La mort d'Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 05/08/2018 à 18H56
Arsène Tchakarian à Vitry-sur-Seine le 29 novembre 2011

Arsène Tchakarian à Vitry-sur-Seine le 29 novembre 2011

© AFP

Arsène Tchakarian, résistant d'origine arménienne, historien, dernier survivant du célèbre groupe Manouchian qui avait lutté contre l'occupant nazi, s'est éteint samedi à l'âge de 101 ans, a-t-on appris dimanche auprès de sa famille.

Né en Turquie le 21 décembre 1916 en plein génocide des Arméniens, arrivé à Paris en 1930, Arsène Tchakarian s'était illustré pendant la Seconde Guerre mondiale au sein du groupe de résistants dirigé par Missak Manouchian et que les Allemands avaient ciblés dans la fameuse "Affiche rouge", message de propagande placardé en France à plus de 15.000 exemplaires.

Installé après-guerre dans un pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) qu'il avait transformé en centre d'archives, devenu historien à partir de 1950, Arsène Tchakarian, vieil homme alerte, continuait jusqu'à peu à écumer lycées et collèges pour offrir son témoignage sur l'Occupation et militer pour la reconnaissance du génocide arménien.

"Il n'a eu de cesse d'agir pour la reconnaissance du génocide et les droits du peuple arménien. Modeste et humble, c'est pourtant un grand homme qui nous quitte aujourd'hui que le Parti communiste est fier d'avoir compté dans ses rangs", a réagi Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.

Le groupe Manouchian, des immigrés et résistants aux multiples faits d'armes

Avec son décès s'éteint le dernier survivant du groupe fondé pendant l'Occupation par son ami Missak Manouchian, un journaliste dont il partageait les origines arméniennes et l'engagement communiste. Composé d'immigrés (Italiens, Arméniens, juifs polonais...), ce réseau a multiplié les actions coups de poing : attaque contre des gendarmes en mars 1943, sabotage de lignes de haute tension... "La France c'était le pays des libertés, mais on se battait aussi par anti-fascisme", racontait Arsène Tchakarian à l'AFP en 2011.

Le Groupe Manouchian, que les Allemands tenteront de discréditer en le présentant comme une "armée du crime", sera décimé par un coup de filet en février 1944 à l'issue duquel 23 de ses membres seront jugés et tués. Caché à Paris grâce à un policier, Arsène Tchakarian sera exfiltré vers Bordeaux où il continuera à servir la Résistance jusqu'à la Libération.

En 2009, le cinéaste Robert Guédiguian, lui-même d'origine arménienne, a consacré un film au groupe Manouchian.
La bande-annonce de "L'armée du crime" de Robert Guédiguian (2009)


Naturalisé français en 1958

Bardé de décorations après la guerre, Arsène Tchakarian devra toutefois patienter jusqu'en 1958 pour être naturalisé français et il reprendra alors son activité de tailleur.

Arsène Tchakarian avait signé ou cosigné différents ouvrages sur le groupe Manouchian. Un documentaire, "Arsène Tchakarian : mémoire de l'Affiche Rouge", réalisé par Michel Violet, réalisé en 2015, était sorti en juin en DVD.

Promu à titre exceptionnel officier de la Légion d'honneur en 2012, Arsène Tchakarian était père de six enfants. Il est décédé samedi à l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif, dans le Val-de-Marne.