Rock, pop, rap, metal : 10 beaux livres musicaux à offrir et à s'offrir

Par @Nijikid
Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 15/12/2017 à 09H30, publié le 14/12/2017 à 19H36
Notre sélection de 10 livres musicaux parus en 2017 à offrir ou à s'offrir.

Notre sélection de 10 livres musicaux parus en 2017 à offrir ou à s'offrir.

Relire le chef d'oeuvre de la littérature rock "Just Kids" de Patti Smith augmenté de photos. Plonger dans l'audacieux processus créatif de Pink Floyd. Découvrir les portraits de famille du rap français. Ne rien ignorer des sous-genres du metal. Mettre au jour des pépites injustement méconnues du rock. Examiner sa collection de vinyles sous un jour nouveau. 10 beaux livres à dévorer en musique.

1.
Patti Smith "Just Kids" édition intégrale illustrée (Gallimard, 35 €)

Quiconque a aimé "Just Kids", premier roman autobiographique de Patti Smith paru en 2010, sera sensible à cette version augmentée de photos et de documents inédits. Dans ce livre, elle relate son histoire d'amour et d'amitié avec Robert Mapplethorpe dans le New York bohême et arty de la fin des années 60 et du début des années 70, où l’on croise Andy Warhol, Lou Reed et Allen Ginsberg. Une époque de dèche et d’intense créativité, durant laquelle Patti et Robert, tout juste sortis de l’adolescence, se sont mutuellement influencés et ont soutenu l’éclosion artistique l’un de l’autre. Tous deux sont devenus des figures majeures : elle poétesse et rockeuse, lui photographe. Récompensé du prestigieux National Book Award, ce livre superbement écrit a désormais une version augmentée d’une soixantaine de photos en noir et blanc et d’archives – dessins, notes, lettres. Ces documents, et en particulier les photos d’époque, nous plongent dans les décors intimes du récit, notamment au Chelsea Hotel, où l’on entrevoit à la fois le dénuement et la richesse artistique qui constituaient le quotidien de ce couple hors normes. Cette version de "Just Kids" est un beau livre parfait, que l'on peut aussi bien feuilleter pour contempler que pour lire. Un must.

"Just Kids" de Patti Smith en version intégrale avec photos
2.
"Pink Floyd, la Totale" de JM.Guesdon et P.Margotin (E/P/A, 49,90 €)

Après les Beatles, les Stones et Bob Dylan, Jean-Michel Guesdon et Philippe Margotin se penchent sur les chansons de Pink Floyd pour leur collection érudite "La Totale", succès d'édition international. Quelque 180 chansons sont décortiquées une par une, avec un remarquable souci du détail. Pour chacune, les auteurs détaillent le contexte de la création et le sens des paroles. Puis l'enregistrement et la réalisation, y compris les procédés mis en œuvre pour obtenir les sons étranges et psychédéliques du groupe anglais, sont disséqués avec une précision maniaque. Des portraits de personnages clé (producteurs, managers) souvent méconnus, des anecdotes, de belles photos et des encadrés ponctuent le récit, véritable immersion dans le processus créatif d'un des groupes les plus lumineux et révolutionnaires du rock emmené un temps par Syd Barrett, puis par David Gilmour, Roger Waters, Nick Mason et Richard Wright. Une somme de 5 kg dans laquelle les plus grands admirateurs du Floyd trouveront encore matière à découvertes. (Lire notre article complet + interview d'un des auteurs)

"Pink Floyd, La Totale" de Jean-Michel Guesdon et Philippe Margotin
3.
"Daho l'aime pop!" (Gallimard, 35 €) 
Cet ouvrage est un catalogue d’exposition (celle qui se déroule actuellement à la Philharmonie à Paris), mais pas seulement. C’est une traversée dans l’histoire contemporaine de la chanson, de la musique et surtout de la pop française. En 240 pages, voilà une encyclopédie subjective et sentimentale arrangée dans le sens musical du terme par le parrain de la Pop, Etienne Daho. Un défilé en images de chanteurs, chanteuses et musiciens qui ont fabriqué la pop française. Et comme un boomerang pour le fan, apparaissent leurs souvenirs de jeunesse. Elie et Jacno succèdent à Bashung et les Sylvie Vartan devancent Dogs. Le fou chantant Charles Trenet ouvre la marche, l’étrange bricolo électro Jacques ferme l’ouvrage. La pop de Daho est populaire et underground, c’est sa qualité première, ce paradoxe de bon et mauvais goût. Rassemblées et commentées par Daho dans le livre, ces images dessinent donc le portrait d’une France de l’après-guerre de Greco à aujourd’hui. Des images nonchalantes, poseuses, parfois frimeuses, parfois inquiètes, signées des pointures que sont Perier, Roustan ou Worms ou des inconnus traînant dans les backstages. Toujours pudiques et élégantes, c’est le choix de Daho commissaire d’exposition qui devient donc historien. Les dernières pages du catalogue lui sont consacrées en tant que photographe. Gamin, ce fut son premier rêve artistique et en 2017 le parrain de la pop a donc décidé d’endosser tous les rôles. (Christophe Airaud)
"Daho l'aime pop !" catalogue expo Philharmonie

 

4.
"Le visage du rap (portraits du mouvement)" de David Delaplace (editions Vilo, 50 euros)

David Delaplace aime passionnément le hip-hop. Sa façon à lui d'en être ce n'est pas de pratiquer le rap, le d'jing, la danse ou le graff. Sa place dans le mouvement, il l'a trouvée en photographiant. A 27 ans, il a été, dit-il, "le public cible du rap du milieu des années 2000". Puis il a voulu en savoir plus sur les pionniers français. Patiemment, méthodiquement, il a pisté, rencontré et fixé sous son objectif ces trois dernières années tous les protagonistes, ou presque, du mouvement. Dans "Le visage du rap" figurent à la fois les pionniers tels que Dee Nasty et EJM mais aussi la jeune garde comme Roméo Elvis, Nekfeu, Vald ou Demi-Portion. On retrouve les dj's, les rappeurs, les danseurs, les graffeurs, les tagueurs, bien sûr, mais aussi tous ceux qui ont œuvré en sourdine tel le photographe Yoshi Omori, Sear du fanzine "Get Busy" ou Dan de Ticaret, qui ouvrit la première boutique hip-hop de la capitale et signe la préface. Avec cet ouvrage soigné en très grand format, David Delaplace tend un miroir au passé, au présent et même au futur du rap français. Toute la famille, ou presque, est immortalisée. Cet autodidacte pratique l'art du portrait, car il est selon lui "le style qui révèle le plus d'émotions". En couleurs ou en noir et blanc, il propose ici quelque 300 clichés, plus ou moins posés, parfois réalisés en coulisse ou à l'arrache. A la fois photo de famille et document, cet ouvrage est un collector instantané. (Voir notre diaporama commenté par l'auteur)

"Le Visage du Rap" de David Delaplace

 

5.
"Inoxydable, la bible du metal" de Fabrice Canepa (Tana Editions, 35 €)
Le metal, cette musique transgressive de bruit et de fureur, a de très nombreux adeptes formant une communauté de fidèles passionnés. Pourtant, excepté ses têtes de proue (Iron Maiden, Metallica, Black Sabbath, qui vient de s'auto-dissoudre), le metal reste mal aimé et surtout méconnu du grand public. Il n'en est pas moins aujourd'hui l'un des genres les plus fertiles en sous-genres, une véritable auberge espagnole qui semble capable d'absorber toutes les autres musiques : du death metal au kawaï metal, du metal médiéval au drone metal, du funk et rap metal au speed metal, du latin metal au metal symphonique, il y en a vraiment pour tous les goûts. Comment s'y retrouver dans ces métissages musicaux déconcertants ? En lisant cette épaisse bible qui examine tous ces sous genres mais aussi les albums phares du metal, les chanteurs et les guitar heroes, les rituels, les looks et les peintures de guerre. L'imagerie macabre et choquante du metal, "dédié à Thanatos", est également auscultée avec honnêteté tout comme son tropisme pour l'occultisme, son sexisme et son homophobie, mais aussi sa dimension politique, entre "anarchisme passif" et "tentations réactionnaires". Seul regret : s’il fait intelligemment le tour de la question, ce livre aurait sans doute avantage à être lu par des proches de metalleux effarouchés plutôt que par les amateurs. Or, il y a peu de chances pour qu’il soit offert à tata Jeannine. L’oserez-vous ?
"Inoxydable, la Bible du metal"

 

6.
"Mouvement, du terrain vague au dance floor, 1984-1989", photos de Yoshi Omori (Le Mot et le Reste, 29,90 €)
Si les livres de photos documentant les débuts du hip-hop aux Etats-Unis sont légion, ils sont très rares en France. Il a fallu attendre 2012 pour voir enfin paraître un livre montrant la naissance du hip-hop français sur le fameux terrain vague de La Chapelle puis chez Roger Boîte funk. Elles sont précieuses les photos de Yoshi Omori, témoin un peu par hasard de cette éclosion à Paris au mitan des années 80. Et sans équivalent. Au point que cet ouvrage reste un must, sold-out dès la première édition et lors de sa réédition en 2014. Raison de plus pour se jeter sur ces images d'une époque où, sous influence américaine, les graffeurs, taggeurs, rappeurs, dj's, breakeurs, smurfeurs, se réunissaient dans un terrain vague de La Chapelle, qui rappelait un Bronx fantasmé. Là, le mouvement put se développer quelques années en vase clos,  "à l'abri de toute interférence politique ou médiatique", rappelle Jay One Ramier dans son témoignage. Mais il y a aussi les souvenirs de Marc Boudet aux premières loges des folles nuits chez Roger Boîte funk sur le boulevard de Strasbourg, au son des platines de Dee Nasty et d'une poignée d'autres, quand ce n'était pas Spoonie Gee ou Public Enemy venus mettre la fièvre sur scène. On croisait dans ce club interlope une faune bigarrée de passionnés et de lascars en bérets Kangol, parmi lesquels Mc Solaar, Suprême NTM ou le futur Stomy Bugsy, mais aussi les couturiers Azzedine Alaïa et Jean-Paul Gaultier, généralement aux bras de quelques créatures de rêve. Les photos de Yoshi Omori montrent cette effervescence, cette attitude et cette esthétique mieux que des mots. Une époque où "l'on pensait hip-hop, on mangeait hip-hop, on vivait hip-hop". Sauf qu'à l'époque, on l'appelait Mouvement.
"Mouvement, du terrain vague au dance-floor" photos de Yoshi Omori

 

7.
"Pink Floyd, Their Mortal Remains" (Michel Lafon, 39,90 €)
Ouvrir un livre sur Pink Floyd est toujours un rappel du génie et de l’audace d’un groupe qui n’a jamais cessé d’explorer de nouvelles voies, en studio comme sur scène. Cet ouvrage, qui constitue le livre officiel célébrant leur 50e anniversaire et l'exposition itinérante qui l'accompagne, ne fait pas exception. Comparé à "Pink Floyd, La Totale", celui-ci fait davantage partie de la catégorie des beaux livres. Ne serait-ce que pour sa couverture spectaculaire, une image lenticulaire qui fait exploser le célèbre prisme de The Dark Side of The Moon. En attendant de voir l’exposition "Their Mortel Remains", qui a déjà été montrée à Londres et arrive à Rome en janvier, ce livre propose une plongée au cœur de leur univers artistique. On y retrouve beaucoup de documents montrés à l’exposition : des photos du groupe au fil du temps bien sûr, mais aussi des clichés d'instruments, d’accessoires sonores, de studios, d’affiches, ainsi que des croquis de conception de leurs tournées et de story-boards pour le film "The Wall". Avant un passage au crible sur une ou deux pages de chaque album du groupe, des textes de Aubrey Powell, Joe Boyd, Jon Savage et quelques autres apportent des éclairages plus intimes ou au contraire plus larges et érudits sur Pink Floyd – on passe ainsi de souvenirs très personnels sur Syd Barrett à l’héritage musical du groupe. Et l’on apprend encore beaucoup. Saviez vous que la voix de Syd Barrett sur la chanson "Arnold Layne" avait changé la vie de Bowie ? Savez-vous comment est née la pochette de "The Dark Side of The Moon" ? On ose le dire : ce livre est indispensable.
"Pink Floyd, Their Mortal Remains" catalogue expo 50 ans

 

8.
"Art Record Covers" de Francesco Spampitano (Taschen, 49,99 €)

Amateurs de disques vinyles, vous avez sans doute des trésors dans votre discothèque. Mais pas que sonores. Des artistes d'art contemporain (Andy Warhol, Damien Hirst, Jeff Koons, Matthew Barney, Xavier Veilhan etc), de grands photographes (Robert Mapplethorpe, Martin Parr etc), des peintres renommés comme Gerhard Richter, de grands artistes de la culture graffiti comme Jean-Michel Basquiat et Keith Haring et le cador du street art Banksy ont tous signé des pochettes d'albums. Cet imposant beau livre (qui est aussi très lourd), recense les contributions de dizaines de grands artistes à l'esthétique des groupes musicaux, des Beatles à Sonic Youth. Pour les artistes, réaliser des pochettes d'albums est une façon de s'aventurer dans la culture populaire. Pour les musiciens, une façon de résumer leur travail en images. Voire plus. Sonic Youth est le groupe qui a le plus utilisé d'œuvres d'artistes contemporains pour ses pochettes, notamment Mike Kelley et Gerhard Richter. Dans une interview réalisée pour ce livre, Kim Gordon (de Sonic Youth) explique qu'il s'agissait de rendre ces œuvres accessibles à un public plus large. Bref, une mine d'or. (Lire notre article complet)
 

"Art Record Covers" chez Taschen
9.
"La discothèque secrète de Philippe Manœuvre- 111 trésors cachés du rock" (édition Hugo Desinge, 25 €)

Dans ce livre collector, le célébrissime rock critic pose le postulat que l’histoire du rock fourmille de monuments inconnus, sous-estimés et parfois complètement oubliés. Il nous permet d’en redécouvrir plus d’une centaine. Leçon d’humilité et excitation musicale assurées. Présentées de façon chronologique, ces 111 pépites tirées de l'oubli sont présentées par ordre chronologique de parution. Le livre s’ouvre en 1963 avec l'album de Jack Nitzsche "The Lonely Surfer" et se referme en 2015 avec "In Triangle Time" de Kelley Stoltz. Au milieu, on trouve, au hasard, l'album "Motel Shot" du duo country-folk Delaney and Bonnie paru en 1971. Un disque enregistré en deux jours avec les copains de passage nommés Joe Cocker, Gram Parsons ou Leon Russell ! Profitant des avantages de la technologie, il est recommandé de filer sur un site de streaming ou sur Youtube pour écouter la musique dont nous parle Philman. A qui l'on dit merci. (Lire l'article complet de Jean-François Lixon)
 

La discothèque secrète de Philippe Manoeuvre - 111 trésors cachés du rock
10.
"Hip Hop Family Tree" de Ed Piskor (coffret des deux premiers tomes, éditions Papa Guédé, 54 €)

Cette BD fait déjà partie du panthéon hip hop au même titre que les albums de Public Enemy, De La Soul ou NWA. Dans un style et des couleurs délicieusement vintage qui rappellent ceux des comics Marvel des années 70, le dessinateur américain Ed Piskor raconte l'épopée du mouvement dans le détail. Alors que le tome 3 de la saga Hip Hop Family Tree vient de sortir en version française, les deux premiers tomes, qui couvrent la période allant des années 70 jusqu'en 1983, sont édités en coffret, avec un poster en supplément. Un joli cadeau pour tout savoir de la genèse et des prémisses du mouvement. Avec au générique Kurtis Blow, Afrika Bambaataa, Sugarhill Gang, Cold Crush Brothers, Kool Moe Dee, Fab Five Freddy mais aussi Basquiat, Blondie et The Clash. Indispensable pour tout amateur éclairé de rap.

"Hip Hop Family Tree - Coffret 2 premiers tomes"