Invalides : avec Podalydès revivez les guerres de Louis XIV en musique

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 18/10/2017 à 18H26, publié le 18/10/2017 à 16H38
Denis Podalydès, Olivier Baumont, Julien Chauvin, Tami Troman et Atsushi Sakaï.

Denis Podalydès, Olivier Baumont, Julien Chauvin, Tami Troman et Atsushi Sakaï.

© LCA/Culturebox

La guerre vue de l’intérieur. Le cycle "Confidences et complaintes de soldats", était inauguré le 13 octobre aux Invalides avec le premier des huit concerts prévus. Denis Podalydès en récitant, et avec lui de brillants musiciens baroques, Olivier Baumont et Julien Chauvin en tête. Pour offrir Charpentier, Dandrieu ou Couperin dans des "Bruits de guerre", des Marches et autres Fanfares. Brillant.

Le 13 octobre dans la soirée. L’occasion toujours très appréciable de pénétrer la cour des Invalides, la nuit tombée : calme, silence, immensité des lieux, sous la silhouette de la statue de Napoléon qui domine l’ensemble.
La grande cour des Invalides.

La grande cour des Invalides.

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Sur la gauche, en entrant, la salle Turenne, majestueuse elle aussi et élégante : c’est l’un des quatre grands réfectoires de cette ville dans la ville, plafond boisé et immenses tableaux au mur, tous vantant les campagnes victorieuses de l’armée française.
Dans la Salle Turenne des Invalides.

Dans la Salle Turenne des Invalides.

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Certes. Mais si l’Hôtel des Invalides a été créé par Louis XIV, c’était précisément pour réparer ce qui pouvait encore l’être des dégâts de la guerre, des guerres de ce dernier puis de tous les autres.

La guerre vécue de l’intérieur

La guerre vécue de l’intérieur : une exposition au Musée de l’Armée vous met "dans la peau d’un soldat". Dans son prolongement, un cycle "Confidences et complaintes de soldats" offre un autre regard, musical et littéraire, mais pour dire la même chose : la voici la guerre, dans sa réalité, son horreur, vue et racontée par le soldat. En alternance, durant tout le concert, un texte, raconté cette fois-ci par Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie française et une musique qui épouse la même thématique, portée par le brillant claveciniste Olivier Baumont, concepteur du spectacle, et par le violoniste Julien Chauvin, accompagné de deux des musiciens de son ensemble, la violoniste Tami Troman et le gambiste Atsushi Sakaï. Autant dire d’excellents interprètes de la musique baroque.

Baroque ? Oui, car l’action se passe à cette époque-là, à cheval entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Ce premier des huit concerts proposés, salle Turenne, part du texte de Saint-Simon : pas le philosophe, fondateur du saint-simonisme, mais son aïeul, Louis de Rouvroy de Saint-Simon, duc et pair de France, né en 1675. C’est sûr, ce n’est pas un soldat comme un autre, c’est un aristocrate, un courtisan même, lui dont le père avait ses entrées auprès de Louis XIV. Mais son regard est passionnant car l’homme est d’abord profondément attiré par la guerre et tout ce que cela représente, la stratégie la campagne, le siège, l’attente, l’action. Puis il prendra ses distances, jusqu’à quitter la carrière militaire et devenir un intellectuel, écrivain et grand mémorialiste. Tout cela en quelques années à peine, entre 1691 et 1702.

La fierté d’être sur front

C’est justement de ses "Mémoires" au moment de sa carrière militaire, qu’est issue la sélection de textes lus par Denis Podalydès. Voix posée, profonde et presque persuasive, celle du comédien dit d’abord la passion, l’orgueil même d’un jeune homme, encore ado, car il n’a que seize ans quand il parvient, grâce à l’entremise du père, à devenir Mousquetaire. L’auteur parle d’une "sortie de l’enfance" et même le roi le trouve bien jeune. Mais l’essentiel est là, le jeune militaire participe activement, trois mois plus tard, au siège de Namur : adrénaline des premiers pas, sentiment de fierté. La description minutieuse du siège par Podalydès flirte avec le récit d’une opération chirurgicale. Mais la voix n’est pas seule. "Bruits d’armes" de Marc-Antoine Charpentier portée par les violons et la viole dit à merveille cette joie de la découverte, comme la fine et délicate "Marche des Mousquetaires gris" de Corrette pour clavecin seul.

Mais la joie des troupes a ses limites. 1693 : la Bataille de Neerwinden s’avère difficile pour Saint-Simon désormais duc depuis la mort du père et capitaine de Royal Roussillon. Ecriture toujours aussi précise. Et on compte les morts : 10 000 dans son camp, deux fois plus chez l’ennemi. Deux ans plus tard, la campagne d’Alsace elle aussi est âpre : soif, fatigue, attente. Paille et gamelle. Olivier Baumont choisit Couperin, la "Steinkerque" et sa succession d’états variée et raffinée, puis une "Triomphante" pour clavecin qui porte bien son nom, entre le bruit de guerre et la fanfare.

La carrière militaire, c’est fini

La suite est quasiment illustrative : mouvements de chevaux, coups de canons, bruits de combats, c’est la guerre en musique ! Remarquables ces "Caractères de guerre" de Jean-François Dandrieu soutenus par le clavecin d’Olivier Baumont qui dicte le rythme. C’est une véritable narration, parallèle à celle de Saint-Simon qui, lui, prend peu à peu le large. 1702 : dix ans auront suffi à décourager l’aristocrate. Piqué au vif par un avancement non obtenu de Louis XIV, il quitte le service du roi et prend définitivement ses distances de l’arme. Partir. Déjà. Saint-Simon sera écrivain. Après les mélodieuses notes des "Caractères de la paix" de Fouquet, judicieusement, avec une voix presque apaisée après tant de guerre, Podalydès lit ces mots qui viendront bien après, en 1715 : Louis XIV, quelques jours avant sa mort, s’adresse au Dauphin. Non pas pour lui conseiller de bien guerroyer, mais au contraire, de s’employer à préparer la paix.

Dans le cadre du cycle "Confidences et complaintes de soldats", Didier Sandre sera récitant de l’Histoire d’un soldat le 30 novembre 2017.