Journée contre l'homophobie : les humoristes Jérémy James, Jefferey Jordan et Alex Ramires s'engagent

Par Daniel Ielli @Culturebox

Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse

Publié le 17/05/2018 à 15H11
Alex Ramires, Jeremy James et Jefferey Jordan

Alex Ramires, Jeremy James et Jefferey Jordan

© Ingrid Mareski

Ils sont humoristes, comédiens, chroniqueurs, youtubeurs et gay. Une même génération d’artistes mais une visibilité différemment exprimée. A l’occasion du 17 mai, journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, Jérémy James, Jefferey Jordan et Alex Ramires répondent sans détours à nos questions.

Culturebox : le 17 mai est la journée mondiale consacrée à lutter contre l’homophobie et la transphobie. Quelle réflexion voulez-vous partager à cette occasion ?
 
Alex Ramires : Les phobies résultent d'une ignorance, à nous d'éduquer le monde. C'est pompeux mais j'aime bien. 
 
Jérémy James : Les blâmeurs n’ont pas de cœur. Qu’ils arrêtent de blâmer ceux qui ont le don d’aimer! 
 
Jefferey Jordan : Lorsqu’on croit en son rêve, on finit par le réaliser. Alors lorsqu’on se sent libre, on est libre ! C’est mieux pour affronter les épreuves.
 
Culturebox : vous avez tous les trois fait votre « coming out ». Une « annonce » délibérée ?
 
Jérémy James : Mon coming out a été « tardif », à 26 ans, car il m’a fallu toutes ces années pour accepter la personne que je suis avant de la faire accepter à mon entourage. J’ai eu quelques longues magnifiques relations amoureuses, sincères, avec des personnes du sexe opposé mais il m’a tout de même fallu 26 ans pour comprendre et accepter que mon cœur était plus épanoui avec un homme. La fameuse « annonce » tant redoutée s’est extrêmement bien passée tant du côté familial que du côté amical. La plus belle phrase que j’ai pu entendre restera celle de mon frère : « Je serai le frère le plus heureux du monde le jour où tu me présenteras mon beau-frère ». 
 
Alex Ramires : Comme je le raconte dans mon spectacle (Sensiblement viril), j'étais assez stressé je m'attendais à ce qu'on sorte des fourches et puis non en fait pas du tout. Comme dirait ma grand-mère « les homos c'est comme les canapés, y'en a un dans chaque famille ». Tout s'est fait petit à petit, on va dire qu'a la place d'une grande sortie du placard j'ai ouvert la commode tiroir par tiroir et si c'était à refaire je ferais de la même façon. Ça évite la grosse annonce qui doit être je pense assez forte à vivre. 
 
Jefferey Jordan : Je l’ai fait très jeune, à 14 ans. Nous étions à table avec mes parents et mes frères et sœurs lorsque je reçois le SMS d’un garçon que je fréquentais depuis peu, au collège. Je le lis à haute voix : « Tu es très mignon, j’aimerai te revoir ». Mon père me demande « Comment elle s’appelle ? ». Ce à quoi j’ai répondu « Comment « il » s’appelle ? ». Personne n’a mal réagit, au contraire ils m’ont posé pleins de questions et ça nous a même rapprochés !
 
Culturebox : vos spectacles parlent de vous, y parlez-vous chacun de votre homosexualité ?
 
Jérémy James : La « Thématique gay » n’est pas abordée dans le spectacle car ce n’est pas le sujet de mon seul-en-scène (Jérémy James aurait voulu). Le thème principal tourne autour de mon rêve d’enfant qui était d’être danseur professionnel. Je ne me sens pas, sur scène du moins, de revendiquer mon homosexualité, non pas par crainte ou honte, bien au contraire. Mon homosexualité me parait tellement normale, qu’elle reste mon jardin secret, au même titre que si j’étais hétérosexuel. J’en parle de manière très « subliminale » et anecdotique à 2 ou 3 moments dans le spectacle. 
 
Jefferey Jordan : Au départ je ne voulais pas en parler, pensant que ça n’intéressait pas le public. Ma metteuse en scène m’a suggérée de donner aux spectateurs une carte d’identité afin qu’ils me connaissent. Et l’identité sexuelle a été une évidence. Je pense que si on parle de soi avec honnêteté sur scène le public est prêt à entendre beaucoup de choses. Mon spectacle (Accord Parfait) raconte mon histoire d’amour avec Jean-Jacques, mon violon. Une métaphore drôle et poétique qui a conquis tous les publics !
 
Alex Ramires : On va dire que la thématique s'est imposée d'elle-même. J'avais décidé de faire un spectacle sincère, il s'avère que ce sujet fait partie de ma vie donc il a trouvé sa place. C'est la démarche inverse - le cacher - qui n'aurait pas eu de sens à mes yeux. Et puis en l'évoquant il y a un point de vue qui s'affirme, une parole aussi qui se libère. C'est donc totalement assumé sans être ni porté en bannière ni mis en sourdine. 
 
Culturebox : avez-vous eu peur ou avez-vous encore peur parfois de certaines réactions du public à partir du moment où il connaît votre homosexualité ? 
 
Alex Ramires : Alors pas du tout ! Je ne me suis -pour l'instant- heurté à aucune animosité prenant pour cible mon orientation sexuelle ou alors j'ai déjà dû les oublier. 
 
Jefferey Jordan : Non au contraire je suis fier d’aborder le sujet. Le tout est d’approcher le thème et de diffuser le message intelligemment !
 
Jérémy James : Etre sur scène, c’est accepter de se dévoiler au plus grand nombre. Si ma sexualité ne plait pas à certain, tant pis pour eux ! Mon public est très respectueux vis-à-vis de cette vie privée. 
 
Culturebox : les blagues sur les « pd » font parties de l’univers du rire. Quelle est votre position par rapport à ce type d’humour ?
 
Jérémy James : On en revient à la fameuse question « Peut-on rire de tout ? » Personnellement, je ne suis pas un grand fan des blagues graveleuses sur les « pd » car, selon moi, ça banalise les clichés sur l’homosexualité au lieu de la normaliser. Un jour, une personne s’est présentée à moi naturellement par son prénom, son nom et a tout de suite ajouté « ah, et je suis homo ! ». Sauf que c’était « une blague ». UNE BLAGUE ? Croyez-moi, je n’ai pas pu retenir ma colère et ma tristesse face à cette personne. Comment peut-on être amené à « blaguer » sur un sujet pareil quand on sait que des jeunes se font jeter de chez leurs parents quand ils annoncent leur homosexualité, ou que certains se font tabasser voire tuer dans certains pays simplement car ils aiment d’autres hommes !
 
Alex Ramires : Je dirais "less is more", plus c'est subtil plus ça va me plaire, avec l'intime conviction que c'est toujours plus drôle quand on se moque de soi-même. Quant à la vanne du type hétéro qui serre les fesses parce qu'il est dans le Marais, je ne suis même pas sûr qu'on puisse appeler ça de l'humour.
 
Jefferey Jordan :  J'apprécie les blagues sur les « pédés » de la même manière que j’apprécierai des blagues racistes ou antisémites. Ceux qui les trouvent offensantes ou mal convenues n’ont pas une vision assez claire de la portée de l’humour et de son efficacité sur notre société. Comme je dis souvent : « Le rire c’est le repos de la peur ».
 
Culturebox : le fait d’être gay fait-il de vous un humoriste « différent » ? Ne craignez-vous pas d’être toujours ramené à cette identification et que cela vous limite dans votre humour ?

Jefferey Jordan :  J'espère vraiment être un humoriste différent et attirer un nouveau genre de public. Mais je ne me censure pas. Au contraire, je pense que plus on est libre et plus le public assume d’aimer tel ou tel artiste. J’écris mes textes de telle sorte qu’on ne me catalogue pas comme un « humoriste gay » mais plutôt comme un « gay humoriste » !

Alex Ramires : J'ai déjà  l'impression qu'être humoriste, c'est être différent !  Pour le reste on va dire que je reste assez vigilant pour qu'on ne me résume pas à ma seule sexualité, ce serait réducteur et on ne le ferait pas avec un humoriste hétéro. Concernant mon humour, je raconte ce que j'ai envie de raconter, à moi également de montrer que tous les sujets sont abordables qu'on soit gay ou pas.
 
Jérémy James : Je retourne la question : « Le fait d’être gay fait-il de moi une personne différente ? » La réponse est non ! Je ne me suis jamais senti anormal, en marge de quoi que ce soit ou de qui que ce soit. Encore une fois, je vis tellement sereinement mon homosexualité que je ne me sens pas différent. Sur scène, je ne m’interdis qu’une seule chose : ne pas être moi ! Comme le dit Oscar Wilde : « Reste toi-même car les autres sont déjà pris. » Identifier un artiste juste sur sa sexualité m’attriste beaucoup.
  
Culturebox : Aujourd’hui les humoristes ont pris une place très importante. Vous pouvez être amené à commenter l’actualité, à intervenir sur les réseaux sociaux avec un impact considérable. Être gay vous engage-t-il alors de manière particulière ? 
 
Jérémy James : Cest certain et j’en suis ravi ! Mais ce n’est pas avec 1800 fans sur Facebook que je vais révolutionner la pensée des plus cons, à mon grand regret… 
 
Alex Ramires : J'utilise les réseaux sociaux comme un moyen de création, d'expression mais peu comme un lieu de réaction. Je ne me reconnais pas dans le commentaire et je trouve que pour parler d'un sujet « sérieux », il faut le maîtriser, homo ou hétérosexuel. Et ce n'est pas parce que je suis gay que j'ai une connaissance infaillible sur cette thématique. 
 
Jefferey Jordan :  Je crois que notre exercice en tant qu’humoriste aux couleurs du drapeau arc-en-ciel ne nous force pas à devoir porter l’étendard du militantisme communautaire. Chacun doit être libre de proposer la couleur qu'il souhaite. En tout cas je ne me sens pas poussé par un quelconque engagement. Mais c’est une position qui pourra évoluer.


Jérémy James dans « Jeremy James Aurait Voulu »
Comédie Des Boulevards
http://www.comediedesboulevards.com/
39, rue du Sentier 75002 Paris
Tel : 01.42.36.85.24
Tous les mardis 20h00 à la jusqu’au 19 juin. 
https://fr-fr.facebook.com/jeremyjamesoff/
Jeremy James (@jeremyjamesOFF)  

Jefferey Jordan dans « Accord parfait »
Espace Gerson
http://www.espacegerson.com/
1 place Gerson
69005 LYON
Du mercredi au samedi 20h30, du 16 août au 1er septembre
Tel : 04.78.27.96.99
Également en tournée.
https://jeffereyjordan.jimdo.com/
https://www.facebook.com/contact.jeffereyjordan?ref=br_rs

Jefferey Jordan (@JeffereyJordan1)

 Alex Ramires dans « Sensiblement viril »
Comédie Des Boulevards
http://www.comediedesboulevards.com/
39, rue du Sentier 75002 Paris

Tel : 01.42.36.85.24
Du jeudi au samedi 20h10 jusqu’à fin juin.
A partir de septembre à La Comédie de Paris.
http://www.alexramires.com/
https://fr-fr.facebook.com/pagealexramires/
Alex Ramires (@AlexRamiress)