra, à Aix-en-Provence", ajoute le président de la République.

Jean-Marc Ayrault

Le Premier ministre a salué la mémoire de Patrice Chéreau dont "l'oeuvre immense" a été "consacrée au bonheur des auteurs, des acteurs et des publics qui l'ont côtoyé". "Du Ring du centenaire, vision révolutionnaire de l'oeuvre de Wagner, de 'La Reine Margot', récit esthétique d'une fracture historique fondatrice, à 'L'Homme Blessé', image douloureuse de la différence, il laisse une oeuvre profondément humaniste, reflet des combats pour l'homme et pour la justice qui l'ont animé", ajoute M. Ayrault.
 
Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point, sur RTL   

"C'est un homme libre mais c'est d'abord un homme de théâtre qui a probablement réinventé la mise en scène. Il avait le génie du théâtre, qu'il a ensuite transporté au cinéma".

Aurélie Filippetti

"Avec Patrice Chéreau disparaît l'un de nos plus grands artistes et une part de nous-même. Nous nous sommes construits au fil de ses films, de ses pièces, de ses opéras", a déclaré la ministre de la Culture. "C'était un homme magnifique, généreux, exigeant avec son talent et avec les valeurs qu'il incarnait", a-t-elle ajouté. "C'est un soir de deuil pour la culture et pour la France".

Danièle Thompson, sénariste et réalisatrice (Co- sénariste avec Patrice Chéreau de "La reine Margot" en 1994 et de "Ceux qui m'aiment prendront le train" en 1998) sur RTL :

"J'ai un peu de mal à en parler. Bien sûr je savais qu'il était malade...Ce sont des années de travail ensemble. 25 ans de relations...".

Jack Lang (qui l'avait nommé à la tête du théâtre de Nanterre-Amandier), sur France info : 

"Il a réussi à en faire une maison brillante. Il a animé la vie théâtrale et lyrique de façon éclatante. Jusqu'au bout des ongles, il avait la connaissance des textes. Il était un poète et un peintre de la scène. Ses mise en scène étaient esthétiques, subversives, sensuelles"

https://videos.francetv.fr/video/NI_138961@Culture

Gilles Jacob, président du festival de Cannes, sur twitter :

"Décès de Patrice chéreau, immense metteur en scène de théâtre, opéra, cinéma, directeur d'acteurs, inventeur de forme. Tristesse et respect"

Stéphane Lissner, directeur artistique de la Scala de Milan, sur France info

"C'est quelqu'un avec qui j'ai longtemps travaillé, notamment au Châtelet. On est devenu ami, on a passé beaucoup de temps ensemble...C'était un homme de théâtre, un homme de texte. Un prodigieux directeur d'acteurs et de chanteurs d'opéra, qui avait cette capacité à faire oublier aux chanteurs qu'ils chantaient, pour être de véritables acteurs... Ce week-end, j'ai reçu un message de lui, il me disait qu'il n'allait pas très bien, mais il ne culpabilisait pas trop de ne pas tavailler parceque c'était dimanche."

Olivier Py, directeur du festival d'Avignon

"Une immense tristesse. C'était un metteur en scène d'une grande culture, et d'une extrême délicatesse, traversé par une inquiétude, même après tout ce qu'il avait fait. J'ai adoré ses films que j'ai vu adolescent, il faut dire que c'est aussi un très grand cinéaste, en plus d'un grand metteur en scène de théâtre et d'opéra".
Le Centre national du théâtre
 
"Découvreur de la nouvelle écriture avec des auteurs tels que (Bernard-Marie) Koltès, il fut un grand éclaireur des labyrinthes de la pensée 
shakespearienne, et devint un maitre de la pluridisciplinarité avec une somptueuse oeuvre cinématographique, et une brillante carrière lyrique". 
  
Le TNP VIlleurbanne 
 
"L'enthousiasme et le dynamisme provoqués inscrivent ses mises en scène parmi les plus belles et les plus essentielles réalisations du TNP", souligne 
le théâtre, citant des spectacles comme  "La Dispute" de Marivaux, 1973, "Lear" de Edward Bond, 1975, ou "Peer Gynt" de Henrik Ibsen, 1981. A la demande de Roger Planchon, Patrice Chéreau avait rejoint le TNP, de 1972 à 1982, pour le codiriger, alors qu'il n'avait que 26 ans.
 
Eva Wagner-Pasquier, directrice du festival de Bayreuth
 
"Tous ceux qui le connaissaient sont infiniment tristes. Patrice était magique (...) Avec Pierre Boulez et Wolfgang Wagner, ils ont été pendant cinq 
ans ceux qui ont accompagné la tétralogie du Ring du "centenaire" à Bayreuth. Ils ont compris la signification de ce travail et l'ont soutenu avec toute l'équipe. J'ai eu la chance de pouvoir travailler à cette tétralogie avec eux (...). Ce fut un véritable enrichissement qui restera dans mon coeur. Son sourire, comme sa façon particulière de tenir sa tête et le langage de ses mains, pour arriver à son objectif, restent à jamais gravés dans ma mémoire. Beaucoup peuvent apprendre de lui. Il ne sera jamais oublié de tous ceux qui le connaissaient. Peu importe ce qu'il faisait, que ce soit des films, des pièces de théâtre, des opéras, des lectures, des écrits: c'était un magicien."
Elisabeth Tanner, co-dirigeante d'Artmédia, l'agence artistique qui le représentait :

"Il était d'une vitalité extraordinaire jusqu'au bout"

Patrick Sommier, directeur de la MC93 Bobigny, sur twitter

"Patrice Chéreau a rejoint le Panthéon céleste du théâtre. Sa mort comme celle de Mastroianni est la fin d'un monde".

Martine Aubry

La maire PS de Lille a estimé que  "Nous perdons avec lui un artiste total, grand homme de culture, de théâtre et de cinéma connu pour la finesse de ses mises en scènes et sa direction d'acteurs, à la fois généreuse et exigeante."

Anne Hidalgo

La candidate PS à la mairie de Paris, voit en Patrice Chéreau un "Travailleur acharné et éternel passionné, son rapport fécond et charnel à l'art et à l'image n'a cessé de fasciner les plus grands et d'inspirer un public qui lui est toujours resté fidèle, et j'en fais partie."

Patrice Chéreau, était connu pour son exigence et son énorme capacité de travail. Il avait une manière particulère de diriger les acteurs, mêlée d'intuition animale et d'intelligence profonde des oeuvres.

Dominique Blanc, une de ses actrices de prédilection, qui ne se sent pas capable de parler de Patrice Chéreau ce matin, résumait ainsi son ami : "Il va me demander l'impossible et je ferai tout pour atteindre l'impossible".

La mezzo-soprano allemande Waltraud Meier le comparait à "une sonate de Bethoven".