U2 et Bono offrent à Bercy un show chargé de bons sentiments

Mis à jour le 10/09/2018 à 18H36, publié le 10/09/2018 à 17H19
Bono sur scène à Bercy avec U2 le 8 septembre 2018.

Bono sur scène à Bercy avec U2 le 8 septembre 2018.

© Zakaria ABDELKAFI / AFP

Le drame des migrants, la montée de l'extrême droite en Europe et aux Etats-Unis, un hommage aux femmes, un clip pour les LGBT : aucune cause n'a été oubliée samedi au concert de U2 à Bercy. Retombant dans les travers de son leader Bono qui se rêve Prix Nobel de la Paix, le groupe dublinois a livré un concert que de rares moments exaltants n'ont jamais pu faire décoller.

Pourtant, au grand soulagement du public de l'AccorHotel Arena à guichets fermés, comme elle l'était dimanche et comme elle le sera à nouveau mercredi et jeudi, Bono avait bel et bien retrouvé sa voix, après l'avoir brutalement perdue il y a une semaine à Berlin. 

Ce show de U2, qui s'inscrit dans la tournée "eXPERIENCE + iNNOCENCE", reprend, en l'optimisant, le même concept scénographique que celle de 2015. C'est donc sur une des passerelles du fameux écran géant mobile, long de 30 mètres et haut de 8, suspendu au coeur de la salle, que la silhouette des quatre Irlandais apparaît sur "The Blackout".

Une vidéo amateur de l'intro et "The Blackout" à l'AccorHotel Arena Paris Bercy samedi 8 septembre

Une tristesse convenue

Auparavant, afin de bien planter le décor, le public a pu voir des images d'archives de grandes villes européennes détruites après la Seconde Guerre mondiale, et entendre le discours final de Charlie Chaplin grimé en Hitler dans son film "Le Dictateur", exhortant à la paix.

L'avertissement face à la montée des extrêmes est on ne peut plus clair. Mais dans le registre du concert politique, on est tout de même très loin de ce que peut proposer un Roger Waters sur sa tournée actuelle "Us+Them" en matière de critique virulente. Quand U2 s'attriste de façon très convenue, l'ancien Pink Floyd attaque violemment.

Tout aussi bienveillants et sincères soient-ils, les messages visuels qui accompagnent la performance du quatuor irlandais pendant un petit peu plus de deux heures, plombent donc souvent le spectacle.

Une vidéo amateur de "Pride (In The Name Of Love) à l'AccorHotel Arena de Paris Bercy

Trop de prêchi-prêcha

Lors du rappel, Bono concèdera même trop s'éterniser parfois à prêcher les convertis pour un monde meilleur, au grand dam des trois autres membres du groupe, qui eux pensent avant tout musique.
 
Difficile de ne pas être d'accord avec The Edge (guitare, clavier), Adam Clayton (basse) et Larry Mullen Jr (batterie), même si on était prêt à tout pardonner à Bono après sa vibrante interprétation de "One" au rappel, rare instant "chair de poule" de la soirée qui ramène à une époque de l'album "Achtung Baby", où le groupe faisait montre de bien plus de mégalomanie et d'ironie qu'aujourd'hui.

C'est d'ailleurs dans la reprise de trois autres chansons de cet opus majeur, qui marqua en 1991 le renouveau musical du groupe, que U2 est à son meilleur. "Until the End of the World" fait passer le concert dans une autre dimension, après une première heure laborieuse malgré "I Will Follow" le premier tube de U2 datant de 1980 et le hit inusable des premières années "Sunday Bloody Sunday" joué ici en semi-acoustique, sans flamme. 

Une vidéo amateur de "Acrobat" samedi 8 septembre à l'AccorHotel Arena de Paris Bercy 

Le retour du maléfique MacPhisto relance l'intérêt

Heureusement, Bono a eu l'idée de ressusciter grâce à une astuce technique MacPhisto, son double maléfique qu'on n'avait plus vu depuis 25 ans et la tournée "Zoo TV". En introduction de l'extraordinaire "Acrobat", MacPhisto invite ainsi à croire aux fake news mais pas au réchauffement climatique. Enfin un peu de second degré ! Comme lorsque dans un élan d'autodérision, U2 raconte sa rencontre avec le diable - le succès - le temps d'un film d'animation sur fond de "Hold me, Thrill me, Kiss me" écrit pour "Batman Forever" (1995).

Las, cela ne dure pas. Revient au galop l'humanisme exacerbé de Bono pour saluer les femmes de ce monde et la sienne en particulier, Ali, avec "You're The Best Thing About Me", bientôt suivi de "Pride (in the Name of Love)" durant lequel Bono en appelle à Martin Luther King. Même les valeurs de l'Union européenne ne sont pas oubliées : le drapeau bleu étoilé tient lieu de fond de scène durant "Get out of Your Own Way", exaltant l'union contre les nationalismes. Si Bono obtient un jour son prix Nobel, il l'aura bien cherché.


U2 est à nouveau en concert à l'AccorHotel Arena de Bercy mercredi 12 et jeudi 13 septembre 2018