Boléro de Ravel : nouveau rebondissement sur les droits d'auteur

Mis à jour le 20/11/2018 à 20H11, publié le 20/11/2018 à 20H10
Maurice Ravel à Paris en 1928

Maurice Ravel à Paris en 1928

© EFE / Newscom / MaxPPP

Les héritiers d'Alexandre Benois, collaborateur de Maurice Ravel, ont annoncé avoir engagé une procédure judiciaire contre la Sacem pour faire reconnaître leur aïeul comme co-auteur du célébrissime "Boléro" du compositeur français, dans un communiqué obtenu mardi par l'AFP.

La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), avait refusé à deux reprises ces dernières années de reconnaître Alexandre Benois, influent peintre et décorateur russe, comme co-auteur de ce succès aujourd'hui planétaire.

Le "Boléro", qui a été joué aux commémorations du centenaire de l'armistice du 11-Novembre, est tombé le 1er mai 2016 dans le domaine public en France, ce que contestent les cinq ayants droit d'Alexandre Benois.

Ils estiment notamment que le "Boléro" est à l'origine la musique d'un ballet portant le même nom créé à l'Opéra de Paris en 1928. C'est une "œuvre de collaboration entre Ravel et Benois", affirme à l'AFP François Tcherkessoff, arrière-petit-fils du décorateur, qui avait fait notamment le décor et les costumes.

La Sacem accusée d'avoir "manqué d'impartialité"

Les ayants droit estiment aussi que "les preuves de la participation d'A. Benois à la création du ballet sont suffisamment nombreuses et concordantes, et que la Sacem a manqué d'impartialité lors de l'examen du dossier".

"Pour ces raisons, ils ont engagé une procédure en responsabilité à l'encontre de la Sacem devant le Tribunal de Grande Instance de Nanterre", ajoute le communiqué. L'assignation a été enregistrée le 3 juillet. Si la procédure aboutissait, elle repousserait effectivement la date de l'entrée de l'œuvre dans le domaine public à 2039, Alexandre Benois étant décédé en 1960, ce qui profiterait aux héritiers.

De son côté, l'avocat de la succession de Ravel a indiqué avoir été assigné et être donc partie à cette procédure, mais a souligné ne pas en être à l'origine.

Réfutant tout "a priori" dans ce dossier, le secrétaire général de la Sacem, David El Sayegh, a déclaré mardi à l'AFP que la "communauté d'inspiration entre Ravel et Benois au titre d'une composition musicale" n'avait jusqu'ici pas été "démontrée" par les héritiers. Il a indiqué que la Sacem était "très sereine" par rapport à cette procédure judiciaire.

"Aucun élément direct probant d'une collaboration" entre Ravel et Benois, selon la Sacem

La Sacem avait considéré par le passé qu'il n'y avait "aucun élément direct probant d'une collaboration" entre les deux hommes, "ni d'un quelconque contrat, ni d'un quelconque écrit entre les deux hommes".

De son côté, François Tcherkessoff avait dans le passé fait état de "documents historiques", dont des déclarations de Louis Laloy, secrétaire général de l'Opéra de Paris, qui écrit dans Le Figaro du 21 novembre 1928, qu'Alexandre Benois était l'"auteur" des trois spectacles, dont Le Boléro, donnés à l'Opéra le soir du 22 novembre.

Composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l'Opéra Garnier à Paris l'œuvre symphonique est, à l'origine, une musique de ballet. Salué par la critique, le Boléro connaîtra rapidement un succès planétaire, même si sa mélodie uniforme et son rythme répétitif en crescendo ont dérouté plus d'un mélomane.