Rencontre avec Marianne Orlowski, doublure dans la comédie musicale "Chicago"

Mis à jour le 25/11/2018 à 13H42, publié le 25/11/2018 à 12H30
Marianne Orlowski, doublure de Sofia Essaidi,  lors des répétitions de "Chicago".

Marianne Orlowski, doublure de Sofia Essaidi,  lors des répétitions de "Chicago".

© France 2 Culturebox (capture d'écran)

Elle s’appelle Marianne Orlowski. Son nom n’est pas connu du grand public. Et pourtant, cette danseuse et chanteuse a vécu son heure de gloire en remplaçant la comédienne principale dans le spectacle musical "Chicago" au théâtre Mogador à Paris. Un rôle de doublure exigeant, parfois gratifiant mais qui peut s'avérer frustrant quand l'artiste n'arrive jamais à rentrer dans la lumière.

Une banale tendinite. C’est ce qui a permis à Marianne Orlowski de passer du statut de danseuse de la troupe à celui de comédienne principale dans le spectacle musical "Chicago" qui se joue au Théâtre Mogador à Paris jusqu’au 30 juin prochain. Elle n’a eu que quelques jours pour reprendre le rôle de Velma Kelly, habituellement tenu par Sofia Essaidi, soit 2h20 de spectacle à assimiler en accéléré.
Sofia Essaidi dans "Chicago"...avant sa tendinite.

Sofia Essaidi dans "Chicago"...avant sa tendinite.

© Stage Entertainment
Pour la metteure en scène Véronique Bandelier, c’est une prouesse : "Peu d’artistes peuvent en si peu de temps endosser un rôle aussi important. C’est vraiment un sport de haut niveau." "C’est toujours dur de passer derrière quelqu’un" reconnaît Sofia Essaïdi "alors j’essaie de lui donner des clés, des conseils."

Reportage : S. Bernuchon / G. Beaufils / F. Daireaux / P. Briclot / L. Crouzillac / H. Possetto

Ca peut booster une carrière ?

Le défi est d’autant plus grand sur une comédie musicale où il faut maîtriser à la fois le chant, la danse et la comédie, contrairement aux doublures de cinéma qui "prêtent" leurs jambes, leurs mollets, leurs fesses ou leur voix... Pour Marianne Orlowski, le baptême du feu a été réussi. Cela va-t-il influer sur la suite de sa carrière et lui permettre d’accéder directement à des premiers rôles ? Difficile à dire. Et c’est bien là la difficulté d’être doublure dans un spectacle. On est à la fois indispensable et secondaire, condamné à attendre un revers de médaille qui, même s’il se produit, ne garantit pas la célébrité.

Le ténor Antonello Palombi en a fait l’amère expérience. Le 10 décembre 2006, à la Scala de Milan, il fut poussé sur scène en jean et le cheveu en bataille pour remplacer au pied levé Roberto Alagna, sorti sous les sifflets du public alors qu’il chantait l’air d’ouverture d’"Aïda" de Verdi. Longuement applaudi en fin de représentation, Palombi n’est pas pour autant devenu une tête d’affiche.

"On arrive comme un sauveur !"

Mais pour Sébastien Gueze, ce rôle de doublure peut s’avérer "très gratifiant car on arrive comme un  sauveur !". En 2015, le ténor français (36 ans à l'époque) a effectivement sauvé la première des "Contes d'Hoffmann" programmée à l’Opéra de Bonn en Allemagne. Appelé la veille à 23h, il a appris son texte dans un taxi puis a improvisé la mise en scène. Le spectacle a été un immense succès conférant une aura particulière au chanteur : "Le jeune artiste n'est pas seulement le sauveur de la soirée mais aussi la découverte de la soirée, il est venu, a vu et a vaincu. Le public l'a célébré avec enthousiasme, il a captivé les coeurs de l'auditoire telle une tempête." pouvait-on lire dans la presse allemande. 

On imagine bien l'adrénaline que peut procurer ce genre de prestation et la reconnaisance qu'elle engendre. Même si les doublures replongent dans l'ombre et l'anonymat, elles/ils sauront toujours que grâce à eux des milliers (voire des millions d'euros) ont été sauvés. C'est aussi eux qui donnent tout son sens à la devise "The show must go on !".