Oeuvres d'art soumises à l'ISF : Matignon et l'Elysée contre

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 11/10/2012 à 18H02
Aurélie Filippetti, septembre 2012.

Aurélie Filippetti, septembre 2012.

© Chamussy/SIPA

Matignon et l'Elysée sont "sur la même ligne" qu'Aurélie Filippetti, c'est à dire opposés à l'intégration des oeuvres d'art dans l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). C'est la ministre de la Culture qui l'affirme jeudi sur le site des Echos. La directrice de la FIAC et le peintre Pierre Soulages, catastrophés par l'éventualité d'une taxation des oeuvres d'art, lui donnent raison.

"Le Premier ministre et le président de la République sont sur la même ligne que moi", a-t-elle déclaré au site des Echos.

La commission des Finances de l'Assemblée a adopté mercredi à une large majorité un amendement socialiste au projet de budget visant à inclure les oeuvres d'art d'une valeur de plus de 50.000 euros dans le calcul de l'ISF.

Cet amendement, qui devra être revoté lors de l'examen du budget en séance, est nettement en retrait comparé à la proposition initiale du rapporteur général du Budget, Christian Eckert (PS), d'inclure les oeuvres d'art de plus de 5.000 euros dans l'ISF.

La ministre appelle à "ne pas se tromper de combat"
"Il ne faut pas se tromper de combat. Nous avons en France un ensemble de mécanismes constitutifs de +l'exception culturelle+, et l'exonération d'ISF pour les oeuvres d'art en fait partie", a-t-elle expliqué. "Ce serait une grave erreur que de la remettre en cause alors que la compétition internationale sur le marché de l'art est très forte, entre grandes métropoles occidentales, mais aussi avec la montée des nouvelles puissances comme la Chine", a-t-elle ajouté.

"Je comprends très bien la valeur symbolique de la soumission des oeuvres d'art à l'ISF. Ce débat est déjà intervenu au Parlement en 2011, sauf que depuis, nous avons décidé de mettre en place une taxation exceptionnelle à 75% sur les revenus de plus d'un million d'euros, ainsi que de nombreuses mesures fiscales faisant participer les plus aisés", a-t-elle fait valoir.

"Pour redresser les comptes, la Culture est beaucoup mise à contribution, avec une baisse inédite de son budget de 3,3% en 2013", a-t-elle rappelé. "L'effort fait par l'ensemble du secteur de la culture est largement suffisant. Il ne faut pas tout déséquilibrer", a-t-elle estimé.

Pour Pierre Soulages, "ce serait une catastrophe"
Le peintre Pierre Soulages, 92 ans, auquel le Musée des Beaux-arts de Lyon consacre actuellement une exposition exceptionnelle, est "farouchement contre" le fait de soumettre les oeuvres d'art à l'ISF. Au risque, insiste-t-il, de voir apparaître un "art officiel", ce qui serait la pire des choses, selon lui, faute de mécènes privés pour encourager les artistes.

La directrice de la FIAC ne dit pas autre chose. "Cette mesure, qui portera atteinte indéniablement au marché de l'art en France, ne doit pas aboutir", estime Jennifer Flay. "Si on veut tuer dans l'oeuf le renouveau de la France comme place du marché de l'art, comme un endroit où une nouvelle génération de collectionneurs privés veulent partager publiquement leur collection, c'est le meilleur moyen de s'y prendre", selon elle.

La députée UMP Michèle Tabarot, ex-présidente de la commission des Affaires culturelles,  a aussi exprimé jeudi sa "plus vive inquiétude" après le vote de l'amendement PS. "Cette décision va conduire à l'exil vers l'étranger de certaines oeuvres les plus remarquables des collections privées en France qui contribuent à améliorer la qualité des expositions présentées par les musées de notre pays", a-t-elle déploré.