Un parfum de Dire Straits dans le dernier album de Mark Knopfler : “Down the road wherever”

Mis à jour le 15/11/2018 à 11H51, publié le 13/11/2018 à 10H24
Mark Knopfler 2018

Le frontman de Dire Straits est de retour ! Après plusieurs albums très beaux mais aussi très calmes, Mark Knopfler remet un peu de peps dans sa musique, et redonne un brin d’énergie à son jeu de guitare dans son dernier album solo "Down the road wherever", à paraître le 16 novembre. Un album rock ? Pas tout à fait, mais un album “groovy”, sans aucun doute.

Un retour au son Dire Straits

La couleur a été annoncée dès le premier single fin septembre : "Good on you son" rappelle immédiatement "Early Bird", un des bonus tracks de l'album "Get Lucky", sorti en 2009. Mais il laisse également présager d’une vigueur retrouvée alors que les albums précédents avaient tendance à s’installer dans un folk confortable, mais sans grande surprise. Alors, un album plus “rock” ?

Le clip vidéo de "Good on you son" publié le 24 septembre 2018, avec des images de la tournée précédente (2015) filmées par Henrick Hansen

En écoutant l'album plus d'un mois et demi avant sa sortie, l'évidence est là : on est enfin surpris par Mark ! Après plusieurs albums toujours plaisants à écouter mais qui sonnaient un peu trop prévisibles, Knopfler ronronnait, n'évitant pas les ballades folk attendues, les tempos et tonalités similaires et les mêmes sons de guitare. Ici, on aime ou pas, mais ce qui est sûr c'est qu'un vent de fraîcheur souffle sur sa musique. Des rythmes funky qu'on a peu l'habitude d’entendre chez lui, des ambiances jazzy intimistes avec sa voix de quasi-crooner, des guitares plus punchy qu'à l'accoutumée, des cuivres bien présents, des chœurs féminins là aussi inhabituels, des parties de guitare qui redonnent le sourire, un petit parfum de Dire Straits qui plane... Oui c'est sûr, Mark est de retour !

La pochette de l'album

La pochette de l'album

Dès l’entrée en matière avec "Trapper man", et son intro qui rappelle celle de "Telegraph Road", on est plongé dans une ambiance "americana" bien en osmose avec l’image de la pochette. La route est longue et droite, les paysages défilent, la voix nous enveloppe, et la guitare chante. On est en terrain connu mais avec une sensation de renouveau, notamment grâce aux chœurs féminins plutôt inhabituels pour Knopfler.

Mais c’est sur le 2e titre, "Back on the dance floor", qu’on ressent immédiatement le plus de modernité. Exit les ambiances acoustiques-celtiques, place aux rythmes marqués, aux synthés discrets mais présents, et à la guitare qui rappelle les heures du dernier album de Dire Straits en 1991 "On Every Street". Oh bien sûr, pas de solo épique, pas d’envolées lyriques, mais une atmosphère indescriptible entre laid-back "JJ-Calien" et pop-rock FM de bon goût.

Le deuxième single "Back On The Dance Floor", publié le 1er novembre

Un album bien équilibré

Et puis passée la surprise, les morceaux s’enchaînent avec une fluidité parfaite. Alternance de tempos rapides et lents, équilibre entre tonalités majeures et mineures, complémentarité entre les différents styles musicaux : "Nobody does that" sonne comme un funk des seventies (on croirait presque un clin d’oeil à "Superstition" de Stevie Wonder). "When you leave" et "Slow learner" semblent avoir invité Chet Baker ou Miles Davis à la trompette. "Drover’s road" joue la carte de la ritournelle celtique à la guitare saturée (mais cette fois sur une seule chanson de l’album). Quant à "One song at the time" (dont l’un des vers est le titre de l’album), le morceau offre une mélodie entêtante à la guitare, doublée aux flûtes, si présentes dans les albums précédents, mais qui n’apparaissent ici que lorsqu’elles sont nécessaires, et en sont d’autant plus appréciées.

Mark Knopfler et sa guitare National, modèle "O" de 1937

Mark Knopfler et sa guitare National, modèle "O" de 1937

© DR

De même, la guitare slide un peu trop présente dans "Tracker" est ici bien mieux mise en valeur, avec un son plus chaud, plus rond, qui rappelle Ry Cooder : "Just a boy away from home", chanson singulière qui démarre sur un riff bluesy cousin de celui de "Junkie doll" (sur l’album "Sailing to Philapdelphia" en 2000), puis dévie vers la soul avec des cuivres qui s’invitent à la fête, avant un final savoureux où le boottleneck brode autour de la mélodie du classique "You’ll never walk alone", hymne des supporters de Liverpool.
 

Car le texte raconte l’histoire d’un fan du club de football. Knopfler a toujours excellé dans l’écriture de portraits, et cet album ne déroge pas à la règle, même si on dénote un peu plus d’amertume qu’à l’accoutumée. Les paroles y sont parfois plus personnelles comme sur le jazzy "Slow learner" où il nous avoue le pourquoi de son absence un peu longue : “je suis un élève lent, je fais tout lentement”. Les autres chansons ne sont pas avares en ton caustique ou sarcastique. Justement comme sur l’album "On Every street"... Vous avez dit retour au style Dire Straits ?

Mark Knopfler et sa guitare Gibson Les Paul, modèle Signature sorti en 2016

Mark Knopfler et sa guitare Gibson Les Paul, modèle Signature sorti en 2016

© DR

Une absence un peu longue

Les fans commençaient à s’impatienter. Depuis le dernier album "Tracker" en mars 2015, et la tournée qui a suivi, Mark Knopfler avait un peu disparu des radars. Et pourtant, on ne peut pas dire qu’il soit resté inactif. Dès la fin de l’année 2016, suivant son planning habituel depuis environ 20 ans, il est retourné en studio avec son claviériste et coproducteur Guy Fletcher. Il ont d'abord travaillé à deux sur des démos, avant de faire venir les musiciens (dont certains des Etats-Unis) afin de poursuivre le processus d’enregistrement classique. Sauf que cette fois-ci ça a pris plus longtemps qu'à l'accoutumée.
Mark Knopfler donne ses indications aux musiciens - Studios British Grove, 2017-18

Mark Knopfler donne ses indications aux musiciens - Studios British Grove, 2017-18

© Guy Fletcher

Et puis une rumeur a commencé à circuler : Mark Knopfler travaillait sur un projet “secret”. Les spéculations allaient bon train. Certains voyaient venir l'album live tant attendu par les fans qui désespèrent d’avoir un jour un témoignage en public de sa carrière solo. D'autres annonçaient le documentaire sur la tournée précédente, filmé par Henrick Hansen, annoncé sans date de sortie mais dont on peut en voir des images dans le clip vidéo de "Good on you son". D’autres encore imaginaient des inédits de la période Dire Straits ou mieux, une réformation du groupe mythique pour les 40 ans du premier album.


Et voilà qu’à la fin de l’année 2017, on apprend que Dire Straits est nommé pour être intronisé au Rock’n’Roll Hall of Fame en avril 2018. On se prend alors à rêver : et si les quatre membres originels rejouaient ensemble, ne serait-ce que pour une dernière fois ? Mais c’est mal connaitre l’ours Mark Knopfler qui déteste les paillettes et fait tout pour fuir les feux de la rampe. Problème d’ego(s) ? Ruptures toujours pas digérées avec d’anciens membres du groupe, dont son frère ? Querelles à propos de l’utilisation du nom “Dire Straits” par d’anciens membres du groupe reformés au sein d’un tribute band ? Echanges de paroles assassines sur "Terminal of Tribute To" à l’encontre d’Alan Clark ? Quelle qu’en soit la vraie raison, le leader du groupe ne se rend pas à la cérémonie en avril, et ce sont John Illsley, Alan Clark et Guy Fletcher qui recevront le prix au cours d’une intronisation au goût amer et pour le moins gâchée, aux yeux de nombreux fans : la dernière apparition publique du groupe Dire Straits ne laissera pas une trace mémorable dans l’histoire du rock. Dommage.

La cérémonie d'introduction de Dire Straits au Rock'n'Roll Hall of Fame, le 14 avril 2018, avec John Illsley, Guy Fletcher et Alan Clark

Parallèlement, le guitariste a participé de façon sporadique à des sessions pour d’autres artistes :


Une tournée et une comédie musicale

En février 2018, le mystère est enfin levé, et contre toute attente, un spectacle musical, tiré du film "Local Hero" (sorti en 1983) est annoncé pour une première à Édimbourg au printemps 2019. La musique en avait déjà été composée par Knopfler. 

Le teaser de la comédie musicale "Local Hero", prévue pour le printemps 2019

Une grande première pour le guitariste. D’autres artistes pop-rock comme Sting par exemple s’y sont essayés. Exercice difficile et risqué. Mark Knopfler va-t-il surprendre ou décevoir ?

L'affiche du spectacle

L'affiche du spectacle

Mes titres sont faits pour être joués en live. J’aime toutes les parties du processus : la composition, l’enregistrement avec le groupe et finalement la prestation en live pour le public. C’est la meilleure partie ! J’aime tout le cirque qui va avec : voyager de ville en ville, l’interaction avec toute l’équipe. C’est un vrai plaisir. Je suis vraiment impatient d’y être !

Mark Knopfler


L'année 2019 s'annonce chargée pour l'auteur-compositeur-chanteur-guitariste :
le 25 avril, moins d'une semaine après la fin des représentations de ce spectacle, débutera une tournée avec le nouvel album, d'abord en Europe jusqu'à fin juillet, puis de l'autre côté de l'Atlantique en août et septembre.
 

MARK KNOPFLER SERA EN TOURNÉE EN 2019, AVEC 7 DATES EN FRANCE :

• 6 mai 2019 : Bordeaux (Arkea arena)
• 7 mai 2019 : Toulouse (Zénith)
• 12 mai 2019 : Strasbourg (Zénith )
• 17 juin 2019 : Paris (AccorHotels)
• 19 juin 2019 : Lyon (Halle Tony Garnier)
• 14 juillet 2019 : St Julien en Genevois (Festival Guitare en Scène)
• 15 juillet 2019 : Nîmes (Arènes) Toutes les dates sur le site officiel.

Toutes les dates sur le site officiel
Comme pour les tournées précédentes, les concerts seront disponibles à l’achat en format clés USB.

Avis aux amateurs : il a annoncé dans une récente interview pour la radio norvégienne que cette tournée pourrait bien être sa dernière. En tout cas il réfléchit à la question. Pas si surprenant que ça quand on sait qu’il aura 70 ans en août prochain.