"Les intellectuels du XXIe siècle"/France 5: une série documentaire pour "faire entendre la parole" de penseurs vivants

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/09/2018 à 10H50, publié le 25/09/2018 à 10H38
Virginie Despentes, Madrid, 2016

Virginie Despentes, Madrid, 2016

© JUAN CARLOS HIDALGO/SIPA

"Les Intellectuels du XXIe siècle" est une collection de 25 entretiens documentaires numériques, imaginée et réalisée par le journaliste Sylvain Bourmeau pour France 5 : "J'avais à coeur de faire ce que j'appelle, de 'l'anti-télévision'", explique-t-il à l'AFP.

Le choix du mot "'intellectuel', comme un gros mot que la télé ne voulait plus entendre, est important, il est revendiqué là", déclare le journaliste, producteur de l'émission hebdomadaire "La suite dans les Idées" sur France Culture.

Sa collection documentaire est née du constat que la télévision ne "donnait plus à entendre la parole d'intellectuels vivants comme c'était le cas jusqu'au milieu des années 80". Cet ex-directeur adjoint de Libération a compris que l'on courait le risque de manquer d'archives télévisuelles pour les suivants, intellectuels vivants, "auteurs d'oeuvres considérables et de renommée internationale".

"L'anti-télévision"

Faire de l'anti-télévision c'est "faire long et respecter le processus d'élaboration de la pensée de la personne interrogée", relève-t-il, comme il en a "fait pendant trois ans à Mediapart". L'idée est donc venue de "construire une collection d'entretiens au long cours, avec une dimension biographique, qui constitueraient des archives contemporaines", poursuit-il.
La société de production Les Films d'Ici et France 5 ont accepté son pari et entre 2016 et 2018, il a réalisé des entretiens avec 25 intellectuels dont Virginie Despentes, Luc Boltanski, Pascal Quignard, Jean-Philippe Toussaint, Patrick Chamoiseau... Le plus jeune est Mathias Enard, prix Goncourt 2015, âgé d'une quarantaine d'années, le plus ancien a plus de 80 ans, et 40% sont des femmes.

Il a passé "quatre ou cinq heures avec chaque intervenant" afin de réaliser quatre documentaires thématiques explorant chacun les notions de "liberté", "identité", "mondialisation", "inégalités" diffusés à la télé et 25 films d'entretiens en solo destinés au site de France 5.

Les grandes figures intellectuelles africaines

Il a voulu que "la dimension littéraire, très française, dans la case intellectuelle" soit représentée à égalité avec les chercheurs, philosophes, historiens, anthropologues, sociologues...

Ainsi, on trouvera notamment sur le site de France 5, un entretien de deux heures et demi avec Maurice Godelier, "cet immense anthropologue de 83 ans n'avait jamais eu l'occasion de raconter ce qu'il confie à notre caméra". Sylvain Bourmeau a également veillé à élargir son panel aux francophones et notamment africains.

"Les médias français n'ont pas fait émerger de grandes figures intellectuelles africaines, comme Achille Mbembe, philosophe d'origine camerounaise qui est presque plus connu aux Etats-Unis et en Allemagne que chez nous", estime-t-il et d'ajouter : "On voit beaucoup plus de Noirs à la télévision en Grande-Bretagne qu'en France".

"Les résistances sont psychologiques, on redoute l'étiquette 'élitiste'"

Toute la collection est en accès libre sur le site de France 5, "mais seulement en France", précise-t-il, regrettant que "ces ressources ne soient pas accessibles aussi à l'étranger". Le troisième volet de la collection en préparation est une sorte d'"encyclopédie". "J'ai demandé à chacun des 25 intellectuels de choisir trois mots comme autant de portes d'entrée dans leur oeuvre", explique-t-il.

"J'ai 75 modules d'environ 7 ou 8 minutes par mot": une fois les mots classés par ordre alphabétique, il s'agira d'en tirer "un webdoc encyclopédique". Car l'idée est aussi de continuer à enrichir ce travail et "d'établir un panorama plus vaste pour qu'il soit plus représentatif des intellectuels du XXIe siècle", dit-il.

La difficulté reste de financer la suite des opérations. Même si la production de ce genre de télévision est "peu coûteuse par rapport à des magazines télévisés récurrents", insiste-t-il, "les résistances sont psychologiques, on redoute l'étiquette +élitiste+".