Un joyau théâtral du XIXe siècle rouvre à Châtellerault

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/12/2013 à 17H39, publié le 12/12/2013 à 15H51
Le Théâtre Blossac de Châtellerault

Le Théâtre Blossac de Châtellerault

© GUILLAUME SOUVANT/AFP

Un joyau de la scène française rouvre cette semaine après une restauration de deux ans: le Théâtre Blossac de Châtellerault, écrin néoclassique à l'italienne de 169 ans, qui sera l'un des deux seuls en France à utiliser une machinerie scénique d'époque, en bois, réhabilitée.

Les meilleures troupes s'y produisaient à la fin de la Belle Epoque, la grande Sarah Bernhardt, née en même temps que la salle (1844), y interpréta "La Dame aux Camélias" en 1910. Le théâtre disposait alors de 600 places, amais a été fermé pour raisons de sécurité en 1974.

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Une poignée de passionnés, les Amis de l'ancien théâtre, s'est mobilisée depuis 10 ans pour d'abord défendre l'idée d'une restauration, puis lever des financements - mécénat, souscription populaire -, coup de pouce à un budget de 5,8 millions d'euros supporté surtout par l'Etat, l'agglomération, la ville et le département.
Résultat: un chantier de plus de deux ans avec l'obligation de tout refaire du sol au plafond, mobiliser des dizaines d'ouvriers et du savoir-faire: pas moins de 24 métiers travaillèrent en même temps au plus fort du chantier. Car la machinerie scénique d'époque, en bois, a été sauvée et continuera d'être utilisée lors des représentations: une rareté en France, même si une poignée de théâtres ont conservé leurs machines originelles (comme Douai, Morlaix, Sète).
La machinerie de bois du théâtre Blossac de Châtellerault

La machinerie de bois du théâtre Blossac de Châtellerault

© GUILLAUME SOUVANT/AFP
 "La machinerie en bois sous la scène date du XIXe siècle. Elle va reprendre du service. A ma connaissance, il n'y a qu'un équivalent en France sur ce type de rénovation : l'Opéra royal du château de Versailles" (restauré en 2009), explique Arnaud de Saint-Jouan, architecte en chef des monuments historiques, chargé de la restauration du Théâtre Blossac.
Il a fallu restaurer chaque pièce une par une, jusqu'aux trappes et aux cintres. Idem pour la salle, les balcons, la façade: des artisans se sont relayés pour redonner leur lustre aux bronzes, aux niches, aux décors en stuc, aux angelots peints à la feuille d'or.

Un couvent transformé en théâtre
"C'est d'un grand intérêt architectural mais aussi pour l'histoire du théâtre en général", confie Arnaud de Saint-Jouan.
Ce n'était pas la première renaissance pour l'édifice, aujourd'hui classé monument historique, qui fut à l'origine (XVe siècle) un couvent. Racheté par la ville après la Révolution, il servit d'amphithéâtre pour les cérémonies républicaines, le négoce. Puis devint Bourse du travail en 1839, avant la construction d'un petit théâtre à l'italienne, agrandi en 1899, quand la ville était prospère grâce à sa manufacture d'armes.
Le plafond du théâtre Blossac de Châtellerault

Le plafond du théâtre Blossac de Châtellerault

© GUILLAUME SOUVANT/AFP
Enième ravalement, mais pas le plus simple: "Il a fallu en permanence concilier l'ancien et le nouveau. Garder les structures existantes en les incorporant aux nouvelles exigences techniques", relate l'architecte en chef Stéphane Millet, qui a notamment travaillé sur la restauration du Casino de Paris et du Théâtre Mogador. "Un exemple tout bête: aujourd'hui, la salle dispose d'un des tout derniers systèmes de traitement de l'air par le sol, installé sous les sièges des spectateurs", ajoute-t-il.
Seules concessions aux contraintes modernes: des sièges plus spacieux que jadis, la sécurité incendie, l'accès aux personnes à mobilité réduite, le tout ayant entraîné une réduction du nombre de places à 340.
Pour marquer la réouverture du théâtre, Châtellerault a prévu dix jours de festivités jusqu'au 15 décembre, des rencontres avec les architectes, les restaurateurs, puis des visites suivies de concerts, de pièces de théâtre, d'un opéra.
Point d'orgue en a été le concert du violoniste Jean Mouillère, ancien professeur au Conservatoire de Paris: il était le soliste du dernier concert joué avant la fermeture du théâtre, en novembre 1974.