Une formidable Anémone noue des "Nœuds au mouchoir" sur scène : rencontre

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 06/11/2017 à 11H21
Pierre-Jean Cherer, Anémone et Denis Cherer, dans "Les Noeuds au mouchoir" de Denis Cherer

Pierre-Jean Cherer, Anémone et Denis Cherer, dans "Les Noeuds au mouchoir" de Denis Cherer

© DR

Devenue rare sur les planches comme à l’écran, Anémone est au Palais des Glaces à Paris, en tête de distribution des "Nœuds au mouchoir" de Denis Cherer qui joue à son côté avec Pierre-Jean Cherer. La comédienne incarne une vielle dame atteinte d’Alzheimer, mère de deux frères fâchés. Elle y fait merveille dans ce qu’elle annonce être sa dernière prestation sur scène. Interview.

"Les Noeuds au mouchoir" : la bande annonce (contrairement à l'information en fin de la BA, la pièce n'est pas en tournée mais au Palais des glaces à Paris).

Croque-madame

C’est à la fin de la représentation qu’Anémone a répondu à quelques questions, plus sous la forme d’une discussion, autour d’un croque-madame pris sur le pouce après le spectacle, auquel elle donne beaucoup d'elle-même ...

Anémone : C’est une bonne pièce, non ?

Culturebox : Le texte est plein de qualités, les répliques fusent. Mais vous avez une façon de les dire qui leur donne toute leur saveur, leur sel... 

A : C’est mon registre. J’aime beaucoup ce registre-là. Faire rire, faire pleurer.

C : L'émotion gagne progessivement la pièce et culmine avec votre monologue ? 

A : Oui, ce moment est émouvant. Les monologues des garçons le sont aussi. La fin de la pièce est bouleversant. Mais c’est aussi très, très drôle dans toutes les scènes qui précèdent.

C : Quand le morceau de Earth, Wind and Fire, "Let Groove Tonight" est lancé sur scène et que vous dansez tous les trois, on a envie de taper dans les mains, ce qui s’était produit le soir de la générale.

A : C’est vrai ? C’est marrant ce que vous me dites, je ne m’en étais pas aperçu.
A Avignon, Anémone annonce qu'elle met un terme à sa carrière.

A Avignon, Anémone annonce qu'elle met un terme à sa carrière.

© France 3 / Culturebox
C : Quel était votre dernière pièce avant "Les Nœuds au mouchoir" ?

A : C’était déjà avec Denis (Cherer). C’était un boulevard extrêmement "pouêt pouêt". J’ai joué très peu de boulevard, mais j’aime bien. Parce que c’est une autre technique, c’est très "popu". C’était Brialy qui me racontait, qu’autrefois les acteurs de boulevard tapaient du pied quand ils allaient en sortir une bonne, comme pour se réveiller. Mais c’est vrai que j’aime bien ça, il faut bombarder. Le boulevard, c’est "mon cul sur la commode", j’aime bien. Mais là, dans "Les Nœuds au mouchoir", c’est de la comédie dramatique. 

C : Vous avez déclaré que c'est la dernière fois que vous montez sur scène ?

A : Oui, oui, j’arrête là. J’ai commencé à 17 ans, ça fait quand-même 50 ans que j’en vends, alors à un moment il faut savoir s’arrêter. J’en ai ras le bol.

C : Cette pièce est donc un vrai coup de cœur si c'est votre dernière ?

A : Je trouvais cette pièce jolie, et j’aime bien Denis pour avoir déjà travaillé avec lui. Donc je lui ai dit "je t’accompagne là-dessus" et après je raccroche.

C : Cela vaut aussi pour le cinéma j’imagine ?

A : Il (Denis Cherer) a envie d’en faire un film. S’il adapte la pièce au cinéma, alors là j’irai, je reprendrai le rôle. Je ne vais pas le laisser tomber. Je crois qu’il est en train d’écrire le film. Mais après, c’est fini.
Denis Cherer, Anémone, et Pierre-Jean Cherer dans "Les Noeuds au mouchoir" de Denis Cherer

Denis Cherer, Anémone, et Pierre-Jean Cherer dans "Les Noeuds au mouchoir" de Denis Cherer

© DR

Alzhei-mère

"Les Nœuds au mouchoir", c’est une histoire de famille. Une mère qui perd la boussole retrouve ses deux grands fils qui s’évitent. L’un est un banquier pressé qui veut la placer, l’autre un dilettante qui la protège. Denis Cherer, auteur de la pièce, est au côté de son propre frère sur scène et l’a écrite en s’inspirant de ce qui est arrivé à leur mère atteinte de la maladie d’Alzheimer.

De ce sujet dramatique, Denis Cherer a tiré une pièce d’une drôlerie qui fait mouche à chaque réplique. Anémone est à des lieux de la petite mamie recroquevillée sur elle-même qu’elle aurait pu endosser. Sa présence sur scène est bourrée d’énergie et emporte le public à chaque salve, faite de quiproquos, de glissements sémantiques, d’interprétations écornée…

L’on rit beaucoup d’un texte efficace auquel les comédiens, Anémone en tête, donne toute la gamme émotionnelle. Car la tendresse, la mélancolie, la résignation, l'espoir, ne sont jamais très loin. Des sentiments qui progressivement prennent le dessus, mais sans empiéter sur le pur divertissement, sans jamais pontifier. En restant toujours léger.

C’est cet équilibre auquel parvient Denis Cherer et ses interprètes dans un décor bien conçu qui en exploite toutes les possibilités, jusqu’à un départ d’incendie, et une exploitation de l’espace scénique dynamique. L’assurance d’une soirée réussie, avec la chance de voir Anémone en grande forme. Vraiment une dernière fois ?