Conservé depuis 168 ans dans un flacon, le cœur de Frédéric Chopin a livré ses secrets

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/11/2017 à 11H58, publié le 26/11/2017 à 10H53
Eglise Sainte-Croix à Varsovie dans laquelle est conservé le coeur de Chopin

Eglise Sainte-Croix à Varsovie dans laquelle est conservé le coeur de Chopin

© WOJTEK RADWANSKI / AFP

La cause de la mort à 39 ans de Frédéric Chopin est longtemps restée mystérieuse. Le cœur du pianiste franco-polonais, préservé depuis 168 ans dans un flacon et placé dans un pilier de l'église baroque de la Sainte-Croix à Varsovie, a fait l'objet d'analyses. Des chercheurs polonais ont confirmé que le compositeur est mort de la tuberculose.

Le décès de l'artiste en 1849 était attribué à la tuberculose - sans certitude - jusqu'à ce que des experts médicaux polonais évoquent en 2008 l'hypothèse selon laquelle Chopin, de santé fragile, aurait souffert de mucoviscidose. Cette maladie génétique rare touche notamment les voies respiratoires. Le mucus, une sécrétion venant des bronches, devient anormalement épais et obstrue les organes concernés. L'espérance de vie des malades est d'environ 40 ans.

Des chercheurs polonais ont pu examiner avec des techniques modernes le cœur de Chopin, préservé depuis 168 ans dans un flacon de cristal rempli d'un liquide de conservation - qui pourrait être du cognac - et placé dans un pilier de l'église baroque de la Sainte-Croix à Varsovie. Conformément au vœu du compositeur, enterré au cimetière parisien du Père-Lachaise, la relique avait été rapportée à Varsovie peu après sa mort par sa sœur aînée Ludwika. 

Des photographies haute résolution

Après analyse, "nous pouvons dire qu'il est hautement probable qu'il s'est agi de tuberculose", a dit le professeur Michal Witt, spécialiste de génétique moléculaire. L'équipe de chercheurs a travaillé sur des photographies de haute résolution, les autorités polonaises ayant interdit l'ouverture du flacon hermétiquement fermé par crainte de voir son contenu irrémédiablement altéré. "Des lésions sont clairement visibles sur le péricarde de Chopin", a dit le médecin, décrivant l'état de la membrane extérieure du cœur généralement affectée par des changements causés par la tuberculose, et elles "correspondent bien au diagnostic initial (...) de tuberculose". Ces constatations doivent être publiées en février 2018 dans la revue American Journal of Medecine, avec une photographie exclusive du cœur de Chopin.

Le professeur Witt précise que, sans test ADN, il n'est pas possible d'exclure la possibilité de la mucoviscidose. 

Le cœur, conservé dans un liquide "ambre clair", probablement du cognac

Le cœur de Chopin avait été examiné pour la dernière fois en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale. Il est bien conservé dans un liquide de couleur "ambre clair" et "il est fort probable que ce soit du cognac", a dit le professeur Witt, rappelant que "depuis la Révolution française, le cognac est utilisé en France comme un liquide de conservation". En 2008, par crainte d'abîmer l'organe, le ministère polonais de la Culture avait rejeté une demande de scientifiques voulant effectuer de tels tests sur la relique dans le but d'identifier un éventuel gène CFTR, signe certain de la mucoviscidose.

L'hypothèse de cette maladie "est toujours envisageable", a dit Michal Witt. Des documents montrent que Chopin, adulte, ne pesait qu'environ 40 kilos pour 1,70 m, autrement dit il souffrait d'insuffisance pondérale, un symptôme de la mucoviscidose. "Mais la possibilité qu'il se soit agi de tuberculose plutôt que de mucoviscidose est de loin plus forte", ajoute le professeur, même si "nous ne pouvons pas le prouver avec certitude".

En l'absence de tests génétiques, il est par ailleurs impossible d'être totalement certain que le cœur appartienne vraiment au compositeur, même si pour le professeur Witt "il n'y a pas de raison d'en douter, du moins à notre connaissance".

Né à Zelazowa Wola près de Varsovie en 1810, Chopin a composé la plupart de ses œuvres en France, le pays de son père, où il a émigré après l'insurrection polonaise de 1830-31 contre la Russie, qui s'était partagé la Pologne à la fin du 18e siècle avec la Prusse et l'Autriche. Comme il avait refusé le passeport russe, Chopin n'a jamais pu retourner dans son pays natal, celui de sa mère.