Le guitariste Thibault Cauvin embarque -M- et Erik Truffaz dans l'envoûtant tour du monde de "Cities II"

Mis à jour le 19/10/2018 à 17H49, publié le 18/10/2018 à 11H21
Thibaut Cauvin

Thibaut Cauvin

© Franck Loriou

Eternel voyageur, le guitariste Thibault Cauvin a l'habitude de nous faire partager ses sensations de globe trotter. Six ans après "Cities" qui nous avait emmené de Buenos Aires à Bordeaux, il nous convie à un autre carnet de voyage avec "Cities II". Cette fois, il a croisé la route d'autres artistes comme M, Erik Truffaz, Didier Lockwood ou Thylacine. Un carnet à feuilleter avec délectation.

Plus de 1000 concerts dans 120 pays. Thibault Cauvin connaît le monde et le monde le lui rend bien puisque le guitariste est plus connu à l'étranger que dans son propre pays. Il y a là une forme d'injustice qu'il est urgent de réparer tant cet artiste prodige sait nous offrir une vision moderne de la guitare classique. cela est sans doute dû à ses périgrinations autour du monde. A l'évidence, il se nourrit d'autres cultures et cela s'entend. 

Un voyage en compagnie

En 2012 il nous avait rapporté un beau carnet de voyage de ses étapes argentine, moscovite, indienne et même française. Il prolonge le plaisir avec "Cities II". Mais cette fois il ne voyage plus en solitaire comme un certain Gérard Manset. Thibault Cauvin a croisé la route d'artistes aux univers très différents mais qui se retrouvent dans cette volonté de nous faire partager des sensations du monde.

L'album s'ouvre sur une balade à Bamako en compagnie de Ballaké Sissoko. Bamako comme un clin d'oeil annonciateur de la rencontre. avec "M". Mais c'est au Cap Ferret que les deux hommes se sont trouvés pour le seul titre chanté de l'album. Un retour aux racines pour le guitariste "bercé par le chant haut perché de Mathieu qui lui évoque son père."

D'un battement d'aile on se retrouve dans le désert marocain. Thibault fasciné depuis toujours par les Touaregs a entraîné Erik Truffaz sur la piste des hommes bleus. le trompettiste helvète dépose ses notes délicates comme un mirage sur "Agadès" .

Sur les 12 titres que compte l'album Thibault Cauvin en interprète quatre en solo. De "Rio" à "Bombay", de "Tokyo" à "Istanbul" à chaque fois il accorde sa guitare et son jeu aux sonorités locales. C'est particulièrement frappant sur "Tokyo".

Un voyage dans l'espace et dans le temps

"Cities II" est un voyage dans l'espace mais aussi un voyage dans le temps. Ainsi "Venezia" nous plonge au coeur de la Sérénissime de Monteverdi au 16e siècle par la grâce de la mezzo soprano Lea Desandre.

A "Budapest" le violon de Didier Lockwood, l'immense jazzman qui nous a quittés il y a précisément huit mois, nous entraîne dans une folle danse hongroise aux confins du classique et du son tzigane. Avec "Granada" Thibault Cauvin nous emmène dans l'Espagne du 19e siècle sur les pas d'Enrique Granados qui, au pays de la guitare, n'avait jamais composé pour cet instrument. De Là-Haut, il doit être ému comme nous par la "Danza Española n°2" qui vibre sous l'archet du violoncelliste Christian-Pierre Lamarca.

De la très orientale Grenade à la cosmopolite et bouillonante "New York" : Thibaut Cauvin a choisi Philip Glass pour découvrir Big Apple au rythme de la percussioniste Adelaïde Ferrière. Ce magnifique voyage dans le temps s'achève entre "Tokyo" et "Istanbul" par une surprenante étape électro à "Berlin" composé à quatre mains avec Thylacine.

Qui a dit que la guitare classique ne pouvait pas faire bon ménage avec les "machines musicales" d'aujourd'hui ? A la fin de l'écoute on se dit qu'il n'est pas surprenant que le mythique Studio d'Hérouville ait rouvert ses portes pour ce projet après quinze ans de sommeil. On se dit aussi que la guitare classique a bel et bien trouvé en Thibault Cauvin, l'ambassadeur de sa modernité. 

Cauvin "Cties II" © DR


Thibault Cauvin sera :
les 15 et 16 janvier 2019 aux Chais de Cognac.
Du 8 au 15 février en tournée avec l'Orchestre d'Ile-de-France.
Vous pourrez entendre "Cities II" en concert le 19 février au Théâtre de la Ville à Paris