Russie : à Oulianovsk, le musée Lénine prépare sa mue

Par @Culturebox
Publié le 28/10/2017 à 16H33
Le Mémorial Lénine à Oulianovsk (20 septembre 2017)

Le Mémorial Lénine à Oulianovsk (20 septembre 2017)

© Vasily Maximov / AFP

Située à 700 km au sud-est de Moscou, Oulianovsk rêve de ne plus être seulement connue comme la ville natale de Lénine (1870-1924). Elle n'en abrite pas moins le plus grand musée au monde dédié au dirigeant de la révolution d'Octobre 1917. Ce musée, en manque de financement à la suite de la chute de l'URSS, prépare une cure de jouvence pour 2020.

Oulianovsk, grande cité industrielle de 700.000 habitants, située à 700 kilomètres au sud-est de Moscou, s'appelait Simbirsk avant d'être renommée en l'honneur de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, après sa mort le 21 janvier 1924.

Pendant des décennies, cette ville sans grand intérêt architectural devint un point de passage obligé des groupes de touristes originaires des pays du bloc socialiste. "Avant la révolution, Simbirsk était une banale petite ville", explique à l'AFP Evguéni Lytiakov, un militant communiste qui estime que la ville n'a dû sa croissance qu'à son statut de ville natale de Lénine.

Sur les berges de la Volga, où a été ouvert le mémorial Lénine, une gigantesque sculpture végétale trace le nom du leader de la révolution d'Octobre 1917. Â l'intérieur, des tapis rouges couvrent les 4000 m2 des salles d'exposition... Les visiteurs peuvent notamment découvrir un masque mortuaire de Lénine et admirer une immense maquette de l'URSS.

Seule concession à la modernité, une gigantesque photographie de Vladimir Poutine, qui visita le mémorial en 2002, est accrochée à un mur.
Statue de Lénine à l'intérieur du Musée Mémorial dédié au père de la Révolution russe, à Oulianovsk

Statue de Lénine à l'intérieur du Musée Mémorial dédié au père de la Révolution russe, à Oulianovsk

© Vasily Maximov / AFP

Pour le musée, "tout s'est effondré" après la chute de l'URSS

Le musée, longtemps financé par le Parti communiste, accueillait dans ses grandes heures jusqu'à 5000 visiteurs par jour. Mais voilà, "tout s'est subitement effondré" après la chute de l'URSS survenue dans les années 1990-91, se désole Valéri Perfilov, l'ancien directeur des lieux, qui y travaille toujours malgré ses 70 ans. "Nous nous sommes retrouvés sans financement. Si durant la période soviétique, Lénine était idolâtré, déifié, il a été diabolisé dans les années 1990."

Le musée est aujourd'hui financé par le ministère de la Culture régional et son actuelle directrice, Lidia Larina, reconnaît que l'ensemble, qui inclut une salle de spectacle, est "dépassé" en dépit de ses 500.000 visiteurs annuels, selon les chiffres officiels.

Opération rénovation

Une cure de jouvence est prévue pour 2020. Lidia Larina veut apporter une touche interactive au musée et y ouvrir un restaurant et un café. Les expositions aussi ont été modifiées, et insistent désormais sur l'enfance de Lénine plus que sur sa carrière politique.

Parmi les nombreux musées d'Oulianovsk dédiés à Lénine, le "Musée-Réserve de la terre natale de Lénine" est le deuxième par ordre d'importance. Financé par des fonds fédéraux, il a un autre objectif : immerger le visiteur dans l'atmosphère du Simbirsk de l'époque de Lénine. C'est un musée en plein air, fait de jolis bâtiments de bois peint dans le quartier où Lénine a passé son enfance.

"La mission de notre organisation est de préserver ce coin du vieux Simbirsk", explique sa directrice-adjointe, Oxana Soloveï. Le musée accueille 200.000 visiteurs par an, essentiellement des locaux, explique-t-elle en regrettant ne plus voir "autant de touristes étrangers qu'à l'époque soviétique".

Un autre musée pour un regard plus sombre sur la Révolution

Cet établissement propose aussi une lecture plus sombre de la Révolution, à travers une exposition montrant les pillages et les attaques commis par des prisonniers libérés ou d'ancien soldats en 1917. "Même marcher dans la rue était dangereux. En 1917, le couvre-feu commençait à 18H00", explique à l'AFP Elena Bespalova, une des responsables de ce musée.

Oulianovsk tente aujourd'hui de promouvoir d'autres personnalités locales, comme l'écrivain Ivan Gontcharov, né à Simbirsk en 1812. En 2003, un projet vit même le jour pour rebaptiser Oulianovsk en Oblomovsk, du nom du héros le plus connu d'Ivan Gontcharov, un projet qui provoqua la colère des militants communistes et fut abandonné. "Un certain nombre de gens au pouvoir seraient heureux de faire disparaitre tout ce qui rappelle la Révolution d'Octobre et Lénine", ne décolère par le militant communiste Evguéni Lytiakov.

Reste que cent ans après la révolution, le nom de Lénine ne provoque pas beaucoup d'écho au sein de la jeunesse locale. "On dit d'Oulianovsk qu'elle est la terre natale de Lénine mais la jeune génération est passée à autre chose", reconnait Elena Bespalova. Une équipe de jeunes designers a ainsi conçu une série de souvenirs d'Oulianovsk sous forme de mugs, de cartes postales ou d'aimants présentant une "vision alternative" de la ville.

Sur une des cartes postales, le slogan "Oulianovsk - Terre de talents" est accompagné des dessins de 20 célébrités locales, dont Ivan Gontcharov. Et l'absence de Lénine n'est pas un oubli, assure Natalia Tchebarkova, une des conceptrices de ces cartes. "Nous n'avons rien contre lui, mais c'est bien de dire aux gens qu'Oulianovsk, ce n'est pas juste Lénine et l'URSS."