Tidal de Jay-Z accusé de gonfler les audiences de Beyoncé et Kanye West

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 09/05/2018 à 19H24, publié le 09/05/2018 à 18H18
Le producteur Jay-Z au coeur d'une polémique : sa société de streming Tidal aurait manipulé le nombre d'écoutes d'albums de son épouse Beyoncé et du chanteur Kanye West. 

Le producteur Jay-Z au coeur d'une polémique : sa société de streming Tidal aurait manipulé le nombre d'écoutes d'albums de son épouse Beyoncé et du chanteur Kanye West. 

© Marcio Jose Sanchez/AP/SIPA

La plateforme de streaming Tidal, propriétée de Jay-Z, est accusée d'avoir manipulé le nombre d'écoutes d'albums de Beyoncé et Kanye West, dont il est le protégé. Les deux artistes américains auraient ainsi empochés des royalties excessives, selon le journal norvégien Dagens Naeringsliv.

Tidal, la plateforme de streaming du producteur et chanteur Jay-Z, aurait gonflé le nombre d'écoutes de Beyoncé et Kanye West, permettant aux deux artistes américains d'empocher des royalties excessives. Selon le journal d'affaires norvégien Dagens Naeringsliv (DN), ce serait le nombre d'écoutes des albums "The Life of Pablo" de Kanye West et du film-album "Lemonade" de Beyoncé, tous deux sortis en avant-première sur Tidal en 2016, qui serait visé.
"Formation", titre de Beyonce, issue de l'album "Lemonade" dont le nombre d'écoutes auraient été gonflé par la plateforme de streaming Tidal.

Des titres écoutés plus de 200 fois en 24h !

S'appuyant sur une expertise du Centre de cybersécurité et de sécurité de l'information (CCIS), DN fait état de plus de 320 millions de lectures falsifiées de titres de ces deux albums sur de courtes périodes. Cette manipulation aurait affecté plus de 1,7 million d'utilisateurs. Les documents que le journal s'est procuré trahissent des modèles d'écoute suspects : la lecture simultanée de plusieurs titres par un même utilisateur, la lecture répétée de la même chanson toutes les six minutes, à la milliseconde près. 
 
Deux utilisatrices retrouvées par DN auraient ainsi écouté respectivement... 180 et 251 morceaux de "Lemonade" en 24 heures, ce que toutes deux démentent auprès du journal. Par la voix de l'avocat américain Jordan Siev cité par DN, Tidal a démenti toute manipulation, affirmant que les données avaient été volées et que les assertions du quotidien étaient erronées. "Il s'agit d'une campagne de dénigrement de la part d'une publication qui, un jour, a désigné notre employé comme un "officier du renseignement israélien" et notre propriétaire comme un "marchand de crack", a réagi la plateforme dans un courriel à l'AFP. "L'information a été volée et manipulée et nous combattrons ces allégations vigoureusement", a-t-elle ajouté, sans plus d'explications. 

Le juge fédéral new-yorkais a décidé d'obliger le rappeur et producteur américain à répondre le 15 mai aux questions de la Securities and Exchange Commission (SEC). 

Jay-Z fait l'objet d'une enquête depuis 2017

Via sa holding Project Panther, le rappeur américain avait racheté Tidal, qui a ses racines et toujours des activités conséquentes en Norvège, pour 56 millions de dollars en mars 2015. Les révélations de DN signifieraient que Kanye West, ancien protégé de Jay-Z et Beyoncé, son épouse, ainsi que leurs maisons de disques, ont touché une part indûment élevée des royalties redistribuées par Tidal. Aux dépens des autres artistes présents sur la plateforme de musique en ligne. Cela serait embarrassant pour la plateforme qui a promis de reverser ses revenus aux ayant droit plus généreusement que ses concurrents (Spotify, Apple Music, Deezer...).  
 
Outre la plateforme de streaming, le juge va examiner la situation financière de la société Iconix dont dépend Tidal. Cette société contrôle un portefeuille de marques de vêtements et de chaussures, dont Pony, Umbro et Rocawear, une société créée en 1999 par Jay-Z et son partenaire du label Roc-A-Fella Records Damon Dash. La SEC s'intéresse à ces opérations dans le cadre d'une enquête sur les comptes d'Iconix, ouverte après le lancement d'une action en nom collectif par des actionnaires du groupe, qui soupçonnent la société d'avoir publié des résultats comptables qu'elle savait erronés.

Après avoir envoyé au rappeur deux convocations pour audition, l'une en novembre 2017 et l'autre en février 2018, que Jay-Z a refusé d'honorer, la SEC a plaidé début mai auprès du juge pour qu'il l'oblige à se présenter. Les avocats du rappeur avaient assuré que Jay-Z n'avait joué "aucun rôle dans ces publications financières ou dans les autres décisions d'Iconix en tant que groupe coté" au Nasdaq. Ils faisaient aussi valoir que Jay-Z devait se préparer pour sa tournée prévue avec sa femme Beyoncé "On the Run II", qui doit démarrer le 6 juin à Cardiff, au Pays de Galles. Dans sa décision, le juge a cependant demandé aux parties de faire le maximum pour que son audition, dont le lieu n'a pas été précisé, se tienne "sur une seule journée".