Crânes de combattants au Musée de l'Homme : l'Algérie demande la restitution

Mis à jour le 11/01/2018 à 15H50, publié le 11/01/2018 à 15H36
18 000 crânes sont conservés à des fins scientifiques au Musée de l'Homme à Paris.

18 000 crânes sont conservés à des fins scientifiques au Musée de l'Homme à Paris.

© France 3 / Culturebox

Fin décembre, l’Etat algérien a officiellement déposé une requête auprès de la France pour la restitution des crânes de combattants tués lors des guerres coloniales au 19e siècle actuellement détenus par le Musée de l’Homme à Paris. Lors de sa visite en Algérie le mois dernier, Emmanuel Macron s’est dit favorable à cette restitution, mais la procédure est loin d'être simple.

Reportage : B. Aparis / L. Le Moigne / M. Savineau / P. Conte / G. Gheorghita / M. Laporte

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C’est en 2011 que l’affaire débute. L’archéologue et historien algérien Ali Farid Belkadi effectue des recherches dans les collections du Musée de l’Homme place du Trocadéro à Paris. Dans les réserves du musée, 18 000 crânes sont conservés à des fins historiques et scientifiques. Certains sont célèbres comme celui de Descartes ou de l’homme de Cro Magnon. Mais d’autres, stockés dans les coffres-forts de l’établissement, ont une histoire bien plus sombre. C’est le cas de ces crânes de résistants algériens à la colonisation française.
Photographies représentant des crânes de combattants algériens détenus par le Musée de l'Homme.

Photographies représentant des crânes de combattants algériens détenus par le Musée de l'Homme.

© France 3 / Culturebox
C’est en épluchant les documents qui accompagnaient les têtes lors de leur envoi, que le chercheur parvient à en reconstituer l’histoire. Au milieu du 19e siècle, la France se lance à la conquête de l’Algérie. La résistance, farouche, durera 30 à 40 ans. Parmi les batailles les plus célèbres, celle de Zaatcha reste dans le annales. Pendant plus de 4 mois, le cheikh Bouziane et ses combattants retranchés dans l’oasis de Zaatcha (au Sud de Constantine) tiennent tête aux troupes françaises. La place forte tombe le 29 novembre 1849. 800 Algériens auraient été tués ce jour-là. Parmi eux, le cheikh Bouziane, son fils de 15 ans et son principal lieutenant dont les têtes décapitées furent exposées avant d’être envoyées en France par un médecin militaire.

Une pratique courante au 18e siècle

La pratique était apparemment courante à l’époque. Entre trophées de guerres et éléments scientifiques, les têtes coupées ont fait les beaux jours des musées européens. Au cours de ses recherches, Ali Farid Belkadi a recensé 68 crânes prélevés sur des combattants algériens.

Ce sont ces têtes, ainsi que tous les documents qui s’y rapportent, dont le gouvernement algérien demande aujourd’hui la restitution. Mais ainsi que le souligne Pierre Dubreuil, le directeur général délégué du Muséum d’Histoire Naturelle (dont dépend le Musée de l’Homme) la procédure n’est pas si simple.
En 2012, 21 têtes de guerriers maoris ont été restituées par la France à la Nouvelle-Zélande.

En 2012, 21 têtes de guerriers maoris ont été restituées par la France à la Nouvelle-Zélande.

© France 3 / Culturebox
Après la demande officielle de l’Algérie, les crânes qui font partie des collections des musées nationaux doivent être déclassifiées avant de pouvoir être rendues à leur pays d’origine. Une démarche qui doit passer par une loi. Deux fois déjà par le passé, une telle procédure a été lancée : en 2002, la dépouille momifiée de la Vénus Hottentote et en 2012, 21 têtes de guerriers maoris ont été rendus à leurs pays respectifs, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande.