La justice française maintient la vente des masques Hopis

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/04/2013 à 19H31
Masque Heaume PATUÑ KACHINA, HOPI, Arizona.Ca.1920-1940. (Courge, bois, maïs et pigments naturel). 

Masque Heaume PATUÑ KACHINA, HOPI, Arizona.Ca.1920-1940. (Courge, bois, maïs et pigments naturel). 

© Néret-Minet Tessier & Sarrou

Une vente aux enchères de 70 masques hopis prévue vendredi 12 avril à Paris aura bien lieu. Elle menaçait d'être suspendue par la justice française, à la demande de la tribu amérindienne qui en réclame la restitution, tribu soutenue par Robert Redford et l'association de défense des peuples indigènes Survival International. Pour les Hopis, ces masques sont des objets sacrés.

https://videos.francetv.fr/video/NI_145183@Culture

Robert Redford : "un geste criminel"

La justice française a rejeté vendredi la  demande des Hopis de suspendre la vente aux enchères de 70 masques que ces  Amérindiens considèrent comme sacrés, a annoncé leur avocat, Me Pierre  Servan-Schreiber, vente prévue le jour même à 14H30 à l'Hôtel Drouot à Paris par la maison Néret-Minet Tessier & Sarrou. Les avocats de Survival International avaient engagé en urgence une procédure de référé pour la stopper. Deux musées de l'Arizona, dans le sud-ouest des Etats-Unis, et la tribu amérindienne Hopi qui vit dans cet état, réclament l'annulation de cette vente de masques "Katsinam", considérés comme sacrés car ils représentent les esprits des ancêtres des Hopis.

Ils ont reçu le soutien de l'acteur et réalisateur américain Robert Redford qui, dans une lettre communiquée par l'avocat des Hopis, juge la vente "sacrilège" et demande la restitution des masques à la tribu, sous peine de commettre un "geste criminel". Leur représentant français, l'avocat Pierre Servan-Schreiber, a défendu jeudi leur demande devant le juge des référés.

Contrairement aux USA, le droit français n'interdit pas la vente d'objets sacrés

Selon lui, "bien que contrairement aux Etats-Unis, le droit français n'interdise pas la vente, le transport et l'exportation d'objets sacrés, il existe en France une jurisprudence qui interdit le commerce de certains types de biens comme les sépultures et les tombeaux, par le principe de fidélité et de stricte observance du respect dû aux morts".

Pour les Hopis, a fait valoir Me Servan-Schreiber, "les masques Katsinam, ne sont pas des oeuvres d'art, folkloriques, ce sont des vecteurs par lesquels les esprits des anciens communiquent avec les vivants (...) leur usage est présent et le fait de les voir vendus est absolument bouleversant". "Si ces objets sont là, ça ne peut être que dans des conditions qui violent les lois. La loi américaine en interdit le commerce depuis 1970. En France, ces masques, qui appartiennent depuis des siècles à la tribu, sont l'exact équivalent d'une sépulture", a-t-il ajouté, disant avoir reçu "d'innombrables courriels de familles hopis, alertés par les réseaux sociaux".
 Masque Hopi

 Masque Hopi

© Neret-Minet
L'irréparable

"La France, a-t-il rappelé, a signé la convention de l'Unesco s'engageant à empêcher la commercialisation de tels biens. Il est impossible de dire qu'il y a un vide juridique. Si on laisse cet ensemble être dispersé, il sera impossible de le récupérer, ce qui serait l'irréparable".

Défendant la maison Néret-Minet Tessier & Sarrou, Me Philippe Stucker a fait valoir que beaucoup d'autres objets de ce type circulaient sur le marché de l'art et dans les grands musées européens et que le principe de la convention de l'Unesco n'avait jamais été transformé en dispositions réglementaires en France. "Dans les sociétés occidentales, ces objets perdent leur statut d'origine et acquièrent une valeur esthétique et culturelle", a-t-il souligné, en citant plusieurs ventes aux enchères d'objets hopis à Paris dont ceux de la collection André Breton en 2003.

"La question des objets ethniques n'est pas nouvelle, leur origine est souvent inconnue et la plupart ont été collectés au 19ème ou au début du 20ème siècles. Cette collection a circulé aux Etats-Unis dans les collections, le collectionneur a lui-même acquis ces objets aux Etats-Unis et n'a pas pour objectif de porter atteinte aux tribus", a-t-il ajouté. "Ces objets sont sortis de la tribu il y a un siècle, or, dans ces conditions, où est le dommage imminent ?", s'est-il interrogé.

Le mois dernier, le directeur du bureau de préservation de la culture Hopi, Leigh Kuwanwisiwma, avait demandé à la maison d'enchères d'annuler la vente et d'entamer "des discussions respectueuses pour leur retour dans la tribu" Hopi. 
La vente 

La vente, prévue le 12 avril est organisée par la maison Neret-Minet Tessier & Sarrou.

La maison française doit mettre en vente le vendredi 12 avril 70 masques appelés "amis katsinam" et utilisés lors de cérémonies religieuses par les Hopi, selon son site internet. L'un d'entre eux est évalué à 50.000 euros (plus  de 64.000 dollars).

Ces figures sont considérées comme sacrées par plus de 18.000 membres de la tribu Hopi qui vivent dans le nord-est de l'Arizona. D'après le journal Arizona Republic, on ne sait pas très bien quand et comment ces objets sont arrivés jusqu'à Paris, mais par le passé certains objets auraient été vendus en secret par des membres de la tribu à des collectionneurs.