Les enchères du fonds manuscrits Aristophil sont restées sages

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 21/12/2017 à 13H53, publié le 21/12/2017 à 11H54
Manuscrit du roman "Ursule Mirouët"de Balzac (collection Aristophil)

Manuscrit du roman "Ursule Mirouët"de Balzac (collection Aristophil)

© France 2

Malgré de belles enchères, notamment pour une lettre de Napoléon à Joséphine, la première vente de la collection de manuscrits du fonds Aristophil à Paris est restée sage, en présence de petits épargnants qui espéraient récupérer une partie de leur mise, suite à la mise en liquidation de la société patrimoniale.

Balzac en tête de la vente

Après le retrait de cette vente de deux manuscrits exceptionnels classés trésors nationaux, ceux des "120 Journées de Sodome" du Marquis de Sade et des Manifestes du surréalisme d'André Breton, les regards étaient tournés vers "Ursule Mirouët".

Dans une salle bondée à l'Hôtel Drouot, où les épargnants représentaient un bon quart de l'assistance, le texte autographe intégral de ce roman de Balzac de 1841, un des deux seuls encore en main privée, est parti à 1,17 million d'euros frais compris (pour une estimation entre 800.000 et 1,2 million d'euros) sous le marteau de Claude Aguttes.

Reportage : D. Wolfromm / M. Weber / P. Maire / D. Lecointe / E. Jarlot

https://videos.francetv.fr/video/NI_1148315@Culture

Actuellement en liquidation, la société Aristophil, créée en 2003, avait proposé à quelque 18.000 épargnants d'investir leurs économies dans de prestigieux manuscrits qui se sont révélés largement surpayés par rapport aux prix du marché.

Alors que des procédures pénales et civiles sont en cours, l'étude Aguttes a été mandatée par le tribunal de grande instance de Paris pour organiser la vente des 130.000 pièces saisies chez Aristophil. Quelque 300 autres ventes sont déjà programmées sur les six prochaines années.

"Il n'y a pas eu de miracle", a commenté Jean-Marie Leconte, président de l'association de défense des investisseurs en lettres et manuscrits (Adilema). En moyenne, les estimations des experts ne représentent que "15 à 20% de la valeur investie par manuscrit par les investisseurs".

Deux pièces exceptionnelles retirées

Outre le roman de Balzac, l'"Histoire d'Alexandre Le Grand" de Quinte Curce, un superbe manuscrit enluminé du 15e siècle, a atteint 640.000 euros (estimation entre 300.000 et 500.000 euros) et une lettre d'amour de Napoléon à Joséphine, datée de 1796, s'est envolée à 280.000 euros (estimation entre 60.000 et 80.000 euros). 

Les épargnants pouvaient devenir propriétaires de manuscrits - en pleine propriété ou en indivision -, des documents qu'Aristophil devait racheter au bout de cinq ans à un prix majoré de 40% (soit un rendement de 8% par an). Au total, 850 millions d'euros ont été souscrits. Ce rendement devait être assuré par la prise de valeur des pièces sur un marché annoncé en pleine expansion et par la location de ces documents à des musées.

Reportage : V. Gaget / T. Paga / E. Denis / A. Placier / D. Fuet / S. Ruaux / I. Tartakowsky
Les espoirs envolés des victimes de l'escroquerie Aristophil (JT 20H France 2)
Mais de nombreux souscripteurs ont perdu leur mise. Le président fondateur d'Aristophil, Gérard Lhéritier, a été inculpé en 2015 pour escroquerie en bande organisée et pratique commerciale trompeuse.

Deux pièces exceptionnelles figuraient initialement au catalogue de la vente: le manuscrit autographe des "120 Journées de Sodome ou l'école du libertinage" du Marquis de Sade, achevé alors qu'il était emprisonné à La Bastille (estimé de 4 à 6 millions d'euros)  et un ensemble André Breton, comprenant les deux Manifestes du Surréalisme et "Poisson soluble", une série autographe rédigée dans sept cahiers d'écolier (le tout estimé 4 millions d'euros).

Mais ces documents ont été classés trésors nationaux, une mesure qui interdit leur sortie du territoire et démontre, selon Claude Aguttes, "le caractère exceptionnel des collections Aristophil". Ces pièces devraient toutefois rejoindre bientôt les collections nationales, le ministère de la Culture ayant "proposé une négociation de gré à gré" pour leur acquisition au prix du marché.