Le gouvernement tente d'apaiser la polémique en affirmant qu'il n'avait "jamais été question de rendre hommage à Pétain"

Mis à jour le 08/11/2018 à 09H37, publié le 07/11/2018 à 18H00
Philippe Pétain, alors général, en 1917

Philippe Pétain, alors général, en 1917

© Photo12 / AFP

L'"Itinérance mémorielle", périple d'Emmanuel Macron sur les traces de la Grande Guerre, a été perturbée mercredi par une nouvelle controverse sur l'opportunité de rendre hommage au maréchal Philippe Pétain à l'occasion du centenaire. "Nous n'avons pas été suffisamment clairs", a déclaré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, tentant d'apaiser la polémique.

"L'Etat français ne célèbrera pas Pétain"

L'exécutif a tenté toute la journée d'apaiser la polémique. L'Elysée a souligné que le chef d'état-major irait samedi "fleurir la tombe des cinq maréchaux qui sont aux Invalides où il n'y a pas Pétain". a précisé l'Elysée, a précisé par la suite que "l'Etat français ne célèbrera donc pas Pétain". Et le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a affirmé qu'il n'avait "jamais été question" de rendre hommage à Pétain samedi. L'armée, elle, n'a jamais parlé d'exclure de son hommage celui qui fut l'un des héros de Verdun. 
 
Juste avant le Conseil des ministres délocalisé à Charleville-Mézières, Emmanuel Macron avait jugé "légitime" de rendre hommage au maréchal Pétain samedi prochain, arguant que le chef du régime de Vichy avait été "pendant la Première guerre mondiale un grand soldat" avant de conduire "des choix funestes" pendant la Deuxième en collaborant avec le régime nazi.

"Il est légitime" de rendre "hommage aux maréchaux" qui ont mené à la victoire de 1918

Avec les sept autres maréchaux de la Grande Guerre, Philippe Pétain doit être célébré samedi aux Invalides lors d'une cérémonie à laquelle participeront les plus hauts responsables militaires français. "Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d'état-major sera présent à cette cérémonie", a dit Emmanuel Macron, interrogé par des journalistes.

Un peu plus tard, en déplacement dans l'Aisne, il a justifié sa décision, cité par l'AFP, assurant qu'il "ne pardonn[ait] rien" des actes de Philippe Pétain mais qu'il "ne gomm[ait] rien" de l'Histoire de France, tout en accusant les médias de "créer des polémiques", après avoir jugé "légitime" de rendre hommage à ce "grand soldat" de la Première Guerre mondiale.

"Vous créez des polémiques tous seuls, mes enfants. Vous êtes... Je ne suis pas dans votre bocal. (...) Le maréchal Pétain, quand il a dirigé la France pendant la Deuxième guerre mondiale, a été complice de crimes profonds qui ont été reconnus, et la responsabilité de l'État français a été reconnue. Je l'ai dit, j'ai été très clair sur ce point. (...) Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire", a déclaré le chef de l'État.

L'exécutif tente de désamorcer la controverse

L'exécutif a tenté de tuer dans l'œuf cette polémique qualifiée de "mauvaise" et "vaine" par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, notamment face aux critiques virulentes du leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon mais aussi des associations juives.

"Il ne faut pas faire de raccourcis douteux. Pétain a servi la patrie en 14 et l'a trahie en 40", a asséné Benjamin Griveaux avant de citer une phrase du Général de Gaulle en 1966 sur Pétain, selon lequel "sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la Patrie".

À l'Assemblée nationale, et sans citer Philippe Pétain, le Premier ministre Édouard Philippe a évoqué l'"exercice difficile, paradoxal" de "penser en même temps à ceux qui ont été glorieux et à ceux qui ensuite ne se sont pas montrés à la hauteur des enjeux de l'Histoire".

Le Crif se dit "choqué", la gauche fustige Macron, ""L'infamie efface tout le reste", selon Xavier Bertrand

Les propos d'Emmanuel Macron ont suscité de nombreuses critiques, notamment de la part du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui s'est dit "choqué". "La seule chose que nous retiendrons de Pétain, c'est qu'il a été, au nom du Peuple français, frappé d'indignité nationale lors de son procès en juillet 1945", a déclaré son président, Francis Kalifat, cité dans un communiqué.

Plusieurs élus, surtout à gauche, ont également protesté. "Le maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c'est trop ! L'Histoire de France n'est pas votre jouet", a tweeté le chef de file de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
L'ex-candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon, fondateur du mouvement Générations, a estimé que "rien ne justifie une telle honte" et a qualifié l'itinérance mémorielle d'Emmanuel Macron d'"incroyable errance éthique et morale".



"L'infamie" commise par Pétain "efface tout le reste", a estimé de son côté Xavier Bertrand. "Le vainqueur de Verdun, c'est le poilu", et "l'infamie" commise par Pétain lors de la Deuxième Guerre "efface tout le reste", a estimé jeudi le président des Hauts-de-France (ex-LR) Xavier Bertrand après une polémique sur la figure du maréchal. Précisant ne pas vouloir l'alimenter, il a toutefois estimé sur Cnews que "ce qu'a fait Philippe Pétain avec le régime de Vichy est une infamie qui efface tout le reste. Tout le reste".

"L'indignité nationale dont Pétain a été frappé, ça recouvre tout le reste", et "il ne peut pas y avoir de mise à l'honneur dans ces conditions-là", a-t-il ajouté.
"Le vainqueur de Verdun c'est le poilu et celui qu'on va mettre à l'honneur dans quelques jours, le soldat inconnu. Il y a eu bien sûr les chefs militaires, évidemment, mais derrière ça, si on peut se garder de ces polémiques, mon dieu que c'est mieux", a-t-il lancé.
 
Cette polémique est une nouvelle source d'embarras pour l'exécutif au beau milieu de "l'itinérance mémorielle" entamée dimanche à Strasbourg par Emmanuel Macron et qui se termine ce week-end par les célébrations du centenaire en présence d'une soixantaine de dirigeants étrangers.

Un périble déjà parasité par la grogne contre la hausse des carburants

Le périple prédentiel est déjà parasité par la colère contre la hausse des prix des carburants sur laquelle Emmanuel Macron a encore été interpellé par des habitants à Charleville-Mézières. "Attendez le 17, vous allez voir!", lui a lancé un passant en faisant référence à l'appel à bloquer les routes le 17 novembre en signe de protestation.

"Il y a des gens qui sont en colère de bonne foi et des gens de mauvaise foi", a commenté le chef de l'État avant de répéter qu'il avait décidé d'aider les plus pénalisés. "Ceux qui sont obligés de se déplacer chaque jour pour travailler" seront "mieux aidés", a-t-il répété en indiquant que le gouvernement travaillait sur le mécanisme. Le président a aussi été encouragé à tenir bon face aux mécontents. "Soyez courageux, ne lâchez pas", l'a enjoint un habitant.

La journée de mercredi est la première du parcours présidentiel entamé dimanche à se tenir dans la région des Hauts-de-France. Le chef de l'État y restera jeudi, avec des étapes prévues à Maubeuge (Nord), Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) et Arras.

Entre-temps, l'Assemblée honore (enfin) Jaurès et Clémenceau

L'Assemblée nationale a rendu mercredi hommage à Jean Jaurès et Georges Clemenceau en apposant des plaques à leur nom sur les sièges qu'ils occupaient lorsqu'ils étaient députés sous la IIIe République. "Il aura fallu cent ans pour que la Représentation nationale s'acquitte d'une dette envers l'Histoire, cent ans pour qu'on appose enfin deux plaques dans l'hémicycle, là où siégeaient Jean Jaurès et Georges Clemenceau", a déclaré le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand.

Adversaires politiques mais respectueux l'un envers l'autre, le socialiste Jaurès, humaniste œuvrant pour l'émancipation de la classe ouvrière, et le radical Clemenceau, incarnation de l'ordre et de la fermeté, ont marqué la vie de l'Assemblée nationale par leurs duels oratoires. Jean Jaurès fut assassiné à Paris trois jours avant le déclenchement de la guerre de 14-18 qu'il avait voulu à tout prix éviter. Chef de guerre victorieux, Clemenceau est sorti du conflit avec le rang de héros national.

Richard Ferrand a remercié dans son discours Jean-Luc Mélenchon (LFI) et André Chassaigne (PCF), les premiers à avoir attiré son attention sur l'absence de plaque au nom de Jean Jaurès. "Quant à Clemenceau, en cette année du centenaire de l'Armistice, il m'est apparu naturel et nécessaire que l'Assemblée nationale songe enfin à l'honorer."

Des membres des familles Jaurès et Clemenceau étaient présents lors du dévoilement des plaques sur les deux fauteuils, situés au quatrième et sixième rang à gauche de l'hémicycle où siège aujourd'hui le groupe à majorité communiste. Tous les groupes et partis étaient représentés à l'exception du Rassemblement national.