Le Panto, un conte de fées à la sauce britannique

Par @Culturebox
Mis à jour le 31/12/2017 à 16H19, publié le 31/12/2017 à 16H15
Pantomine de Cendrillon à l'Hackney Empire theatre à Londres, 2017

Pantomine de Cendrillon à l'Hackney Empire theatre à Londres, 2017

© Robert WORKMAN / HACKNEY EMPIRE / AFP

Un conte revisité, des références à l'actualité et un public qui intervient, c'est la recette du pantomime britannique, qui revient chaque fin d'année depuis l'époque victorienne. La période des fêtes est le moment privilégié pour aller assister à un "Panto", ces spectacles qui attirent aussi bien les adultes que les enfants et qui trouvent leur origine dans la commedia dell'arte italienne.

Contrairement à une pièce de théâtre ordinaire, le public y joue un rôle et donne de la voix au cours de la représentation.

"Beaucoup d'Américains qui viennent nous voir n'en croient pas leurs yeux", dit Susie McKenna, qui joue la vilaine belle-mère dans Cendrillon, en cours de représentation au théâtre Hackney Empire à Londres. "Mais ils s'y habituent rapidement, et à la fin, ils participent et se font entendre comme le reste du public", affirme-t-elle. La comédienne est également la metteuse en scène du spectacle. Depuis 20 ans, elle se charge de pimenter le spectacle de Noël avec des références à l'actualité. "Cette année, comme le Brexit a pris beaucoup de place, nous avons un personnage italien qui est expulsé", dit-elle. Les paradis fiscaux, les "fake news" et même Donald Trump, qui fait une apparition au bal royal, ont aussi été convoqués dans sa version du conte. "Beaucoup de spectateurs m'ont dit que c'était une libération de pouvoir le huer", souligne-t-elle, en évoquant le plaisir du public de voir le personnage du président américain obligé de quitter la scène.

Dans le spectacle "Caravantomime", le prince croque la pomme

Les théâtres qui affichent des pantomimes n'hésitent pas à proposer de nouvelles approches. Dans le spectacle "Caravantomime", adaptation de "La Belle au Bois dormant" présentée dans une caravane, la princesse s'allie avec Cendrillon pour conjurer leurs destins, et c'est le prince qui croque le fruit empoisonné.

"Avec un peu d'humour, on questionne les ressorts de certains contes de fées traditionnels avec des références actuelles", explique Robin Steegman, créatrice de ce spectacle de 20 minutes. Dans sa mise en scène, elle donne à ses héroïnes les facultés dont elles sont dépourvues dans les histoires traditionnelles, et mentionne par exemple le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, accusé d'agressions sexuelles et de harcèlement. "Je pense que c'est une bonne chose d'évoquer le harcèlement sexuel, et particulièrement dans le contexte actuel, de montrer qu'il survient dans tout type de situation", dit-elle. Mais si elle a réécrit la fin du conte, la pièce de Robin Steegman respecte la forme du pantomime, avec ses références culturelles, la participation du public, et les deux rôles principaux, masculin et féminin, joués par des représentants du sexe opposé. Tout comme le personnage du cheval, joué par deux comédiens dissimulés sous un costume poilu, le rôle de la Dame, principal personnage féminin, joué par un homme, est institutionnalisé dans le pantomime.

Pour Darren Hart, l'un des comédiens de Cendrillon, ce type de règles peut permettre aux enfants de "rompre les barrières qu'ils pourraient rencontrer plus tard dans leur vie". "Je pense que le Panto peut aider à accompagner certaines évolutions que nous observons aujourd'hui dans la société", juge-t-il.