Sept merveilles du patrimoine mondial disparues à jamais

Mis à jour le 05/09/2018 à 10H55, publié le 04/09/2018 à 18H56
Dans Palmyre en partie dévastée 

Dans Palmyre en partie dévastée 

© France3/culturebox

Le musée de Rio, disparu dans les flammes le 2 septembre, n'est pas le premier trésor du patrimoine mondial irrémédiablement perdu. Construits pour résister à l'épreuve des siècles, beaucoup de ces joyaux ont cependant été victimes des éléments, de la folie des hommes ou de la simple malchance.

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La bibliothèque de Sarajevo
La Bosnie a connu de 1992 à 1995 une guerre inter-communautaire qui a fait environ 100.000 morts, pour la plupart des musulmans bosniens. Dans la nuit du 25 au 26 août 1992, à partir des montagnes dominant Sarajevo, les artilleurs serbes incendient la bibliothèque nationale de Bosnie, bâtiment construit en 1896 en style pseudo-mauresque. Les flammes n'épargnent que 300.000 livres sur plus de deux millions d'ouvrages, dont de nombreux livres rares. Les travaux de reconstruction du bâtiment, réduit à l'état de ruine, ont débuté en 1996 et ont été en partie financés par l'Union européenne. La nouvelle bibliothèque a été inaugurée en 2014.
Le viloncelliste Vedran Smailovic joue dans la bibliothèque bombardée de Sarajevo, à l'été 1992

Le viloncelliste Vedran Smailovic joue dans la bibliothèque bombardée de Sarajevo, à l'été 1992

© MICHAEL EVSTAFIEV / AFP FILES / AFP
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Les Bouddhas de Bamiyan
En 2001, le saccage par les talibans des Bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, crée un électrochoc dans l'opinion internationale. Construits entre le IVe et le VIIIe siècle, les trois bouddhas, dont le plus grand mesure 53 mètres de haut, font de Bamiyan un haut lieu de la religion bouddhiste. Situé sur la route de la soie, les trois statues monumentales sont témoins du passage des commerçants et des pélerins, de l'arrivée de l'islam dans la région au IXe siècle, du passage de la horde mongole au Moyen-Âge et de l'occupation soviétique au XXe siècle. Le musée de Kaboul conserve encore quelques fresques issues du site de Bamiyan.
Le grand bouddha de Bamiyan, photographié en 1970

Le grand bouddha de Bamiyan, photographié en 1970

© UNESCO / AFP
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Les vestiges de Palmyre
Successivement perdue et reprise par l'organisation Etat islamique, la ville antique de Palmyre fut un enjeu symbolique majeur lors de la guerre civile irakienne. En 2015, les djihadistes détruisent plusieurs temples, des mausolées, d'autres ruines non religieuses et exécutent l'ancien directeur des Antiquités de Palmyre et antiquisant de renommée mondiale Khaled al-Asaad. Lorsque les forces gouvernementales perdent à nouveau la ville en décembre 2016, les djihadistes en profitent pour dynamiter le tétrapyle, un ensemble comprenant quatre groupes de quatre colonnes, et endommagent le théâtre romain. Ce qu'il reste de la ville est finalement reconquis par les loyalistes en mars 2017.

Palmyre le 27 mars 2016, après que le gouvernement a repris le contrôle du site. Le tétrapyle a depuis été détruit par l'EI.

Palmyre le 27 mars 2016, après que le gouvernement a repris le contrôle du site. Le tétrapyle a depuis été détruit par l'EI.

© Maher Al-Mounes / AFP
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La tour de porcelaine de Nankin
Construite au XVe siècle sous la dynastie Ming, la Tour de Porcelaine était un lieu religieux bouddhiste établi sur la rive du fleuve Yang Zijiang à Nankin, en Chine. Chacun des huit étages octogonaux de la Tour, qui culminait à près de 80 mètres de haut, était consacré à une divinité bouddhiste. Ses murs étaient ornés de tuiles de porcelaines étroitement ajustées qui lui ont donné son nom. Déjà endommagée par la foudre en 1801, c'est finalement la révolte des Taiping dans les années 1850 qui ont raison du monument. Craignant que leurs ennemis s'en servent comme tour d'observation, les rebelles rasent le monument. Cependant, en 2010 l'homme d'affaire Wang Jianlin donne 1 milliard de yuan (environ 130 millions d'euros) pour rebâtir la tour.
La Tour de Porcelaine, dans une illustration de Fischer von Erlach (1721).

La Tour de Porcelaine, dans une illustration de Fischer von Erlach (1721).

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La bibliothèque d'Alexandrie
De 300 avant JC au VIIe siècle de notre ère, l'antique bibliothèque d'Alexandrie - fondée par Ptolémée Ier, roi d'Égypte - fut le temple du savoir universel avec plus de 700.000 rouleaux, papyrus et autres tablettes d'argile sumériennes. Une collection qui servit de base à de nombreux travaux scientifiques et théologiques. Le Museion, ou foyer des savants, qui abritait des centaines de milliers de livres, aurait brûlé lors de l'insurrection contre César en 48 avant JC. La destruction finale du lieu, déjà sérieusement abîmé et privé de nombre de ses ouvrages, aurait eu lieu, autour de 640, lorsque les troupes arabes du calife Omar ont assiégé Alexandrie.

 

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L'université bouddhiste de Nalanda
Nalanda (aujourd'hui dans le nord-est l'Inde) fut une des premières universités du monde et la plus grande université bouddhiste de l'histoire. Les ruines de ce chef d'oeuvre architectural fondé au 5e siècle s'étendent sur 14 hectares. Au sommet de sa gloire, Nalanda abritait 2.000 professeurs et plus de 10.000 étudiants de Corée, du Japon, de Chine, du Tibet, d'Indonésie, de Perse et de Turquie. Sa "librairie" contenait des centaines de milliers de volumes. En 1193, des envahisseurs d'origine turque l'ont mise à sac, tuant des milliers de ses résidents et brûlant tous les bâtiments. On dit que ses bibliothèques mirent plus de six mois à se consumer entièrement...
Ruines de Nalanda © Nicolas Economou / NurPhoto
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La grande bibliothèque de Bagdad
Le 20 janvier 1258, l'immense armée mongole de Hulegu Khan arrive aux portes de Bagdad, capitale du califat abbasside. La cité est alors l'une des villes les plus avancées du monde, et l'une des plus peuplées. La grande bibliothèque de Bagdad, fondée au IXe siècle, abrite alors d'innombrables ouvrages scientifiques, astronomiques, médicaux et philosophiques. Le calife Al Musta'sim refusant de se rendre à l'approche des Mongols (accompagnés d'artilleurs chinois, de Turcs, d'Arméniens ou encore de Géorgiens), Hulegu Khan assiège la ville, qui tombe en moins de trois semaines. Commence alors, à partir du 13 février, une semaine de massacres qui vit toute la population ou presque passée au fil de l'épée. Les pertes civiles se chiffrent au moins à 200 000 personnes, tandis que mosquées, palais et même la grande bibliothèque furent rasés, les canaux d'irrigation comblés et les champs incendiés et salés.
Le siège de la ville tel qu'il apparaît dans le "Jami al-tawarikh", ou "Histoire universelle"

Le siège de la ville tel qu'il apparaît dans le "Jami al-tawarikh", ou "Histoire universelle"

© Bibliothèque nationale de France