"C'est à ce prix que vous mangez du sucre" : quand Orléans profitait de la traite négrière

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/12/2016 à 17H24, publié le 13/12/2016 à 16H34
Illustration de la traite négrière entre les Antilles et le Val de Loire

Illustration de la traite négrière entre les Antilles et le Val de Loire

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

C'est une exposition choc que propose le musée de la marine de Loire jusqu'au 30 janvier 2017. On y découvre un autre chapitre de la sombre histoire de l'esclavagisme et du commerce triangulaire entre l'Afrique, les Antilles et la Métropole. Et Orléans et le Val de Loire y jouent un rôle majeur, car c'est ici qu'arrivait le sucre de canne, avant d'être revendu à la riche clientèle parisienne.

Orléans et tout le Val de Loire, furent, du XVIe au XVIIIe siècle, un maillon important de la chaine du commerce triangulaire, cette traite négrière organisée entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques pour assurer la distribution d'esclaves noirs en Amérique et approvisionner l'Europe en produits de ces colonies. Cette exposition rappelle que la région d'Orléans a prospéré grâce à la canne à sucre. Un produit dont raffolait la noblesse parisienne et qui était transformé dans la région. 

Reportage : France 3 Centre-Val de Loire / P. Bouchenot / P. Lepais / F. Marche

https://videos.francetv.fr/video/NI_875531@Culture

 

L'indignation de Voltaire

Volontairement provocateur, le titre de l'exposition "C'est à ce prix que vous mangez du sucre, la Loire et la traite négrière" est tiré de "Candide" de Voltaire. Dans ce célèbre conte philosophique publié en 1759, Voltaire dénonce avec violence la condition des esclaves et du trafic d'être humains qui sévit entre l'Europe, les Amériques et l'Afrique.
Des propos qu'il place dans la bouche d'un esclave noir du Surinam, amputé de la main droite et de la jambe gauche, que le héros rencontre pendant sa quête initiatique. Alors que Candide demande à l'esclave pourquoi il est dans un si piteux état, ce dernier lui répond :  "Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe." (Candide, de Voltaire (1694-1778), Chapitre XIX, 1759).
Malgré cet engagement du philosophe des Lumières, il faudra attendre plus d'un siècle après la publication de Candide pour que l'esclavage soit définitivement aboli en France en 1848.