Patrimoine : Stéphane Bern menace de quitter sa mission s'il n'est qu'un "cache-misère"

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 05/09/2018 à 12H23, publié le 01/09/2018 à 10H21
Stéphane Bern en mai 2018 en marge de la conférence de presse sur le patrimoine à l'Elysée.

Stéphane Bern en mai 2018 en marge de la conférence de presse sur le patrimoine à l'Elysée.

© Jacques Witt/SIPA

L'animateur télé Stéphane Bern a menacé le 31 août de quitter à la fin de l'année la mission sur le patrimoine que lui a confiée Emmanuel Macron s'il estimait finalement n'être qu'un "cache-misère" ou un "pantin". Alors que s'ouvrent les journées européennes du patrimoine les 15 et 16 septembre, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a rappelé que le budget alloué au patrimoine a augmenté.

La ministre de la Culture Françoise Nyssen a immédiatement assuré de son "engagement sans faille" et de la "volonté politique" du chef de l'Etat pour la préservation du patrimoine, dans une déclaration à l'AFP.

Le patrimoine vernaculaire des villages délaissé, selon Stéphane Bern

Dans un entretien aux journaux du groupe Ebra transmise à l'AFP, Stéphane Bern évoque "du bon et du moins bon" dans sa mission destinée à aider le patrimoine local en péril. Il se dit "satisfait d'avoir réveillé l'intérêt des Français pour cette cause" et de l'organisation du loto du patrimoine du 14 septembre et du lancement d'un jeu à gratter, qui devraient permettre de récolter 15 à 20 millions d'euros.

Reportage France 2 : J. Wittenberg, V. Lerouge, S.Winance, M. Le Rue
Mais il insiste surtout sur ses frustrations. "J'entends qu'on est prêt à mobiliser 450 millions d'euros pour rénover le Grand Palais à Paris. Et pendant ce temps, on me laisse me décarcasser pour trouver 20 millions d'euros pour le patrimoine vernaculaire des petits villages", regrette l'animateur à quelques jours du lancement de "L'émission patrimoine", programme court diffusé sur France 2 à 20h35. Alors "si tout cela n'est qu'un effet d'annonce, je partirai. Je ne veux pas être un cache-misère", insiste-t-il, évoquant la "fin de l'année" pour faire son bilan. "On saura si le loto du patrimoine est un succès. Ce que je voudrais, c'est que les Français me donnent raison. Y compris contre le gouvernement et certaines personnes dans les ministères", précise-t-il. 

Le budget alloué au patrimoine a augmenté, répond Françoise Nyssen

"Le ministère pilote 6.000 opérations de restauration chaque année, pour préserver notre patrimoine riche de 44.000 monuments historiques, ce n'est pas exactement ce qu'on peut appeler de la misère", a répondu Françoise Nyssen. "A cet engagement sans faille du ministère de la Culture pour la préservation du patrimoine s'ajoute la volonté politique du président de la République, la mienne évidemment aussi, une volonté qui se traduit par l'augmentation du budget consacré à ces opérations", a-t-elle ajouté.

Une augmentation de 5% "sanctuarisée pour la durée du quinquennat", soit "326 millions d'euros consacrés chaque année à la préservation" d'un patrimoine à la diversité "inégalable". "La notoriété et la passion communicative de Stéphane Bern sont des atouts pour braquer les projecteurs sur cette cause nationale qu'est la préservation de notre patrimoine", a-t-elle ajouté.

Visé également par Stéphane Bern, Jacques Mézard réagit

Le ministre de la Cohésion des Territoires, Jacques Mézard, a à son tour réagi samedi 1er septembre aux propos de l'animateur télé. "Je comprends parfaitement que Stéphane Bern considère que lui, pour sa mission, n'a pas suffisamment de moyens (...), mais il n'y a pas que ces quinze à vingt millions qui sont dirigés sur le patrimoine", a-t-il dit sur la chaîne BFM TV. Le ministre a mis l'accent sur le plan gouvernemental "Action coeur de ville", destiné à mobiliser plus de cinq milliards d'euros en cinq ans pour ranimer les centres de plus de 200 villes moyennes. 

Le ministre Mézard est personnellement visé par Stéphane Bern qui, dans son entretien à Ebra, s'attaque à sa loi sur le logement. Selon lui, elle va permettre de "détruire des quartiers entiers" en affaiblissant le rôle des architectes des bâtiments de France (ABF), corps professoral chargé de surveiller les travaux sur le patrimoine. "Il ne s'agit pas de supprimer l'avis des architectes des bâtiments de France, il s'agit dans deux cas, antennes de téléphonie mobile et puis habitat indigne, de venir à un avis simple" et donc non contraignant, a détaillé Jacques Mézard. "S'il y a encore un grand patrimoine de qualité dans nos villes et nos villages c'est grâce à l'action des collectivités locales", a-t-il insisté. "Les maires ne sont pas irresponsables. Ils ont besoin de l'avis des architectes des bâtiments de France, ils n'ont pas non plus dans certains cas à se soumettre à un pouvoir excessif."

Stéphane Bern dit n'avoir "rien à faire dans la sphère politique"

Interrogé sur BFMTV sur le moment choisi pour s'exprimer, en une semaine de rentrée difficile pour Emmanuel Macron avec la démission de Nicolas Hulot, Stéphane Bern a répondu qu'il n'était "pas un homme politique" et n'avait "rien à faire dans la sphère politique". Il a également refusé d'"être associé" à une politique "en défaveur du patrimoine", faisant référence en particulier à la loi Elan sur le logement qui selon lui permettra "de détruire des quartiers entiers, protégés, sous prétexte qu'ils sont vétustes et dégradés". "Si je vois que je ne sers à rien, que je n'étais qu'un pantin et qu'on s'est servi de moi, je reviendrai à mon travail" en continuant le combat pour le patrimoine, a-t-il ajouté, notant qu'il militait déjà dans ce domaine "quand le président Macron n'était pas encore né". Stéphane Bern avait fait des déclarations similaires mi-août. "Si je suis simplement un prétexte pour faire bien, parce que je suis un animateur télé populaire, (...) et si je suis simplement instrumentalisé par le pouvoir, je partirai dans la seconde", avait-il déclaré sur RMC.