Avignon Off : "La machine de Turing" ou le destin fascinant et tragique du père de l’informatique

Sophie Jouve
Par @sophiejouve1
Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 10/10/2018 à 16H19, publié le 23/07/2018 à 10H29
La Machine de Turing © DR

C’est la pièce qui fait le buzz au Off d’Avignon : "La machine de Turing" de et avec Benoit Solès. L’histoire du génial mathématicien britannique qui a percé les secrets de la communication allemande pendant la guerre, un des pères de l’informatique au destin aussi fascinant que tragique, nous tient en haleine pendant 1h20. Une ovation quotidienne méritée.

La note Culturebox

4
4/5
Benoit Solès s’est immergé dans la vie de ce mathématicien de génie, longtemps passé par la trappe de l’histoire. Il débute son récit en 1952 et par une succession de flash-back nous dessine la vie de ce scientifique hors normes : sa scolarité brillante marquée par la mort de son ami Christopher Marcom, ses travaux sur l’intelligence artificielle, sa soif de comprendre la marche du monde par les mathématiques, son recrutement par les services secrets britannique afin de percer les messages codés de la machine allemande Enigma.  
La Machine de Turing 2 © DR

Benoit Solès intense

Benoit Solès, remarquable d’intensité fait passer toutes les facettes de ce personnage étonnant, plus à l’aise avec les équations que dans les relations humaines, son sens de l’humour ravageur, son goût du défi qui s’exprime aussi dans le sport (il courait le marathon en seulement 10 minutes de plus que le champion olympique). Il faut citer aussi face lui, Amaury de Crayencour, qui incarne tous les autres personnages.

La Machine de Turing 3 © DR

La mise en scène au cordeau de Tristan Petitgirard

Sur scène un écran géant enjambe le temps, se couvre d’archives ou d’équations. La mise en scène de Tristan Petitgirard est au cordeau, fluide, rythmée, efficace. L’auteur Benoit Solès a très habilement construit sa pièce en mélangeant par petites scènes, l’énigme mathématique que Turing s’efforce de résoudre et sa vie privé restée longtemps secrète. 
 
Un spectacle en forme de réhabilitation d’un homme qui n’a jamais connu la gloire, sa mission ayant été classée secret défense. Pire, Turing a été condamné en 1952 à la castration chimique parce qu’il était homosexuel. Il sera retrouvé mort deux ans plus tard, s’étant sans doute empoisonné au cyanure. Il avait 41 ans.
 
La Machine de Turing 4 © DR

Réhabilité à titre posthume

Cet homme, tombé pour ses mœurs, malgré le génie dont il avait fait preuve, dans une Angleterre où l’homosexualité était encore un crime, se verra réhabilité à titre posthume par la reine Elisabeth II, mais seulement en 2013, date bien tardive. Un tel destin valait bien un film ("Imitation Game" avec Benedict Cumberbatch) et aujourd’hui une pièce de théâtre.
 
"Je voulais célébrer le visionnaire et l’inadapté, le héros et le martyre, bref l’homme extraordinaire, courageux et passionnant que fut Alan Turing", explique Benoit Solès dans le programme. Mission accomplie. Comme le prouve les applaudissements du public, qui n’avait pas bougé une oreille pendant une 1h20.