Tunisie : une émission satirique supprimée sous pression du pouvoir

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/08/2012 à 10H30
Un journaliste tunisien dénonce les agressions visant les médias, lors d'une manifestation à Tunis (25/4/2012)

Un journaliste tunisien dénonce les agressions visant les médias, lors d'une manifestation à Tunis (25/4/2012)

© Fethi Belaid / AFP

La chaîne tunisienne Ettounsiya TV a cessé la diffusion d'une émission satirique politique, équivalente des Guignols de l'info, après des pressions du pouvoir, a déploré jeudi soir le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Mongi Khadraoui.

"J'ai appris auprès de sources au sein de la chaîne que la programmation des guignols a été arrêtée à la suite de pressions indirectes des autorités", a-t-il confié à l'AFP. "Les autorités n'ont pas apprécié la forme et le contenu du programme", a-t-il estimé, dénonçant un "coup dur pour la liberté d'expression".

Les responsables de l'émission, contactés par l'AFP, étaient injoignables jeudi soir pour expliquer l'arrêt de cette émission qui se moquait plus particulièrement des dirigeants du pays et du parti islamiste Ennahda, qui domine le gouvernement. Toutefois, un journaliste de la chaîne, Sofiène Ben Farhat, interrogé par l'AFP, a confirmé "l'arrêt soudain" de la diffusion la semaine dernière, moins d'un mois après le lancement des guignols, sans pouvoir en expliquer la cause.

Depuis la révolution de 2011, Cactus production, producteur de l'émission, est sous le contrôle de l'Etat, qui a repris les parts détenues par les Trabelsi, la famille de l'épouse du président déchu Ben Ali.

Un ministre a dénoncé les émissions qui "dépassent les bornes"
Les accusations du SNJT coïncident avec des déclarations du ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, qui estimait jeudi sur les ondes de la radio Shems FM que certaines émissions "dépassaient" certaines limites : "Il faut respecter les symboles nationaux, le président de la République, le président du Parlement, le chef du gouvernement (...) il faut que la critique soit dans le cadre du respect (...) Certaines émissions ont dépassé les bornes du respect", a ajouté le ministre, issu du parti Ennahda.

La satire et les arts entre deux feux
Le SNJT et plusieurs médias accusent le pouvoir de chercher à contrôler les médias publics. Plusieurs nominations de nouveaux directeurs de journaux, radios et télévision ont fait scandale ces dernières semaines. Ces derniers temps, parallèlement aux pressions du pouvoir officiel, la liberté d'expression en Tunisie est également menacée par les actions des islamistes salafistes contre le monde du spectacle et des arts.