Nobuyuki Tsujii : pianiste aveugle et virtuose, en concert à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/10/2017 à 15H12, publié le 17/10/2017 à 15H10
Le pianiste Nobuyuki Tsujii

Le pianiste Nobuyuki Tsujii

© TORU YAMANAKA / AFP

Jeune pianiste prodige, le japonais Nobuyuki Tsujii est aveugle de naissance. Il donnera son premier grand récital en France lundi, au Théâtre des Champs Elysées. Il a appris la musique à l'oreille et nourrit ses interprétations et compositions en écoutant le monde qui l'entoure.

"Nobu", 29 ans, star en son pays et connu des plus grandes salles d'Europe et des Etats-Unis, avec des récitals à la Philharmonie de Berlin, au Musikverein de Vienne, au Royal Albert Hall et au Wigmore Hall de Londres, au Carnegie Hall de New York, jouera au Théâtre des Champs-Elysées à Paris le 23 octobre. Au programme, Beethoven et Chopin, par qui tout a commencé. "Quand j'avais huit mois, ma mère me faisait écouter un CD de Chopin dans lequel il y avait la Polonaise Héroïque que j'adorais". "Je remuais les jambes au rythme de la musique", dit-il à l'occasion d'un entretien et d'un mini-récital récemment accordés à l'AFP. 
En 2009, il remporte la médaille d'or du prestigieux concours Van Cliburn et a depuis donné plus de 160 concerts dans 19 pays hors du Japon avec des orchestres tels que le Mariinski de Saint-Pétersbourg, le Philharmonia Orchestra de Londres, le BBC Philharmonic Orchestra, le Filarmonica della Scala de Milan.

A deux ans, il reçoit, de celle qui déploiera toute son énergie pour qu'il trouve sa voie dans la musique, un tout petit piano à queue jouet. Les vraies leçons débutent à quatre ans. A l'âge du primaire, il apprend sur partitions en braille mais bien des morceaux ne sont pas disponibles sous cette forme. Son professeur de piano décide de s'enregistrer et le jeune garçon s'entraîne ainsi, mémorise. "Il est bien au début d'être fidèle et précis, mais ensuite j'essaye d'interpréter et ça c'est très important, difficile et profond".Il s'inspire pour cela des sensations que lui procure la nature, des autres arts aussi.

Inspiré par le théâtre Kabuki et les impressionistes

"Depuis ma plus tendre enfance, ma mère m'a fait vivre de très très nombreuses expériences autres que la musique. Par exemple, elle m'emmenait dans des musées et elle me décrivait les dessins ou peintures qu'elle aimait. Elle m'emmenait aussi à des feux d'artifice et en expliquait les couleurs".

Lycéen, il sera très marqué par le théâtre Kabuki, et la culture japonaise a aussi une grande importance dans sa formation. Il se nourrit également de ses recherches sur la vie de chaque compositeur et le contexte historique. Son "préféré", Chopin, est "délicat, très élégant, mélodieux, romantique" mais "il avait aussi des sentiments extrêmement forts pour son pays, la Pologne".
"Il était très patriote", ajoute le pianiste après avoir joué la tumultueuse Etude opus 10 numéro 12, dite "révolutionnaire", composée sous le choc de la nouvelle de l'écrasement par les troupes russes en septembre 1831 de l'insurrection polonaise de 1830-31.

Nobuyuki Tsujii admire aussi Beethoven, "ses sonorités lourdes, épaisses, si différentes de celles de Chopin", ses dernières créations marquées par l'épreuve terrible de sa surdité grandissante. Bien différents encore, les Français Debussy et Ravel évoquent pour lui "une image de nature, de douceur, de sensibilité" et lui font penser aux peintres impressionnistes.

"J'aime le sport, j'adore nager, faire du ski"

En Russie, c'est Rachmaninov qui a sa préférence. Ce que la vue lui a enlevé, ce jeune homme chaleureux à l'enthousiasme communicatif le recherche par une multitude d'expériences sensorielles, qui l'aident aussi dans ses propres compositions. "J'aime le sport, j'adore nager, faire du ski", sourit-il. "Plus j'expérimente de choses, plus cela m'apporte de positif en tant que musicien". Quand d'autres regardent le chef d'orchestre, lui écoute sa respiration et guette tout ce qui l'entoure pour suivre le rythme.
Et à Paris, il n'oubliera pas la gastronomie. "C'est une ville que j'aime beaucoup, je suis gourmand et la cuisine française est délicieuse, j'ai hâte", rit-il. A douze ans, un tour en bateau mouche à Paris lui a inspiré le "Rondo de la Seine", un morceau entraînant empreint de joie de vivre, qui fait penser au Paris des terrasse de café, des bouquinistes.