John Meredith, combattant des droits civiques aux USA, invité de l'exposition "I am a man" à Montpellier

Mis à jour le 23/10/2018 à 08H56, publié le 19/10/2018 à 15H24
James Meredith à l'exposition "I am a man" au Pavillon populaire de Montpellier (17 octobre 2018 - 6 janvier 2019)

James Meredith à l'exposition "I am a man" au Pavillon populaire de Montpellier (17 octobre 2018 - 6 janvier 2019)

© Sylvain Thomas / AFP

James Meredith, qui fut le premier étudiant noir américain à entrer à l'université ségrégationniste du Mississippi en 1962, est invité cette semaine à Montpellier à l'occasion de l'inauguration d'une exposition sur les luttes pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1960-70. À 85 ans, il offre le visage d'un infatigable et insaisissable prophète de l'égalité entre Noirs et Blancs.

James Meredith, vêtu d'un élégant costume blanc, a posé de façon émouvante devant l'immense photographie d'une manifestation de Noirs portant en 1968 des pancartes proclamant "I am a Man" ("Je suis un homme"). L'exposition au titre éponyme, ouverte le 17 octobre, durera jusqu'au 6 janvier 2019 au Pavillon populaire.

"Cette photo a été prise il y a exactement 50 ans et le racisme entre les Noirs et les Blancs à travers le monde est plus grand aujourd'hui", a déploré l'énergique octogénaire. "Mon but a toujours été de montrer que la suprématie blanche fonctionne parce que les Blancs utilisent la violence pour écraser et effrayer les Noirs : j'ai voulu défier cela", explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

Reportage : C. Agullo / S. Taponier / F. Paul-Paslier

Inspiré par Kennedy, il lance sa "guerre pour l'égalité"

Fils de fermiers, James Meredith naît le 25 juin 1933 dans une fratrie de neuf enfants à Kosciusko, Mississippi, l'un des États les plus extrémistes du sud des Etats-Unis en matière de ségrégation. À partir de 1951, le jeune homme, qui compte parmi ses aïeux des Africains, des Indiens Chactas et des Britanniques, s'engage pendant neuf ans dans l'armée de l'air américaine.

À son retour, inspiré par le discours inaugural du président John F. Kennedy en 1961, Meredith entame ce qu'il appelle sa "guerre pour l'égalité" : il pose sa candidature à l'université du Mississippi, qui n'accepte que des étudiants blancs. Après un long bras de fer judiciaire et politique, le 1er octobre 1962, James Meredith entre à "Ole Miss" escorté par des milliers de membres de la police et de l'armée dépêchés par Kennedy pour "faire appliquer" ses "droits de citoyen", explique-t-il aujourd'hui. L'image fait le tour du monde.
L'étudiant James Meredith escorté à son arrivée à l'université du Mississippi, le 1er octobre 162

L'étudiant James Meredith escorté à son arrivée à l'université du Mississippi, le 1er octobre 162

© AFP
La veille, des émeutes avaient éclaté, faisant deux morts, dont un journaliste de l'AFP, et des centaines de blessés. "Ce n'était pas des émeutes mais une insurrection", soutient Meredith avec force. "Il ne s'agissait pas de quelques pauvres blancs ignorants brûlant des pneus", ceux qui étaient à la manœuvre étaient "des blancs riches et sophistiqués" déterminés à défendre leur pouvoir, analyse-t-il.

"Ce serait une des pires insultes qu'on pourrait m'adresser de dire que j'ai eu peur de gens aussi ignorants", commente-t-il à propos des deux semestres qu'il a passés sous escorte dans l'université avant d'obtenir un diplôme de science politique. "J'étais capable de toucher une allumette en tirant avec un fusil quand j'avais 12 ans" et "j'étais parmi les étudiants les plus brillants", ajoute Meredith, qui obtiendra ensuite un master de l'université d'Ibadan (Nigeria) puis un diplôme de droit de Columbia.

En 1966, James Meredith, désormais militant aguerri, lance en solitaire une marche contre la peur de Memphis (Tennessee) à Jackson (Mississippi) pour inciter les Noirs à s'inscrire sur les listes électorales, ce que des milliers feront. Blessé par des tirs d'un blanc au lendemain de son départ, Meredith est remplacé par des milliers de marcheurs solidaires.

"James Meredith a eu un rôle déterminant dans la lutte pour les droits civiques et a montré un courage hors norme face à une violence extrême", analyse auprès de l'AFP  William Ferris, spécialiste de la culture du sud des États-Unis et commissaire de l'exposition présentée à Montpellier.

i am a man / Montpellier © Culturebox - capture d'écran

 

Un combattant imprévisible, aux alliances parfois controversées

Électron libre souvent imprévisible, Meredith a aussi créé la controverse, en s'engageant dans le camp des Républicains, considéré comme un bastion des Wasp (Protestants anglo-saxons blancs), et notamment en travaillant comme conseiller du sénateur Jesse Helms, adepte de la ségrégation, ou en soutenant des campagnes de Ross Barnett, le gouverneur qui s'était opposé à son entrée à l'université du Mississippi ou encore de l'ex-membre du Ku Klux Klan David Duke...

À Montpellier, l'octogénaire marié et père de quatre enfants a distribué à la presse en guise de discours politique un "message de Dieu pour notre temps" et un texte sur "la responsabilité des riches envers les pauvres".

Une vidéo du Mouvement des Droits civiques relate le parcours de James Meredith à l'université du Mississippi (en anglais)