Olivier Desbordes rend sa violence à Madame Butterfly

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/01/2013 à 14H23
"Madame Butterfly"

"Madame Butterfly"

© Alain Wicht

Le Centre Lyrique Clermont-Auvergne présentait le 8 janvier 2013 l'opéra de Puccini "Madame Butterfly" par le Théâtre Éclaté dans une mise en scène d'Olivier Desbordes. Le rôle titre est interprété par la soprano Sandra Lopez de Haro et celui du militaire américain Pinkerton par Carlo Guido. L'Opéra Eclaté assure les choeurs et l'orchestre. Le spectacle est en tournée.

Il y a presque 110 ans, l'opéra Madame Butterfly était créé à Milan. L'oeuvre de Giacomo Puccini évoque l'amour tragique qu'une geisha, Cio-Cio San, porte à l'officier de marine américain Benjamin Franklin Pinkerton. Amour total pour la jeune fille, la liaison n'est qu'un divertissement exotique pour le militaire qui reviendra avec son épouse américaine rechercher l'enfant né de cette union. Poussée au suicide par le désespoir et la honte d'avoir abandonné honneur, espoir et famille pour une chimère, Cio-Cio San se plantera une lame dans la poitrine.

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La tragédie rapportée par l'opéra Madame Butterfly, adaptée d'un livre de David Belasco publié en 1900, pourrait être transposée dans n'importe quelle situation d'occupation militaire d'un pays par un autre. L'oeuvre a d'ailleurs été adaptée avec un grand succès dans le Vietnam de la guerre américaine dans "Miss Saigon" des Français Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, comédie musicale qui a tenu l'affiche de nombreuses années sur Broadway.

Le drame trouve d'abord son origine dans la révolution imposée au Japon à l'époque du récit. Les Etats-Unis avaient alors forcé l'archipel à abandonner sa quasi autarcie pour s'ouvrir au monde, mais surtout à l'occident et à l'influence américaine. Cette période est restée dans l'histoire sous le nom de la politique de la canonnière. Madame Butterfly symbolise l'attirance quasi hypnotique qu'ont ressenti certaines jeunes filles pour cet occupant lui-même exotique et au charme hiératique. Transposable donc et quasi universel.

Redonner à ce drame une violence qui avait été édulcorée
La violence de cette histoire, que le metteur en scène Olivier Desbordes a voulu restituer à une oeuvre souvent traitée sous son aspect divertissant et exotique, est aussi directement liée au pays lui-même. Et le Japon n'est plus, dans l'imaginaire collectif ce qu'il était en 1904. De nombreux évènements historiques ont modifié l'image associée au pays du soleil levant. Le spectateur de 2013 peut se souvenir des exactions commises au XXe siècle par les troupes nippones à Nankin, du rapprochement avec l'Allemagne nazie, des bombes nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki, des pollutions tragiques de Minamata, des tremblements de terre de Kobé et d'ailleurs, de la catastrophe en chaîne de Fukushima.

Desbordes, tout en respectant l'époque du drame restitué par Puccini a gardé en tête que le pays de la concentration et des arts martiaux a aussi traversé tous ces drames, subis ou imposés. C'est sans doute ce qui, par delà l'éternité du drame amoureux, aboutit à sa volonté de redonner à ce drame une violence que la tradition théâtrale avait édulcorée.

Madame Butterfly en tournée:
Les 1er et 3 février 2013 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 21 février à Cahors (Lot), le 5 mars à Cognac (Charente), le 8 mars à Ettelbruck (Luxembourg), le 9 mars à Saint-Louis (Haut-Rhin), le 22 mars au Chesnay 
Madame Butterfly

Madame Butterfly

© Alain Wicht