Barbe-Bleue d'Offenbach à l'Opéra National de Lorraine© Opéra Nationa de Lorraine
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Barbe-Bleue d'Offenbach à l'Opéra National de Lorraine

Waut Koeken propose une lecture actuelle de l'opéra d'Offenbach, raillant avec plus de cynisme les puissants de ce monde

150 ans après sa création, l'opéra de Nancy-Lorraine propose une version pleine d'ironie de l'opéra-bouffe en trois actes signé Jacques Offenbach. Dans un éclat de danses et de chants, les épouses empoisonnées côtoient les amants trucidés dans ce conte aussi burlesque que cruel.

C'est le jeune metteur en scène belge Waut Koeken qui s'empare de l'opéra-bouffe, d'après un conte de Charles Perrault et un livret de Meilhac et Halévy.

En 1866, alors que se terminent les reprises de "La Belle Hélène", Offenbach offre au public parisien un nouveau sujet de réjouissances. Le parterre mondain de la première représentation n’a pas boudé son plaisir en appréciant une fois de plus la vivacité du ton et la virtuosité de la satire.
 
Peu importe alors la véritable image que l’on se faisait à l’époque du sanguinaire Barbe-Bleue, ou du non moins sanguinaire Gilles de Rais accompagné de son mage italien, dont on garde ici la région d’origine et le rôle de Popolani. Tout comme pour les héros de "La Belle Hélène" ou d’"Orphée aux Enfers", ici l’ogre a subi nombre de transformations et est devenu protagoniste d’une comédie hilarante. Une manière là aussi de désamorcer ce qui pourrait vite devenir un réquisitoire contre un régime autocratique dont les effets ne peuvent être que violents et préjudiciables au regard d’une nouvelle conscience politique qui se place du côté des victimes pour analyser le présent et penser le futur de la société. Car si le fait du prince est ici associé à celui du bouffon, il faut se rappeler qu’il est souvent celui de l’assassin.
 
Le public du Théâtre des Variétés pouvait facilement repérer dans l’oeuvre tout d’abord une référence aux frasques de Napoléon III, à ses nombreuses conquêtes et aux habitudes instaurées à la Cour. Le tableau est presque complet si on y ajoute certains traits du roi Bobêche imbu de sa personne et peu actif en ce qui concerne les tâches qui incombent à sa fonction. Le tout dans un Moyen Age de pacotille qui rappelle le goût prononcé de l’Empereur pour cette époque, lui qui venait de demander à Viollet-le-Duc de restaurer près de Compiègne le château de Pierrefonds (qui servira de modèle pour Walt Disney !) pour en faire, en 1861, une résidence impériale.
Mais personne n’est en reste et la société tout entière en prend pour son grade. On y fustige sans ménagement les fondements du mariage bourgeois que sont la virginité et la fidélité, le donjuanisme autant que l’amour chez les femmes, la gestion des finances publiques ou l’incompétence et la fainéantise des « élites ». De même il règle ses comptes avec nombre de ses collègues compositeurs en ridiculisant le genre pastoral ou la langue utilisée dans le mélodrame.
A la lumière de tous ces éléments, il paraît aujourd’hui très surprenant que la censure de l’époque ait laissé faire.
 
Le succès de l’oeuvre est immédiat et Barbe-Bleue commence une carrière européenne qui le mènera de Vienne à Berlin, de Milan à Budapest et, en 1868, l’oeuvre est même créée à New York. Au XXe siècle, l’oeuvre intéressera même le grand metteur en scène Walter Felsenstein qui l’inscrira en 1963 au répertoire du Komische Oper de Berlin et où elle restera jusqu’en 1991.

L'argument

Acte 1
Hermia, une enfant abandonnée, vit une vie de bergère sous le nom de Fleurette et aime Saphir, un jeune et beau berger qui résiste aux avances insistantes de la plantureuse et insatiable Boulotte.
Veuf pour la cinquième fois, Barbe-Bleue envoie son alchimiste Popolani pour lui trouver une femme parmi les jeunes vierges du village. La rosière est tirée au sort et c’est Boulotte qui devient la promise de Barbe-Bleue. Au diable les convenances et les lois qui régissent le mariage, les futurs époux semblent parfaitement satisfaits de la situation.
Barbe-Bleue n’a plus qu’à l’épouser et la présenter à la cour. Il en profitera pour se lamenter une fois de plus sur son triste sort, lui qui a vu disparaître toutes ses épouses.
Au même moment, le comte Oscar découvre que Fleurette n’est autre que la princesse Hermia, la fille du roi Bobêche… On la ramène triomphalement au palais.
 
Acte 2
Très jaloux, le roi Bobêche charge le comte Oscar d’éliminer tous les hommes qui tournent autour de sa femme. Le cinquième sur la liste est aujourd’hui le comte Alvarez.
Le roi veut marier sa fille au prince Saphir qui n’est autre que le jeune berger (déguisé) dont elle est amoureuse. La cérémonie aura lieu à minuit.
Peu de temps avant, Barbe-bleue avait présenté sa belle à la cour mais ses manières déplacées avaient provoqué un esclandre et il décide de lui faire subir le même sort que ses autres femmes d’autant qu’en voyant la princesse Hermia, il est tombé amoureux d’elle.
De retour chez lui, Barbe-Bleue somme Popolani d’exécuter Boulotte car il veut épouser Hermia. Ce sera fait… Comme à son habitude, Popolani ne fait qu’endormir ses victimes et cette fois, pour se venger, elles décident de se rendre à la cour déguisées en bohémiennes.
 
Acte 3
Pendant la cérémonie de mariage, Barbe-Bleue se présente à la cour pour annoncer la mort de sa nouvelle femme et élimine le prince Saphir. Il est venu demander Hermia en mariage.
Ne pouvant s’opposer à ce nouveau prétendant étant donné qu’il venait de fondre tous ses canons pour ériger une statue équestre à sa gloire, le roi Bobêche accepte.
C’est alors que font irruption les bohémiennes en même temps que les seigneurs épargnés par le comte Oscar. Le prince Saphir lui aussi est vivant… il peut donc épouser la belle Hermia et les cinq seigneurs, les cinq femmes. Quant à Boulotte, elle finit par accorder son pardon à Barbe-Bleue.

Distribution

  • Date 23 février 2014
  • Durée 2h 36min
  • Production FRA
  • Compositeur Jacques Offenbach
  • Metteur en scène Waut Koeken
  • Chorégraphe Joshua Monten
  • Chef d'orchestre Jonathan Schiffman
  • Orchestre Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
  • Décors et costumes Yannik Larivée
  • Lumières Glen D’haenens
  • Choeur Choeur de l’Opéra national de Lorraine
  • Solistes Barbe-Bleue : Avi Klemberg / Boulotte : Anaïk Morel / Le roi Bobêche : Antoine Normand / Popolani : Lionel Lhote / Le comte Oscar : Julien Véronèse / Le prince Saphir : Pascal Charbonneau / La reine Clémentine : Sophie Angebault / La princesse Hermia : Norma Nahoun /  (Fleurette) Héloïse : Elena Le Fur / Rosalinde : Patricia Garnier / Isaure : Julie Stancer / Blanche : Soon Cheon Yu / Eléanore : Inna Jeskova