Patrimoine mondial de l'Unesco : la grotte Chauvet candidate au classement

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/06/2014 à 13H18
La conservatrice Marie Bardisa à l'intérieur de la grotte Chauvet, le 13 juin 2014.

La conservatrice Marie Bardisa à l'intérieur de la grotte Chauvet, le 13 juin 2014.

© Jeff Pachoud / AFP

La grotte Chauvet , en Ardèche, et la chaîne des Puys, en Auvergne, sont présentées par la France pour être classées au patrimoine mondial de l'Unesco, dont le comité se réunit à partir de dimanche au Qatar. La grotte Chauvet aux mille dessins datant du paléolithique a de bonnes chances de parvenir à ses fins.

Restée fermée pendant 20.000 ans après un éboulement de rochers, redécouverte en 1994, la Grotte dite Chauvet-Pont d'Ar ccontient plus de mille dessins, "expression remarquable de la première création artistique de l'homme", au paléolithique il y a plus de 30.000 ans.  Selon les recommandations des experts de l'Unesco, ce site apporte "un témoignage unique et exceptionnellement bien préservé" des premières expressions du génie humain.
En revanche, les experts ont recommandé de ne pas inscrire "l'ensemble tectono-volcanique de la chaîne des Puys et de la faille de Limagne", qui concourt dans la catégorie des biens naturels. Le vote final confirme généralement les recommandations des experts.
Des dessins d'animaux vieux de plus de 30.000 ans sur les murs de la Grotte Chauvet.

Des dessins d'animaux vieux de plus de 30.000 ans sur les murs de la Grotte Chauvet.

© Jeff Pachoud / AFP
L'histoire de la découverte de cette grotte extraordinaire
Le 18 décembre 1994, trois spéléologues - Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel - font une découverte incroyable sur un plateau calcaire du sud de l'Ardèche, proche du célèbre Pont d'Arc: une immense grotte ornée des plus anciennes peintures connues à ce jour.
   
Datant de 36.000 ans, elles sont l'oeuvre d'hommes et de femmes de culture aurignacienne, qui ont dessiné sur la roche un bestiaire riche de 435 représentations montrant 14 espèces: ours, rhinocéros laineux, lion, lionne, panthère, bisons... Au sol demeurent de vraies traces de pattes d'ours, de deux fois la taille d'une main humaine, et d'innombrables ossements de ces animaux féroces qui y hibernaient.
   
Bien plus grande que Lascaux, exceptionnellement conservée depuis qu'un éboulement de rochers en a fermé l'accès il y a 20.000 ans, la cavité compte plusieurs salles et galeries sur 800 mètres de long et jusqu'à 18 mètres de hauteur.

Jean Clottes fut le premier spécialiste à y descendre, chargé par le ministère de la Culture d'expertiser les peintures: "quand c'est un faux cela se voit, c'est trop frais, vous n'avez pas de concrétions dessus, vous n'avez pas de calcite; là, on voyait tout de suite que c'était authentique", relate le préhistorien.
   
Dès le 2 janvier 1995, il rédige un rapport - prémonitoire ? - qui juge le site "du niveau de la liste du patrimoine mondial de l'Unesco". Les murs révèlent aussi une dizaine de mains en négatif et en positif, des représentations de sexes féminins et, tout au fond de la grotte, le dessin du bas du corps d'une femme à côté d'un bison: "et ça, c'est exceptionnel", souligne Jean Clottes.
   
En mars, le Conseil international pour les sites et monuments (Icomos) a estimé que le site répondait à "toutes les exigences requises" pour être inscrit. Sous le nom de "Grotte ornée du Pont d'Arc, dite grotte  Chauvet -Pont d'Arc Ardèche", après une longue bataille juridique entre l'Etat et ses découvreurs. Une réplique doit ouvrir au public en 2015.

https://videos.francetv.fr/video/NI_146423@Culture

La chaîne des Puys moins bien partie pour un classement
Début mai, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une ONG mandatée par l'Unesco, a remis au contraire un rapport très défavorable  sur la candidature de la chaîne des Puys, dénigrant un paysage "pas  exceptionnel" et des phénomènes géologiques "dépassés en importance par de nombreux autres".
Mais l'initiateur du projet et président du conseil général du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel, reste optimiste, soulignant qu'"on a déjà vu des sites aujourd'hui inscrits au patrimoine mondial qui avaient eu un avis défavorable de l'UICN", qui n'est "que consultatif".
 
"Soit on passe cette année, soit l'année prochaine", assure-t-il: "nous avons aussi reçu des courriers de scientifiques d'organismes internationaux très puissants qui sont allés à contre-courant des conclusions de l'UICN".
 
Agée de 95.000 à 8.400 ans, la chaîne des Puys est un ensemble très récent de 80 sommets très peu érodés,  regroupant sur 242 kilomètres carrés toutes les formes de volcanisme. Elle longe sur 32 kilomètres la faille de la Limagne, vieille de 35 millions d'années et profonde jusqu'à 3.000 mètres. En forme de cône, de dôme ou de maar, ces jeunes volcans couverts de verdure sont considérés comme "endormis": il n'est pas exclu qu'ils se réveillent un jour.