Décès à 107 ans de Rosa Bouglione, l'aïeule de la célèbre famille du cirque

Mis à jour le 27/08/2018 à 15H10, publié le 27/08/2018 à 13H53
Rosa Bouglione dans son appartement parisien le 8 septembre 2014. Elle avait alors 103 ans.

Rosa Bouglione dans son appartement parisien le 8 septembre 2014. Elle avait alors 103 ans.

© Jacques Brinon / AP / SIPA

Rosa Bouglione, matriarche de la célèbre famille du cirque qui continue à perpétuer la tradition au Cirque d'Hiver, à Paris, est morte dimanche, a annoncé lundi la famille.

"Jusqu'à ce 26 août, elle est restée la reine incontestée du cirque. Pendant presque un siècle, Mme Rosa a reçu les plus grandes stars et accueilli, dans ce temple du cirque, les plus grands artistes internationaux", indique le communiqué de la famille.
 
"Madame Rosa", née dans une roulotte le 21 décembre 1910 à Ixelles, en Belgique, sous le nom de Rosalie Van Been, est décédée dimanche à Paris, à son domicile situé à proximité du Cirque d'Hiver.
 
Avec son mari, Joseph Bouglione, elle avait fait l'acquisition du célèbre cirque de la capitale en 1934.

Une descendance de quatre générations

"Cinq générations, rassemblant quelque 55 petits, arrière et arrière-arrière-petits-enfants vont dire adieu à leur emblématique aïeule qui leur a légué l'amour du cirque", souligne la famille.
 
Le public pourra se recueillir devant son cercueil et lui rendre un dernier hommage au Cirque d'Hiver ce mercredi de 10h à 13h, indique-t-on de même source. Une messe sera célébrée le même jour à 14h30 à Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne) en l'église Saint-Médard.
 
"Comme tous les membres de la dynastie", Rosa Bouglione sera ensuite inhumée au cimetière de Lizy-sur-Ourcq. Cette tradition est entrée dans la légende depuis le décès de son ancêtre par alliance Marie-Louis Baglioni (le nom a été francisé plus tard pour devenir Bouglione). La doyenne du cirque avait émis le souhait d'être enterrée là où sa troupe avait coutume de s'arrêter tous les ans, explique sa famille.

Mariée dans la cage aux fauves

Dès l'âge de 14 ans, elle avait fait du cirque son métier, avec un numéro de danse serpentine... dans la cage aux lions. Sous l'œil attentif de son dompteur de père. En 1928, elle a un coup de foudre pour Joseph Bouglione, descendant de gitans italiens montreurs d'ours et l'épouse, dans la cage aux fauves. Un souvenir parmi des centaines d'autres qu'elle évoquait avec nostalgie dans un livre publié en 2011.

Pour leur voyage de noces, Rosa et Joseph Bouglione, qui auront sept enfants, suivent la troupe du Wild West Show que Buffalo Bill avait monté en 1904.

La piste aux étoiles

Très vite, Joseph et ses frères misent sur les gros animaux et leur sens consommé de la mise en scène.

En 1934, ils achètent le Cirque d'Hiver, cette célèbre salle que le prince Louis-Napoléon - futur Napoléon III - avait inaugurée en 1852.

Rosa et Joseph organisent des spectacles narratifs dans ce lieu mythique où tous les grands artistes du cirque se produiront.

Après la guerre, ils sauront se servir de la toute jeune télévision pour faire parler de leurs spectacles, au travers de l'émission "La piste aux étoiles" de Gilles Margaritis, présentée par Roger Lanzac durant des années avec succès.
"La Piste aux étoiles" présentée par Roger Lanzac
Toutes les célébrités de l'époque viendront les applaudir au Cirque d'Hiver, de Marlene Dietrich à la Callas et Joséphine Baker en passant par Vincent Auriol et Georges Pompidou. C'est dans cette même salle, en 1955, que Carol Reed viendra tourner "Trapèze" avec Gina Lollobrigida, Burt Lancaster et Tony Curtis.

Appartement-roulotte

Après cet âge d'or, dans les années 80-90, le Cirque d'Hiver abritera surtout des comédies musicales et même des meetings politiques.

Rosa et Joseph ont vécu en tournée sur les routes de France jusqu'en 1981, avant de se sédentariser en s'installant dans un appartement aux allures de roulotte, tout proche du Cirque.

Cette disparition intervient alors que les cirques traditionnels traversent une mauvaise passe, en raison d'une baisse de leur fréquentation et de critiques de plus en plus appuyées sur l'usage des animaux. A l'image du cirque Pinder, récemment placé en liquidation.

La famille Bouglione, par la voix de Joseph-Eugène, 86 ans, avait défendu en janvier la présence d'animaux sur la piste: "Le cirque sans animaux est un repas sans vin", avait-il lancé, affirmant à l'occasion d'une manifestation à Paris que ses animaux, nés dans des zoos, étaient "en bonne santé".

Après la disparition de Joseph en 1987, plusieurs de leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants ont repris la direction du cirque. "Tant qu'il y aura des enfants, il y aura du cirque...", confiait Rosa.

"Cinq générations, rassemblant quelque 55 petits, arrière et arrière-arrière-petits-enfants vont dire adieu à leur emblématique aïeule qui leur a légué l'amour du cirque", souligne la famille.